CH. LANGENBACH, MÉDECIN DE L’HÔPITAL DE LAZARE, A BERLIN
En fait d’opérations... excentriques, on pourrait dire : « De plus fort en plus fort. » Les calculs biliaires sont, comme on sait, assez fréquents, et, pour notre part, nous en avons constatés du volume d’un petit œuf de pigeon, qui, cependant, avaient été évacués par l’intérieur,après des coliques plus ou moins fortes ; mais celles-ci peuvent être diminuées et l’expulsion des calculs facilitée par l’hyosciamine et la strychnine, avec l’huile de ricin comme adjuvant. C’est parce que dans ces cas on abuse
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
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des opiacés que l’évacuation ne peut avoir lieu. Les calculs biliaires se forment dans la vésicule du fiel — il peut également se faire qu’il y en ait dans les conduits hépatiques — tout comme les calculs urinaires : dans les uretères et la vessie. Les premiers donnent lieu à un ictère d’un jaune clair et produisent des douleurs ou coliques qui irradient vers l’épaule droite et l’épigastre. Les seconds, au contraire, n’occasionnent des douleurs que lorsque le passage dans le conduit cholédoque a lieu. Dans ce cas, la lithiase est la conséquence du séjour prolongé de la bile noire dans la vésicale.
Voici maintenant l’opération du docteur de Berlin. Nous allons le laisser exposer lui-même le cas.
Mon collègue, le docteur Meyer, m’appela en consultation à la fin de juin, auprès deM. D..., âgé de quarante-trois ans, magistrat secrétaire à Berlin, qui souffrait d’une violente affection de calculs biliaires. N’ayant jamais été malade auparavant, il fut subitement atteint, en 1866, de vomissements continus et de violentes coliques hépatiques, qui se prolongeaient jusqu’au lendemain. Au début, il n’eut des accès qu’une ou deux fois par an. En 1869 s’y joignit un ictère intense qui ne cessa qu’au bout de deux mois. A partir de ce moment, les crises devinrent de plus en plus fréquentes et violentes 5 elles furent suivies d’une jaunisse de la peau, ou au moins de la conjonctive, et amenèrent un trouble pénible des fonctions. Une fois on put sentir à travers la paroi du ventre, une tumeur rebondie dans le voisinage de la vésicule du fiel. Les calculs retrouvés par hasard, en petit nombre, étaient foncés et de la grosseur d’un pois. D’après le conseil du docteur Fierichs, le patient alla trois ans consécutifs àCarlsbad; cependant les douleurs augmentèrent plutôt qu’elles ne diminuèrent. La première année, le malade pesait encore 89,5kilogr. : ilya un an, 75, et récemment 52,5. lien résulta une maigreur sensible; la peau était flasque et les conjonctives jaunâtres; il y avait une disposition à la transpiration; la langue n’était pas chargée et le corps était souple. L ’amortissement (?) du foie se maintenait dans les limites normales et le voisinage de la vésicule de fiel n était pas sensible à la pression; l’estomac, très irritable, fonctionnant mal; 1 appétit était faible, avec nausées et constipation ; aucune trace anormale dans les urines. Les accès se répétèrent en dernier lieu presque tous les jours et devinrent si violents qu’ils amenèrent, plusieurs fois, des symptômes. Depuis des années, le patient combattait les souffrances au moyen de doses croissantes de morphine; il était très abattu moralement; en effet, sa situation était très, précaire, la faiblesse croissante, les douleurs constantes, et il y avait morphinisme; il accepta donc l’opération comme le seul remède à ses maux : elle fut fixée au 15 juillet. La cavité abdominale fut ouverte, vers le long du bord inférieur du foie, par une incision enferme de T, de manière à pouvoir rabattre de chaque côté les valves. La vésicule ne paraissait pas enflammée, mais ses parois étaient visiblement épaissies; elle était fortement distendue par la bile noire et fut vidée au moyen de la seringue Pravaz. Lorsqu’on l’ouvrit
on n’y trouva que deux petits calculs de la grosseur de grains de millet; et on doit supposer que la purgation répétée plusieurs jours avant l’opération l’avaient vidée des calculs qu’elle contenait.
Nos lecteurs seront sans doute surpris de ce dénouement d’une opération aussi grave, et se demanderont pourquoi elle a été pratiquée. L’auteur répondra : « A cause des douleurs persistantes. » Mais s’il fallait ouvrir le ventre à tous ceux qui souffrent de coliques hépatiques, le nombre en serait grand. D’ailleurs, les véritables remèdes contre ces coliques : la strychnine, l’hyosciamine, n’avaient pas été employés. Mais tout est bien qui finit bien. Le patient a repris de l’embonpoint et ne souffre plus de ses coliques. Celles-ci ne reviendront-elles pas? C’est ce que l’auteur aura sans doute soin de nous faire connaître. Nous doutons que la cholécystectomie se vulgarise ; non que la vésicule de fiel soit rigoureusement nécessaire, puisque des cas de son absence ont été constatés et qu’il y a des animaux qui en manquent, mais parce que la laparotomie sera toujours une opération remplie de danger. En tout cas, elle pourra être évitée par les moyens de la dosimétrie. Nous avons traité un individu qui, par intervalles, était pris de coliques hépatiques se terminant par l’expulsion de calculs biliaires du volume et de la forme d’un dé à jouer. Depuis qu’il se soumit au régime que nous venons d’indiquer, les symptômes hépatiques ont disparu : il prend tous les matins le Sedlitz Chanteaud et à ses repas principaux la quassine et l’arséniate de soude, avec de l’eau gazeuse dans sa boisson (bière ou vin); à la moindre apparence de colique, de la strychnine et de l’hyosciamine : un granule de chaque,' à des intervalles d’une demi-heure, jusqu’à sédation ; un bain tiède tous les jours ; régime rafraîchissant. Grâce à ces moyens la santé est revenue et il a repris son embonpoint et ses forces.