‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 24 sur 179 · LA POUTRE ET LA PAILLE · texte numérisé non relu

LA POUTRE ET LA PAILLE

Un médecin allopathe nous reprochait — à nous — dosimètres de donner ensemble plusieurs médicaments simples. C est 1 histoire de la poutre et delà paille. En effet, comme l’a fait observer Marcus Hertz, « les prescriptions allopathiques sont toujours composées ; les expériences par rapport à l’effet de chacune de ces substances y contenues, ne peuvent donc être exactes. » [Journal de Hufeland .) Un autre allopathe (le professeur Forget, Principes de thérapeutique générale et spéciale, 1860) a formulé cette opinion d’une manière plus brutale, en disant : « En associant une foule de substances, le praticien espère qu’une d’entre elles au moins atteindra le but. C’est ce que j’appelle familièrement, une décharge à mitraille dont quelques éclats peuvent frapper l’ennemi, c’est-à-dire la maladie. » Mais le malade? a demandé le docteur Gallavardin (Lyon).

Il est une chose certaine : c’est qu’indépendamment du dégoût que la plupart des potions inspirent aux malades, ils se sentent indisposés après chaque prise, au point qu’il faut distancer des dernières, au risque de laisser la maladie prendre le dessus. C’est là ce qui s oppose à la jugulation des cas aigus. Cela est tellement vrai, que la plupart des médecins font, dans ces cas, de l’expectation. « Lorsqu’il nous est difficile — dit le professeur Rostan — d’apprécier l’effet d’une substance sur l’organisme, comment pouvez-vous penser agir avec certitude lorsque vous en prescrivez un grand nombre à la fois? »

Nous ajouterons que beaucoup de ces substances perdent leurs propriétés actives par la préparation pharmaceutique. Ainsi des végétaux fort âcres deviennent inertes par l’ébullition et quelques-uns pourraient même servir d’aliment. Il faut également tenir compte de 1 âge delà plante, du mode de conservation. En Suède les jeunes pousses de Yaconitum napellus se mangent comme légume. Le colchicum autumnale n’acquiert ses propriétés comme diurétique et expectorant, qu’avant sa floraison, quoiqu’on le récolte d’ordinaire en automne, alors qu’il n’a plus aucune vertu médicale. Le commerce des simples est fondé presque exclusivement sur les plantes cultivées. Dans le Hainaut (Belgique), il y a des contrées entières consacrées à ces cultures. Comment avoir confiance

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

dans des produits dégénérés? D’autres fois les substances irritent la muqueuse et rendent ainsi l’absorption impossible : « On peut admettre comme un axiome — dit le professeur Kluyskens (. Matière médicale. Art de prescrire) — que toutes les fois qu’un remède altérant agit violemment sur les premières voies, son énergie est dépensée en pure perte et le but de son administration manqué. Ainsi les diaphorétiques, les diurétiques et un grand nombre d’autres remèdes éprouvent une diminution de leurs effets toutes les fois qu’ils irritent trop l’estomac ou les intestins : c’est de cette manière que le gaïac perd sa vertu antiartbritique; la squille, sa vertu diurétique; l’antimoine et l’ipécacuana leur vertu diapborétique. L’action de ces médicaments doit être atténuée ; il faut donc choisir un médicament capable de remplir cette indication. L’opium est un puissant correctif; le docteur Méad combinait les sels alcalins à l’opium quand il voulait les faire agir comme diurétiques, afin d’empêcher leur action sur l’intestin. L’acétate de plomb, administré dans l’hémoptysie et dans les hémorragies utérines, doit aussi être escorté d’une petite quantité du même narcotique. Le docteur Sutton, de Greenwich, a écrit que lorsqu’on veut limiter l’action d’un émétique à l’estomac, il suffit d’y ajouter 5 à 6 gouttes de laudanum. Les nausées et les tranchées que causent certains remèdes sont corrigées par l’addition de stimulants aromatiques ou par les huiles essentielles,, ou par une légère proportion de teinture analogue. Les tranchées causées par le séné et par les purgatifs résineux peuvent être en grande partie prévenues par l’addition d’alcalis. L’extrait de jusquiame rend l’opération de l’extrait de coloquinte composée moins violente et plus efficace. On corrige la tendance de l’action de l’alun à déranger les intestins, par l’addition de la muscade ou de quelque autre aromate. On peut mitiger l’action trop drastique de la coloquinte en la triturant avec du camphre. La tendance qu’ont les préparations mercurielles à affecter les intestins est corrigée par l’opium ; mais Vâcreté caustique du sublimé corrosif est mieux corrigée par une décoction de gaïac ou de mesereum (un rubéfiant!) ou par des boissons mucilagineuses prises en abondance. L’influence affaiblissante de la digitale, de même que du tabac et de quelques autres narcotiques, est combattue avec succès par les aromates et les'stimulants... En général une formule ne doit contenir qu’nn correctif; mais il peut survenir des circonstances où il faut deux ingrédients pour combattre deux effets différents. » Ce sont ces amalgames qui ont fait dire, à Bichat : « La matière médicale est un incohérent assemblage de substances elles-mêmes incohérentes, et de toutes les sciences physiologiques (si on peut nommer cela une science) celle où se peignent le

