DU MAGNÉTISME ANIMAL OU HYPNOTISME ET DE SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE
Depuis que la clinique de la Salpêtrière a mis à l’ordre du jour les phénomènes insolites de l’hypnotisme, beaucoup de professeurs de... Science occulte, produisent leurs expériences devant le public. Il est vrai de dire que celui-ci n’y voit que du feu. Dernièrement nous assistions à une de ces séances (entrée 2 francs). Le professeur (s’intitulant tel), il faut lui rendre cette justice, cherchait à expliquer les phénomènes par les lois de la physiologie. Ce n’était pas clair du tout, car dans ses sortes de questions force est de s’en tenir aux faits (pourvu qu’ils soient réels). Or ces faits on ne saurait les nier puisqu’ils se produisent à chaque instant, sans avoir été provoqués artificiellement, et par le jeu naturel du système nerveux. Qu’est-ce, en effet, que le somnambulisme, l’extatisme, la catalepsie et bien d’autres symptômes sinon unepension nerveuse? On peut même reproduire ainsi la plupart des manifestations de la physiologie.
Il y a quelques années, nous fûmes appelé auprès d’une dame de quarantedeux ans, mère de deux garçons, beaux comme ceux de Cornélie. Cette dame avait sur la tête une loupe, ou taupe, que nous extirpâmes. Au cours de l’opération (qui ne nécessita pas l’emploi du chloroforme), nous nous aperçûmes que nous exercions sur notre malade une influence magnétique, c’est-à-dire que chaque fois que nous la touchions, elle était prise d’une sorte de frissonnement. Est-ce l’opération ou cette influence magnétique qui détermima chez elle un bouleversement nerveux? Toujours est-il que, peu de temps après, elle manifesta des phénomènes de nervosisme qui bientôt allèrent jusqu’à l’état magnétique. Une fois nous fûmes appelé à la hâte : la malade, dans un accès de délire, s’était dépouillée de tous ses vêtements, hors d’elle-même, les yeux hagards, rugissant comme un chat-tigre quand on voulait la contenir, et distribuant à droite et à gauche des coups de griffes dont plusieurs assistants portaient les marques. Nous nous approchâmes d’elle profondément ému de ce triste spectacle. Est-ce ce sentiment qui agit sur elle ? Le fait est que, mettant la main sur son épaule, elle se détendit et se serait affaissée sur elle-
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même si nous ne l’avions soutenue. Après l’avoir couverte d’un châle, nous la fîmes asseoir dans un fauteuil et, moyennant quelques passes, la fîmes revenir à elle. Nous n’étions pas le moins étonné, car jusque-là nous ne nous étions soupçonné un pouvoir magnétique. L’idée nous vint ainsi de faire une étude de ces curieux phénomènes. Dans une attaque subséquente — tout aussi violente que la première — nous pûmes nous assurer que par le simple attouchement nous provoquions des mouvements physiologiques. C’est ainsi que nous fîmes couler des larmes en plaçant le doigt au point d’émergence du nerf lacrymal (1).
En touchant le nerf releveur de la paupière supérieure, celle-ci se relevait avec force (2).
En touchant le nerf nasal externe dans l’angle interne de l’œil (3), nous provoquâmes des éternuements et, en même temps, les narines se dilatèrent avec force.
En touchant le facial (4), les traits de la face de ce côté se contractèrent et donnèrent à la physionomie un aspect étrange. Nous provoquâmes également un tintement que la malade ressentait dans toute la tête, comme elle nous le déclara en l’interrogeant. Ce même attouchement fit couler la salive de la bouche et provoqua des mouvements des lèvres propres aux impressions sapides. L’attouchement des pneumogastriques, à la hauteur de la naissance des nerfs laryngés (5) supérieurs, détermina l’occlusion de la glotte, au point que la malade ne pouvait plus inspirer et se débattait contre le manque d’air. Par contre, l’attouchement des nerfs laryngés inférieurs ou récurrents (6) ^déterminait un état
(1) Le nerf lacrymal, branche de l'ophtalmique de Willis, de la 5 e paire (trijumeaux), se divise en deux rameaux, dont l'interne se distribue à la glande lacrymale et l’externe communique avec le nerf malaire du maxillaire supérieur. Cette communication se fait au point d’émergence de l’orbite.
