PAR LE DOCTEUR OULMONT
M. le docteur Oulmont est entré, un des premiers, dans la voie de l’alcaloïdothérapie ; c’est pourquoi nous reproduisons ici le passage de son travail sur l’aconit et l’aconitine.
L’aconitine réussit parfaitement dans certaines formes de névralgies essentielles — c’est-à-dire qui ne sont pas liées à d’autres lésions — sans intermittence et périodicité bien marquées; névralgies congestives, comme les appelle Gubler, survenues, le plus souvent, à la suite de refroidissements. L’aconitine produit, dans ces cas, des guérisons d’une rapidité extrême. J’ai vu un cas de névralgie faciale datant de.sept jours, sans périodicité bien marquée, et qui avait résisté au sulfate de quinine, céder instantanément et définitivement au nitrate d’aconitine. Le succès est plus net et plus rapide dans les névralgies récentes que dans les névralgies anciennes ; on cite cependant de ces dernières qui ont guéri assez rapidement. L’aconitine n’est pas sans action sur les névralgies ou les hyperesthésies secondaires, comme celles qu’on observe dans les caries dentaires, les caries du rachis, l’otite interne, les paraplégies,etc.,etc.— Le rhumatisme articulaire aigu traité par l’aconitine, nous a donné dé beaux résultats. Chez quatre individus auxquels ce médicament a été administré à la dose progressive, la guérison est arrivée : une fois en huit jours, et d’autres fois en dix jours. La température de 38 à 39“ c. est descendue à 36°,2 et 36", 1, et le pouls est tombé dans les mêmes proportions. Dans les autres cas, la guérison a été obtenue un peu plus lentement, mais l’action apyrétique fut également évidente. Les résultats obtenus par Gubler sont tout aussi remarquables (thèse de Franceschini) : sur quatre observations qui ont été publiées et dans lesquelles les malades ont été traités par l’aconitine à la dose de 1/5® de milligramme, portés graduellement jusqu’à quatre doses par jour, la guérison eut lieu le seizième, le neuvième, le douzième, le treizième jour. L’action sur la douleur a été très rapide; sur la fièvre elle a été plus lente, mais non moins manifeste. Dans les névralgies du trijumeau — dit le professeur Gubler — ses effets sont véritablement merveilleux. — L’aconitine de provenance certaine est un médicament bien défini, qui agit d’une manière sûre et régulière ; mais à cause de son énergie il ne faut l’employer qu’à de très petites doses et large-
ment espacées. — Fréquemment les névralgies sont accompagnées d’accidents intermittents et périodiques bien marqués. Pour combattre cette complication, le docteur Moussette emploie des pilules très exactement dosées, contenant chacune un cinquième de milligramme d’aconitine et 5 centigrammes de quinium, donc l’indication est nette dans ces sortes de névralgies. En raison de l’action énergique de l’aconitine, il est bon de tâter la susceptibilité du malade et de commencer le premier jour par 3 pilules, une le matin, une à midi et une le soir. Si le premier jour, on n’obtenait pas une sédation marquée, on pourrait augmenter graduellement de une pilule par jour, jusqu’à 6 dans les vingt-quatre heures; on se tiendra à cette dose jusqu’à la cessation des douleurs; et à moins de cas exceptionnels, il sera bon de ne pas aller au delà. S’il survenait un peu de diarrhée, on diminuerait la dose des pilules En résumé, les études physiologiques et les observations cliniques recueillies dans les hôpitaux de Paris ont fait voir que l’action sédative des pilules Moussette sur l’appareil circulatoire indiquent leur emploi dans les névralgies des trijumeaux, les névralgies congestives, les affections rhumatismales douloureuses et inflammatoires. A la Société médicale des hôpitaux de Paris (séance du 22 octobre 1881), le docteur Desnos, à propos d’une communication de M. Empis, cite le cas d’un malade atteint d’aconitisme dont les souffrances étaient notablement calmées par l’aconitine ; mais il fait remarquer que le changement de l’aconitine donna des résultats tout à fait différents. - M. le docteur Constantin Paul trouve qu’il est indispensable de toujours spécifier la provenance du médicament : « On obtient — dit-il — des effets très variables avec l’aconitine, suivant la provenance de cette substance. Il est donc bien important pour le médecin et le malade, que le médicament employé soit toujours identique dans sa composition et d’un dosage rigoureusement exact ; à cet égard, on aura toute garantie en employant les véritables pilules Moussette de Clin et C w . »
C’est le cas de répéter : In cauda venenum. Autant eût valu dire tout d’abord, qu’on voulait faire une réclame aux pilules Moussette (il y a des noms prédestinés), Clin et C ie . — Pourquoi alors ces attaques acerbes contre les granules Ch. Chanteaud et C ie ? — Quand nous avons choisi un préparateur unique, c’est que nous comprenions 1 importance d’avoir toujours la provenance unique dont parle le docteur Constantin Paul. Les pharmaciens comprendront quil vaut mieux pour eux, d avoir affaire à une seule maison qui ne leur suscite aucune concurrence, qu’à plusieurs maisons rivales et par conséquent cherchant le bon marché. Mais laissons là ces considérations de métier — qui ont cependant leur importance. — Il y a plus de dix ans que nous avons cité dans le Répertoire des névralgies des trijumeaux datant de plusieurs mois et rebelles à tous les moyens de l’allopathie, guéries par laconitine dans 1 espace de quelques jours (entre autres le cas d’un pharmacien de Fontainebleau). On a donc mauvaise grâce de citer les faits de 1880, comme s ils étaient nou-
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veaux. Quant au mode d’administration des alcaloïdes en general et de l’aconitine en particulier, c’est nous (le premier) qui l’avons fait connaître, en nous basant sur des observations cliniques rigoureuses; c’est ainsi que nous avons expérimenté sur nous-même l’aconitine, la vératrine, la digitaline, la strychnine, la morphine, la codéine, la narcéine, etc., afin de préciser l’action physiologique et l’action toxique point très important, car sans cela, il n’y avait ni sécurité ni précision possible. C’est encore nous qui avons posé la règle thérapeutique' : « Aux maladies aiguës un traitement aigu ; aux maladies chroniques un traitement chronique. « Il en résulte que vouloir établir des doses maxima et des doses minima, est un non-sens physiologique (tous les individus n’ayant pas la même susceptibilité, ni les mêmes idiosyncrasies) et thérapeutique, l’action du médicament devant être en raison directe de l’intensité de la maladie, c’est-à-dire de la résistance au remède. Autrefois à la guerre on se tirait des coups de fusil dont une balle sur mille portait : il en est de même en matière médicale, quand les doses ne sont pas à point. Il faut donc procéder coup sur coup ; mais avec des doses telles que lune est déjà absorbée quand l’autre arrive. Et c’est pour cela que les granules doivent être intégralement solubles, afin qu’il n’y ait point accumulation. On voit, par ce que nous venons de dire, que dans le mémoire de M. Ouimont il n’y a que du renouveau. Cependant nous devons lui en savoir gré aujourd’hui que la dosimétrie est en butte à tant d’attaques déloyales, et qu’on ne recule même pas devant les personnalités les plus odieuses contre son auteur. Heureusement nous pouvons nous en consoler en présence de tant de preuves d’estime et de dévouement nous venant de médecins de tous pays, étrangers aux coteries de la grande et petite ville qui a nom « Paris ».