DE LA TRICHINOSE ET DE SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE
La trichinose recommence à faire des siennes. Cela provient de l’usage de plus en plus fréquent de viandes de porc crues, — car on sait que la trichine ne résiste pas à la cuisson. C’est donc contre l’emploi de ces viandes qu’il faut prévenir le public. La loi de Moïse déclarait la chair de porc immonde — le grand hygiéniste du peuple d’Israël devait donc avoir des notions sur l’insalubrité de cette nourriture. En effet, le porc est trop sujet à la trichinose, probablement parce qu’en fouissant le sol de son groin, il mange des vers de terre, des mulots et surmulots, très riches en trichines, lesquelles renferment de nombreux germes qui à leur tour vont élire domicile dans les muscles du porc. C’est ainsi que la trichine arrive à l’homme, car ce n’est pas un parasite qui lui est propre : c’est-à-dire qu’en ne mangeant pas de viandes trichinées, nous sommes sûrs de ne pas être atteints de la trichinose. En Allemagne—notamment en Westphalie, où l’on mange beaucoup de jambon cru — la trichinose est très fréquente et prend parfois un caractère épidémique. — Dans l’épidémie d’Emersleden, décrite par MM. Brouardel et Grancher, dans les villages infectés, quarante-deux malades avaient succombé ; le plus grand nombre était guéri. Les symptômes généralement observés étaient les suivants : Immobilité dans le décuhitus dorsal, œdème des membres inférieurs, de l’abdomen et quelquefois des membres supérieurs, visage amaigri, œil terne, voix brisée. Ceux qui mouraient succombaient à une
DE MÉDEDINE DOSIMÉTRIQUE.
asphyxie rapide par congestion pulmonaire ou pneumonie ultime. L’œdème des membres du tronc est pâle, mou, gardant fortement l’empreinte du doigt, mais si considérable, que la peau rougit par places et se fendille,\ laissant échapper une sérosité limpide ; des. escarres se forment aux points déclives et comprimés; fièvre nulle; langue nette et propre; faiblesse et essoufflement; râles muqueux dispersés à la base des poumons; pouls normal. Augmentation des globules blancs chez deux malades ; globules rouges sains en apparence. Tous les malades avaient traversé la période cholériforme, avec ou sans vomissements ; puis la phase dite musculaire, avec fourmillements, raideurs tétaniques douloureuses, contractures, surtout aux membres supérieurs et aux muscles du cou, abattement profond et aspect typhique, fièvre vive, rareté de l’œdème facial. — Deux autopsies ont été faites dans le cours de cette épidémie et ont fourni les résultats suivants : Intégrité de l’appareil digestif, du foie, des reins, du cœur, des vaisseaux, du cerveau et de ses enveloppes ; pneumonie secondaire ; muscles, en apparence sains, remplis de trichines.
Tr'aitement dosimétrique. — D’après les symptômes de la trichine, on voit à quels moyens il faut recourir. Et tout d’abord aux parasiticides, parmi lesquels il n’y en a pas de plus énergique que l’arsenic et ses sels—notamment l’arséniate de strichnine — en les combinant à l’aconitine, à la vératrine, à la digitaline, afin de prévenir la fièvre toujours de nature ataxique. Nous pensons que la saturation de l’économie par ces alcaloïdes la rendrait indemne de la maladie, c’est-à-dire que là où l’usage du porc cru existe, il faudrait également introduire l’usage préventif de l’arséniate de strychnine, de l’aconitine, de la vératrine, de la digitaline. Les muscles étant de tous nos tissus ceux qui emmagasinent le plus de substances combustibles, les germes de trichines ne pourraient s’y développer. C’est donc également aux porcs, vaguant dans les champs, qu’il faudrait appliquer ces moyens préventifs. Nous appelons sur ce point la sérieuse attention de nos lecteurs les médecins vétérinaires.