(2) Le nerf releveur de la paupière supérieure provient de l'oculo-moteur commun, ou 3 e . paire.
(3) Le nerf nasal externe ou sous-trochléateur procède du nasal de l’ophtalmique de Willis. Il s’avance le long delà paroi interne de l’orbite, s’anastomose, én avant, avec un filet du petit frontal (branche du frontal de l’ophtalmique), sort de l’orbite au-dessous de la poulie cartilagineuse de l’adducteur de l'œil, se distribue aux, muscles et à la peau qui avoisinent l’angle interne de l'œil et s’y anastomose avec les filets du grand et du peiit frontal, du sous-orbitaire et du facial. Le nerf nasal fournit des filets à l'a pituitaire; de là, les éternuements dont nous parlons. Ses filets terminaux vont se répandre autour des muscles dilatateurs.
(4) Le nerf facial (ou portion dure de la 7 e paire) se distribue aux muscles de la face. Dans l’aqueduc de Fallope il s’accole à la corde du tympan, laquelle, à son tour,, se perd sur les côtés de la langue après avoir reçu les racines du ganglion sous-maxillaire.
(5) A leur sortie du crâne, les pneumogastriques ou nerfs vagues fournissent les laryngés supérieurs qui se distribuent au constricteur de la glotte ou arythnoïdien.
(6) Les nerfs laryngés inférieurs ou récurrents, sont fournis par les pneumogastriques au moment de leur entrée dans la poitrine, ils remontent à côté de la trachée-artère en formant une anse qui embrasse les carotides, et vont se répandre dans les muscles dilatateurs de la glotte ou crico-arythnoi-
béant de la glotte, où l’air se précipitait avec force, faisant entendre un bruit rauque. De même, l'attouchement des nerfs diaphragmatiques (1) donnait lieu à la contraction du diaphragme et à une respiration abdominale prolongée. Dans le cours de ces explorations nous fîmes le toucher et aussitôt se manifestèrent des phénomènes hystériques. Nous pûmes nous assurer que le col utérin était dans une sorte d’érection. L’idée nous vint alors d’introduire le spéculum.
En effet, le col était rouge vif, turgescent comme un pénis en érection. Il ne fut plus douteux pour nous que c’était cet état d’éréthisme qui provoquait les troubles nerveux généraux ; aussi — vu la constitution sanguine de la malade — nous fîmes, séance tenante, une application de sangsues sur le col. A peine le sang commença-t-il à couler que l’accès cessa. — Le problème était résolu ; toute explication extra-naturelle devenait inutile. — Depuis, cette dame eut encore des accès qui cessèrent, chaque fois, par une application de sangsues. Nous ne prétendons nullement qu’il faille généraliser ce moyen : cela dépendra, évidemment, de l’état constitutionnel; mais nous pensons que dans les conditions que nous venons d’énumérer, c’est l’orgasme vasculaire qu’il faut faire tomber pour avoir raison des accès nerveux. Depuis que nous nous occupons de dosimétrie nous sommes souvent consulté pour des cas de nervosisme, et chaque fois nous avons pu constater la puissance des hyposthénisants du système vaso-nerveux, tels que la cicutine, l’hyosciamine, l’aconitine, la digitaline, mais surtout la strychnine.
De son état magnétique il est resté à notre cliente une méfiance d ellemême, et elle nous a avoué que souvent à notre aspect, elle est demeurée fixée au sol comme une statue. De notre côté, nous évitons de la rencontrer, laissant au temps à dissiper cette influence magnétique.
