‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 30 sur 179 · PAR LE DOCTEUR PIOGGEY · texte numérisé non relu

PAR LE DOCTEUR PIOGGEY

Travail lu à la Société du IX e arrondissement dans sa séance du 13 novembre 1884 (Journal de médecine de Paris, 3 janvier 1884.)

Une jeune fille de huit ans, éprouvait de l’oppression, des palpitations

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

et subissait l’influence d’un état maladif qui occasionnait de l’amaigrissement depuis quinze jours. Un médecin, consulté le 3 septembre, constate l’élévation de la température et la violence de l’impulsion cardiaque avec fréquence du pouls. La prescription consiste en 2 grammes de feuilles de digitale en macération dans un litre d’eau. Le mardi 4, l’enfant prend trois timbales de la macération sans éprouver le moindre malaise. La température s’abaisse et la circulation est moins fréquente. L’enfant éprouve un certain bien-être que l’on prend pour de l’amélioration. Somnolence; point de garde-robe et urine peu abondante. Mercredi 5, un verre d’Hunyadi produit quatre garde-robes noirâtres et fétides. On administre de nouveau quatre timbales de la macération. Inappétence absolue, immobilité, torpeur. C’est à quatre heures du soir que les premiers vomissements se manifestent, qui continuent toute la nuit, toutes les heures environ. Une seule garde-robe noirâtre et fétide dans la nuit. La sécrétion urinaire ne paraît pas augmentée. Les vomisseme'nts continuent le 6 jusqu’à midi. La torpeur augmente ; la voix s’affaiblit, la face est crispée. L’enfant refuse toute alimentation. Un lavement de camomille administré à quatre heures, provoque une garderobe toujours d’une extrême fétidité. Les vomissements récidivent. Le 6, à neuf heures du soir, je vois l’enfant pour la première fois. La torpeur est complète, les yeux excavés, les pupilles, non dilatées, sont peu sensibles à la lumière. L’enfant répond difficilement aux questions qu’on lui adresse. La peau paraît froide au toucher, et le thermomètre donne 36,4.

Le pouls est petit, presque imperceptible ; 62 à la minute, donnant la sensation d’une oscillation plutôt que d’un battement. L’impulsion cardiaque est faible et les battements sont insensibles. N’ayant aucun renseignement ni sur la maladie au début, ni sur les médications employées, j appris alors que l’enfant avait absorbé en deux jours la macération de 2 grammes de feuilles de digitale, moins un septième de la dose qu’on se proposait d’administrer. Le doute n’étant plus permis sur l’influence toxique de la médication par la digitale, j’insinuai discrètement qu’il était opportun d’apporter un changement dans le traitement qui paraissait fatiguer 1 estomac. Je prescrivis un vomitif avec 1 gramme de poudre d’ipéca. Il y eut cinq vomissements. Après, je prescrivis du café glacé, des grogs au cognac à la glace, et un vésicatoire sur la région épigastrique. La nuit fut calme, sans vomissement. Le 7, les traits du visage étaient moins crispés, la torpeur avait disparu, la température était remontée à 37, 41 et le pouls battait 70, régulier et n’ayant plus la forme dicrote. La boisson de café et les grogs furent continués; il y fut ajouté du

bouillon et un œuf frais. Le lendemain 8, l’alimentation fut augmentée ; la guérison fut rapide.

Cette observation prouve le danger d’administrer la macération de digitale à froid, chez les jeunes enfants et l’action tardive du médicament qui n’a déterminé des vomissements qu’à la fin du second jour de son administration. Il est à remarquer qu’il n’y a pas eu d’hypersécrétion urinaire. La rapidité de la guérison doit être attribuée, non seulement à l’administration du café, mais au vomitif qui a débarrassé l’estomac et empêché le médicament de continuer à être absorbé ; et l’action du vésicatoire par l’excitation générale qui résulte de l’absorption de la cantharidine, a contribué à ramener la température. La digitale et tous ses dérivés doivent être administrés aux jeunes enfants avec la plus grande circonspection. Il y a quelques années, j’ai été mandé pour donner mes soins à un jeune enfant âgé de quinze mois, qui éprouvait des vomissements incoercibles et était dans un coma profond avec refroidissement et pouls imperceptible. J’appris que ce jeune enfant avait pris une potion avec un gramme de teinture de digitale pour combattre un état fébrile. La mort arriva rapidement ; et comme l’enfant n’était atteint d’aucune maladie caractérisée, que son indisposition avait débuté la veille de l’administration de la potion à la digitale, il n’est pas possible d’attribuer la mort de l’enfant à une autre cause. (Pioggey.)

De semblables aveux, de la part des adversaires de la dosimétrie, doivent être enregistrés, car ils font voir clairement que l’allopathie est toujours une médication suspecte. Nous qui avons l’habitude de prendre tous les soirs de la digitaline, pour rien au monde nous prendrions une potion équivalente quant au principe actif, craignant d’être empoisonné. Mais voyez l’effet du magister dixit ! les praticiens qui suivent aveuglément les prescriptions de l’École ne se doutent seulement pas du danger qu’ils font courir à leurs malades. Sans cela pourraient-ils avoir un instant de repos ? Nous abondons donc pleinement dans les conclusions de M. le docteur Pioggey, mais nous craignons que ses avis d’ici à longtemps ne soient repoussés. Que les médecins dosimètres persévèrent dans la voie où ils sont entrés, persuadés qu’ils ne seront jamais dans le cas de devoir faire leur mea culpa. Il nous répugne de relater de semblables faits, qui, pour l’honneur de la profession, devraient être couverts d’un voile noir ; mais la persistance à repousser la dosimétrie de la part de ceux qui se rendent coupables de pareils homicides, ne permettent point de garder le silence. En vain nous nous sommes promis de nous garder de toute récrimination : le devoir humain va avant tout.