MISCEI,LANÉES

mieux les travers de l’esprit humain [Anal, gêner.), » opinion qui a été confirmée par Barbier quand il dit : « La matière médicale est encore une collection de conclusions trompeuses, d’annonces décevantes plutôt qu’une véritable science. [Mat. méd.,t. I, p. 184.) » On connaît le volumineux compendium de Gubler ; on ne dira pas que c’est là qu’il faut chercher la clarté. Gubler — comme il nous l’a affirmé lui-même — ne croyait pas à la vertu des médicaments, aussi — comme la plupart des allopathes — s’il prescrivait beaucoup de remèdes à ses clients, il n’en prenait jamais pour son propre compte.

On voit combien était malavisé le confrère allopathe qui nous reprochait de faire en dosimétrie de la polypharmacie. S’il nous arrive de donner plusieurs substances ensemble, c’est pour répondre aux diverses indications et non pour neutraliser ou corriger les substances les unes par les autres. Le but que nous poursuivons est physiologique, et non pathologique, comme le font la plupart des allopathes. Nous citerons comme exemple la colique des peintres. En allopathie, on emploie les drastiques combinés aux narcotiques. On connaît le traitement de la Charité : 1 er jour, eau de casse avec les graines; une pinte de décoction de casse avec émétique 3 grains et sel d’Epsom 4 à 8 drachmes; 2 e jour, eau bénite : émétique 6 grains dans 8 onces d’eau, en deux fois, à dix minutes d’intervalle ;3 e jour, deux ou trois verres de tisane sudorifique laxative; décoction des quatre bois sudorifiques dans laquelle on fait macérer : séné 4 à 6 drachmes ; 4 e jour, purgatif des peintres : infusion de séné 6 onces, électuaire diaphénix .■ jalap en poudre, 1 scrupule; sirop de nerprun, 1 once; 5 e jour, comme le 3 e ; 6 e jour, comme le 4 e . Pour boisson ordinaire, pendant tout le traitement, une pinte de décoction des quatre bois sudorifiques. Chaque soir le lavement anodin des peintres : vin rouge, 12 onces; huile de noix, 9 onces, et plus tard : thériaque avec opium, selon la violence des douleurs. En outre, les jours où l’on ne prend pas de boissons purgatives, on prend, à midi, le lavement purgatif des peintres, préparé comme la potion purgative, si ce n’est qu’on y met une livre de décoction de séné au lieu de 6 onces. On prolonge, s’il est besoin, le traitement au delà du 6 e jour, en prescrivant la tisane sudorifique laxative pour les jours impairs et la potion purgative pour les jours pairs. En parcourant un pareil grimoire on comprend le Malade imaginaire de Molière. C’était le bon temps des Purgons et de Fleurant d’alors, et on ne doit pas être étonné que les Purgons et les Fleurant d’aujourd’hui cherchent de le maintenir. De là vient leur acharnement contre la dosimétrie. Heureusement les malades ne sont pas de leur avis ; et chaque jour s’accroît leur dégoût de l’apothicairerie et leur

prédilection pour les prescriptions simples. Il y va de la dignité des médecins, de n’être point confondus avec ces médicastres.

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de l’action de l’aconitine dans les névralgies,

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