Dans un mémoire récemment lu à l’Académie des sciences morales et politiques : Sur la suggestion hypnotique dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel, M. Liégeois, professeur de droit de Nancy, a prouvé que certains hypnotisés sont non seulement des automalies inconscientes, mais ce qui est bien plus extraordinaire, c’est qu’ils conservent pendant plusieurs jours des traces de cet automatisme, au point que les suggestions antérieures persistent longtemps et peuvent les exciter à accomplir des actes indépendants de leur volonté. Ce qui serait de nature à dérouter la justice. A moins de folie confirmée nous ne croyons pas à ces suggestions, et, en tout cas, il faut se garder de les entretenir.
(1) Les nerfs diaphragmatiques sont fournis par les 4«» nerfs cervicaux, conjointement avec les 5“. Ils descendent dans le médiastin postérieur et vont se répandre dans le diaphragme.
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Nous considérons donc comme dangereuses ces sortes d’exhibitions publiques que la police devrait interdire au nom de la morale et de la dignité humaine. En quoi, au reste, cela peut-il servir à la guérison des maladies nerveuses et mentales ? Une bonne thérapeutique vaudrait mieux. Mais on néglige cette dernière pour ne s’attacher qu à 1 extraordinaire. L’hypnotisme a existé de tout temps — comme le prouvent les illuminés. D’ailleurs le fait n’a rien de surnaturel quand on admet des fluides nerveux — comme des fluides électriques. C’est une absorption du plus faible par le plus fort ; et comme l’être psychique ne peut se séparer de l’être physique, l’absorption a lieu également pour la volonté et les autres facultés de l’âme. Il n’en est pas moins curieux que la conscience persiste chez les hypnotisés, alors que réveillés ils n en conservent qu’une impression. dont ils ne peuvent se rendre compte. Il ne faut pas confondre l’hypnotisme magnétique avec la maladie de sommeil, qu’on observe dans les climats extrêmes. Ainsi sous les tropiques, comme vers les pôles, il y a des individus pris dun sommeil invincible, dont on ne peut les tirer que momentanément. En Sibérie, cette maladie est connue sous le nom de muyachis. Dans nos voyages, nous avons trouvé à l’hôpital de Toulon un matelot, de retour du Sénégal, quon ne pouvait réveiller qu’à longs intervalles pour lui faire prendre de la nourriture.
De la même manière il y a des animaux hibernants, tels que l’ours brun, le blaireau. C’est une sorte de léthargie pendant laquelle les fonctions animales sont latentes. On peut, au moyen des principes de l’opium non convulsivants, tels que la codéine, la narcéine, ■ produire un état de narcotisme favorable à la résolution des affections douloureuses.
Dans l’hystérie on observe aussi quelquefois le sommeil hibernal. Nous l’avons constaté chez une jeune personne de dix-sept ans, qui aux approches de ses règles tombait dans un sommeil profond, quelquefois pendant huit jours. Cet état n’a rien d’inquiétant, puisque les mouvements de réparation sont suspendus. C’est à cette catégorie de malades qu’appartenait la trop fameuse Louise Lateau restant des semaines entières et même des mois sans boire ni manger. Comme il n’y a pas de métamorphose régressive, le corps reste dans le même état.
En somme, dans les phénomènes' que nous venons de passer en revue, il n’y a rien d’extra-naturel, sinon que pour ceux qui exploitent la crédulité publique. C’est pourquoi on ne saurait trop s attacher à répandre l’instruction. Si certains médecins trouvent mauvais qu on entre-
tienne le public des choses de la médecine, c’est qu’ils ont intérêt à les tenir dans l’ignorance.
« Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense.
» Notre crédulité fait toute leur science. »
Si le public était mis à même de choisir ses médecins, il y aurait moins de charlatans parmi ces derniers.
Combien de malheureuses femmes qu’on enferme dans les manicomes sous prétexte de folie, et qui pourraient être arrachées à elles-mêmes par la médication dosimétrique ! Mais on part de cette idée que l’esprit seul est malade — et on ne fait rien pour le corps. — Il faudrait cependant se rappeler le mens sana in corpore sano des anciens.
Tel est le motif pour lequel nous avons écrit le présent article, et nullement pour nous poser en magnétiseur.