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XL VII

DES FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES DANS LES PAYS CHAUDS, PAR LE DOCTEUR FOISSAC.

La Revue bibliographique, dans son numéro du 3 janvier 1884, donne un aperçu analytique qui n’est pas sans rapport avec la méthode dosimé-

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trique au point de vue de la jugulation des maladies aiguës. C’est pourquoi nous allons le reproduire ; nos observations viendront après.

Dans les climats tempérés les fièvres intermittentes et rémittentes ont d’ordinaire des types si francs que leur diagnostic s’afiirme presque toujours avecnetteté. Mais il n’en est pas de même lorsqu’elles revêtent le type continu; ce qui est très fréquent dans les pays chauds et marécageux, surtout pendant l’été.

Dans son célèbre ouvrage sur les fièvres pernicieuses , Torti avait reconnu, il est vrai, ce passage à la continuité et avait même fait une classe spéciale de ces fièvres ainsi transformées sous le vocable de fièvre subintrante, subcontinue, expressions, qui toutes indiquent que le type continu des fièvres paludéennes ne s’établit que par degrés, après plusieurs accès plus ou moins nets, qui l’avaient précédé; que le type n’est pas primitif; qu’il se prépare, pour ainsi dire, perfidement, comme par une marche souterraine. Les successeurs immédiats de Torti n’allaient pas au delà: et ces données d’un grand esprit s’effacèrent ensuite tellement que l’on en rencontre à peine la trace dans Pinel et dans les pyrétologistes ses contemporains. Il faut pour les retrouver arriver aux travaux du docteur Maillot qui, de son côté, va beaucoup plus loin, car il établit que dans les mois d’été des pays chauds et marécageux, le type continu débutant d’emblée est des plus fréquents. Il démontre que les fièvres continues de ces contrées relèvent presque toujours de l’élément paludéen ; que par une médication appropriée on peut, dans presque tous les cas, les soumettre à l’intermittence ou tout au moins à la rémittence; et il leur donne le nom de fièvres pseudo-continues, pour bien faire comprendre qu’elles ne sont pas de même nature que les fièvres essentielles des anciens, que ces fièvres auxquelles Broussais avait imposé le nom de gastro-encéphalites , et que l’École moderne englobe sous le nom de fièvres typhoïdes. Pourquoi cette dénomination complexe, mais si juste, de pseudo-continues? Le premier terme, dans la pensée du docteur Maillot, avertit le praticien qu’il doit se tenir sur ses gardes et ne pas s’en laisser imposer par la continuité, parce que, au moment où on s’y attendle moins,éclatent des accidents,souvent mortels, inconnus dans la marche de la fièvre typhoïde; se révélant, au contraire, comme des similaires des paroxysmes pernicieux dans les fièvres rémittentes. Pourquoi — ensuite, le second terme ? Parce que ces fièvres paludéennes ont réellement un mouvement fébrile continu ; à tel point que depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, tous les auteurs les ont considérées comme étant nos fièvres essentielles; comme étant notre fièvre typhoïde — ce qui était une erreur ainsi que le démontre Littré dans sa collection des œuvres d'Hippocrate. Le nom de continue a été l’origine d’une grosse confusion qui est loin d’avoir cessé... En effet, ce mot a une toute autre signification dans les climats chauds que dans les climats tel que le nôtre... Mais les continues des uns sont-elles les continues des autres? Pas le moins du monde, et l’erreur a été fréquemment commise... Mais si Ton s’était tenu rigoureusement dans la dénomination d’Hippocrate, qui par continues entendait à la fois les fièvres intermittentes et continues, on aurait reconnu que cette désignation appartenait à une autre maladie que nos fièvres

continues, qui ne sont pas susceptibles d’être indifféremment rémittentes et continues. C’est là le caractère essentiel qui distingue de nos fièvres continues les fièvres continues des pays chauds, et toutes celles qui doivent à des conditions locales d’être comparables à celles des pays chauds... C’est donc avec le sentiment d’une distinction réelle et fondamentale que M. Maillot a donné le nom de pseudo-continues , aux fièvres continues des pays chauds. D’un autre côté les faits avaient déjà justifié ce point de doctrine et les conséquences qui en découlaient : l’administration immédiate et à haute dose de sulfate de quinine — comme on le pratiquait dans les fièvres intermittentes et rémittentes — sans se préoccuper de la continuité de la fièvre. Cette médication avait complètement réussi; on lui devait déjà la cessation des épidémies qui avaient été si meurtrières les années précédentes. La mortalité de 1 sur 3 1/2 s’était abaissée de 1 sur 20. La nouvelle thérapeutique se généralisa bientôt dans toute l’Algérie avec le même succès ; et aujourd’hui, si la mortalité est encore dans l’armée d’Afrique le double de ce qu’elle est en France, la mortalité relativement au nombre des malades est absolument identique à celle de nos garnisons de la métropole.