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DES PHÉNOMÈNES MORBIDES QUI ACCOMPAGNENT LA PREMIÈRE DENTITION, PAR LE DOCTEUR CORRIVEAUD.

(,Tournai hebdomadaire de Bordeaux, juillet 1884.)

Nous reproduisons ici cet article; ce qui nous permettra de faire quelques remarques sur les maladies aiguës qui emportent tant d enfants en bas âge, et qu’il serait facile de prévenir par la dosimétrie.

Chez les jeunes enfants, au moindre trouble pathologique, on accuse la dentition : existe-t-il une poussée d’eczéma, d’impétigo, des vomissements, de la diarrhée, des convulsions, delà toux? sans souvent se préoccuper des phénomènes morbides, on attend avec patience l’éruption de la dent criminelle ; la thérapeutique reste nulle ou à peu près. Duclos, dans son mémoire, et Trousseau, dans ses cliniques et son enseignement, ont ancré ces idées dans le public (1) et aussi des médecins bien à tort, d’après le docteur Corriveaud, car 80 p. c. de ces accidents environ, doivent être attribués à une autre cause que les « dents ». Existe-t-il chez les nourrissons certains états pathologiques qu’on peut avec raison rattacher à l’éruption dentaire? Oui, et ils sont au nombre de deux : En premier lieu, certaines inflammations intestinales, ou plutôt pour ne pas préjuger la cause, certaines diarrhées, peut-être purement réflexes semblent bien liées à l’éruption dentaire. En second lieu—et ici le doute n’est pas permis pour l’auteur — il se produit sous l’influence du processus dentaire un état fébrile â caractère fugace, à crises irrégulières, pouvant aller jusqu’aux grandes et profondes congestions méningitiques. C’est la fièvre dentaire. Pour abréger la période de cette fièvre dentaire et pour faire cesser certains phénomènes réflexes (parmi lesquels il faut vraisemblablement aussi ranger certaines formes de convulsions), on peut avantageusement recourir à l’incision d’une ou plusieurs gencives gonflées. Ce procédé, quoique déconseillé par Trousseau, est fréquemment employé aujourd’hui et donne de bons résultats. Il faut mettre l’enfant, dans les meilleures conditions au point de vue de l’alimentation et du milieu dans lequel il vit.

Le journal ne fait aucune remarque, ce qui est au moins étrange, dans un sujet aussi grave, puisque les sept dixièmes des enfants sont emportés par ce qu’on nomme « la fièvre des dents ». C’est donc cette fièvre qu’il faut empêcher ou faire tomber. En vain dirait-on quelle se

(1) Ce sont les médecins expectants qui en sont

Dr B.

rattache à la dentition et ne peut cesser qu’avec elle. C’est là une de ces grosses erreurs qu’expliquent l’impuissance de l’allopathie, mais qui aujourd’hui, avec la dosimétrie, n’est, plus permise. Il faut donc, dans cette période, veiller—comme on dit—au grain, et à la moindre fièvre, administrer l’aconitine, la vératrine, la quinine, la brucine, selon les symptômes. Le Répertoire a rendu compte d’un cas d’un enfant faisant ses dents, ayant une diarrhée que le docteur de l’endroit combattait par le bismuth et le laudanum, et qui, évidemment, était sous la menace de la méningite, et qui, échappa à la mort par quelques granules d’aconitine et de quinine. Mais dira-t-on, il n’y avait pas de méningite? Fallaitil attendre jusque-là? La résistance des allopathes à la dosimétrie est d’autant plus inexplicable qu’ils sont obligés de reconnaître leur impuissance. Dès lors pourquoi ne pas essayer ? Quant à l’incision des gencives, elle est indiquée pour faire cesser la tension et les douleurs, mais seule, elle ne suffit pas ; et dans quelques circonstances peut provoquer des accidents nerveux. Si Trousseau s’est élevé contre ce procédé, c’est qu’il en avait reconnu les abus. « On ne prête qu’aux riches, » dit le proverbe; mais encore ne faut-il pas attribuer aux morts ce qui évidemment dépassait leur pensée, vivants.

Les maladies des enfants en bas âge ne sont pas asse& étudiées. Il est vrai que l’observation étant purement objective, elle est remplie de difficultés. Il faut pour cela au médecin ce que nous nommerions volontiers l’œil d’une mère. Or, ces médecins-là sont rares ; et on ne saurait trop encourager ceux qui se sont imposé cette spécialité difficile. Nous parcourons en ce moment l’œuvre d’un médecin que sa modestie empêche de se révéler, mais qui n’en est que plus méritant : nous parlons du docteur Droixhe (de Huy, province de Liège). Pourquoi la faculté de médecine de l’Université de cette ville ne se l’attache-t-elle pas ? Elle y ferait sans aucun doute « une bonne affaire » et la science et l’humanité y gagneraient. Dans de prochains articles nous reviendrons sur les travaux du docteur Droixhe.

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