LA DIÈTE LACTÉE
Cet article est le complément de celui : « La vache et le lait. » Nous 1 empruntons à M. le docteur Péchollier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier (voir le numéro de la Gazette hebdomadaire du 16 mai 1884). Nous allons laisser parler l’auteur.
Quand il est question de la diète lactée, j’ai, peut-être, quelques droits à prendre la parole, car, si après un long oubli, son usage s’est tellement vulgarisé aujourd’hui, je crois que mes leçons et mes écrits —je dirai presque mon apostolat en sa faveur — y ont certainement contribué. Quand parut, en 1865,
mon mémoire : Des indications de l’emploi de la diete lactee dans le traite ment de diverses maladies , combien étaient devenues rares les applications de ce que je regarde comme le plus puissant moyen thérapeutique des maladies-chroniques (1) ? C’est à ce titre que je relève dans l’intéressant mémoire lu récemment à la Société médicale des Hôpitaux par le docteur Debove et inséré dans le dernier numéro de la Gazette hebdomadaire, le passage suivant, sur lequel je désire présenter quelques observations : « Pour nourrir un sujet presque exclusivement avec du lait, il faut lui en donner 4 litres par jour; plus même, s’il ne garde pas la chambre et mène une existence active. Pour peu qu’on ajoute à ce régime une certaine quantité d’eau de Vichy ou d’eau de chaux, la dilatation de l’estomac est inévitable et peut par elle-même amener la mort (2). » J’ai soumis un nombre vraiment considérable de malades à la diète lactée et n’ai jamais observé chez eux la dilatation de l’estomac (3). En voici le motif : la dose de 4 litres et plus, de lait par jour est excessive pour la plupart des malades; je n’ai jamais prescrit plus de 3 litres que dans de rares exceptions. Gorger les malades de lait est le moyen pratique certain de les empêcher de continuer le régime ; et c’est là ce qui fait que bien des médecins ne retirent pas de cet agent « thérapeutique », tout le succès qu’il peut produire. Il faut éviter, en même temps, de faire prendre de grandes quantités à la fois; avec cette double précaution point de dilatation de l’estomac à craindre... Je commence par de très petites doses et proscris absolument tout autre aliment et toute autre boisson : une tasse à café de lait cru, additionnée d’une cuillerée à café d’eau seconde de chaux : chaque deux heures. Je préfère d’habitude, l’eau de chaux à l’eau de Vichy, parce qu’il en faut des quantités moins considérables et parce que le gaz contenu dans l’eau de Vichy naturelle, mélangée au lait, est très désagréable pour beaucoup de personnes. Cette quantité de lait répond à peu près à 1 litre et 1/4 par jour. Je ne la dépasse pas pendant deux jours, mais je préviens d’avance le malade qu’il la trouvera insuffisante. Je lui affirme en même temps que s’il veut réussir dans cette médication capitale pour lui, il doit au début s’affamer. Au bout de deux jours, je fais augmenter graduellement et lentement la proportion de lait au fur et à mesure que les besoins deviennent plus impérieux; mais j’insiste sur ce point : que pour réussir il ne faut jamais arriver à la satiété et qu’il vaut bien mieux avoir pris à la fin de la journée une tasse de moins, qu’une tasse de trop. J’en arrive ainsi à 2 litres ou 2 1/2, au maximum 3 par jour ; toujours à petits coups.
Nous ferons ici quelques réflexions. Et tout d’abord : le régime lacté ce n’est pas de la thérapeutique, mais de la diététique ; et-c’est parce qu’on a négligé la première, qu’on est obligé de se rejeter sur la seconde. Non que « ceci tue cela » ; il faut, au contraire, associer les deux. Si Hippocrate
(1) L’auteur oublie de citer M. Bouchardat, le vénérable Nestor des médecins français.
(2) Cette proposition est au moins étrange dans la bouche de l’auteur du gavage. D r B.
(3) Ce qui n’empêche qu’il n’y en a eu. D r B.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
n’a pu faire que de la diététique, c’est que la thérapeutique d’alors lui faisait défaut. Le lait n’est pas digéré par tous les malades; il faut une grande puissance d’estomac pour réduire les substances albuminoïdes enpeptones. Ce travail exige la présence de l’acide chlorhydrique et est, au contraire, empêché par les acides abnormes : lactique, butyrique, etc. La nature a prévu le cas en rendant le sucre du lait de la femme complètement oxydable, tandis que les autres sucres subissent des oxydations incomplètes, donnant ainsi lieu à la formation d’acide oxalique, comme nous l’avons constaté dans des expériences sur de jeunes chiens, exclusivement nourris de sucre ordinaire. Dans la cure du lait, il faut donc recourir aux incitants vitaux, à la quassine, la brucine, la strychnine, en y ajoutant les arséniates. Ces médicaments n’irritant pas, on peut les donner même dans la gastrite chronique. Au besoin, on aura recours à la morphine, la codéine, l’hyosciàmine, etc., selon les indications.