Ce qui veut dire qu’on ne sait pas, avec les armes ordinaires de l’allopathie, juguler les maladies aiguës. Comme le docteur Foissac le dit très bien après Hippocrate — le type des fièvres ne fait rien, puisque la fièvre intermittente peut prendre, tantôt un cours rémittent, tantôt un cours continu. Cela dépend de la manière dont on l’a laissée marcher. Il est évident qu’une fois localisée la fièvre devient continue, puisqu’il existe un foyer permanent. Que si, au contraire, on a recours de prime abord aux alcaloïdes défervescents : strychnine, aconitine, digitaline, la fièvre prend une forme rémittente dont la quinine a facilement raison, non à hautes doses, mais à doses fractionnées, en la combinant à la strychnine. Dans nos polders, rien de plus fréquent qu’une fièvre intermittente prenant un caractère typhoïde : précisément parce qu’on abuse de la quinine et qu’ainsi on produit la gastro-entéroencéphalite de Broussais. On sait que ce grand réformateur (car il faut lui donner ce nom, malgré ses exagérations) a pratiqué dans le nord de Bruges, où il y avait à cette époque de nombreuses fièvres intermittentes pernicieuses. Il s’était aperçu que tous les malades avaient pris d’énormes quantités de sulfate de quinine. Qu’on ne croie pas qu’il n’en donnait pas du tout; mais il avait égard à l’irritation gastro-intestinale. Depuis, il est tombé dans le physiologisme ; mais s’il avait pratiqué en Algérie, il serait revenu à la quinine. Un grand tort, c’est de croire que la fièvre intermittente exige un traitement différent que la fièvre rémittente et la fièvre continue. Toutes doivent être attaquées ipso facto. On

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peut ainsi ramener la fièvre continue au type rémittent, et successivement au type intermittent.

Nous supposons une fièvre intermittente pernicieuse — où le danger réside principalement dans la longueur des accès et le petit intervalle qui les sépare, et qui sont si souvent mortels. On sait, en effet, que pendant l’accès, la congestion se fait tantôt sur tel organe, tantôt sur tel autre, et forme ainsi ce qu’on nomme des fièvres masquées — véritables Protées qui engloutissent leurs victimes, comme l’Hydre de Lerne, si on na soin den couper les têtes. Il n’y a donc pas un moment à perdre. Dans la période de sidération, on donne la strychnine et la quinine (arséniate) : de chaque 3 granules toutes les demi-heures, jusqu’à la période de chaleur. Celle-ci est en raison directe de l’intensité de l’accès; température : 40, 41° c., pouls 120; peau sèche, langue plate, blanche, ce qui différencie cette fièvre du typhus — soif vive, urines rares et rouges, quelquefois supprimées, face injectée, souvent délire. Pour combattre cette effervescence, on donne : aconitine, vératrine, digitaline : de chaque 2 granules tous les quarts d’heure — chaque fois avec une petite gorgée d’eau. Il est rare qu’au bout de trois quarts d’heure la fièvre ne tombe et que la période de sueur ne commence. Celle-ci n’exige que des réconfortants : changer le malade de linge et de lit, lui donner de l’air et du bouillon avec un verre de bordeaux. Le sommeil ne tarde point à le prendre. Au réveil, si la langue est restée chargée, on procède au lavage intestinal par le Sedlitz Chanteaud, et immédiatement après on donne la quinine — arséniate ou hydro-ferro-cyanate — 3 ou 4 granules par heure, jusqu’au nouvel accès, qui sera moins fort que le premier, et pendant lequel on reprendra le traitement défervescent. Ainsi tout danger est écarté ; toutefois on surveille les organes internes, et au moindre signe de congestion ou d’embarras, on a recours aux ventouses et aux révulsifs. C’est faute d’avoir été combattue avec énergie, que la fièvre devenait subintrante ou subcontinue; mais en réalité, c’était toujours la même fièvre. Prenons maintenant la fièvre typhoïde ; celle-ci, comme on sait, ne survient pas d’emblée : c’est un empoisonnement miasmatique lent, mais présentant également une période de prostration, une période de chaleur très longues, et une période de sueur, qui ne résout point la fièvre, de sorte que c’est une série d’accès qu’il faut, sinon couper, du moins modérer de la manière que nous venons de le dire pour la fièvre pernicieuse. Souvent la lutte se prolonge : dix, vingt jours; mais sans danger pour le malade, autre qu’une dépression vitale ; il peut même boire, manger, dormir dans tout le cours de la fièvre. C’est d’ordinaire vers le matin que la rémission a lieu; on donne alors la quinine (arsé-

niate, hydro-fer ro-cyanate) jusqu’à la recrudescence vespérale, où l’on donnera l’aconitine, la vératrine, la digitaline, jusqu’à la sédation matinale ; on profite de ce moment pour réconforter le malade, et on reprend le traitement tant que la fièvre persiste.

On voit que la fièvre rémittente rentre ainsi dans la série des fièvres intermittentes, et qu’on y a aidé par le traitement défervescent. C’est, en un mot, une fièvre pseudo-continue. Quant à la fièvre continue, elle ne l’est que pour autant qu’on a laissé les désordres organiques s’établir. Ce sont les entéro-gastro-hépato-encéphalites de Broussais. Eh bien! ici encore, il faut employer les défervescents, car le danger est surtout dans la fièvre. La strychnine est également indiquée pour prévenir la paralysie des organes nobles. Grâce à ce traitement, les inflammations viscérales passeront à résolution : c’est-à-dire sans laisser traces. Voilà sur quels principes la dosimétrie est basée, puisque « à des affections aiguës elle oppose un traitement aigu ». En dehors de cette méthode tout est aléatoire, car on abandonne le malade aux mauvaises chances de la maladie. Il résisterait si on lui en donnait la force; mais on l’affaiblit, au contraire, par la diète et un air confiné. Hippocrate avait raison : « les fièvres continues sont à la fois rémittentes et continues », c’est à nous médecins à ne pas leur laisser prendre cette marche. Le père de la médecine était désarmé, tandis que nous ne le sommes pas — à moins de faire de l’expectation armée, c'est-à-dire de ne pas faire usage des armes que la science et la nature nous donnent.

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