‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 38 sur 179 · LA FIÈVRE TYPHOÏDE A GENÈVE · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE TYPHOÏDE A GENÈVE

Nous lisons dans la Revue médicale de la Suisse romande le fait suivant :

Une épidémie de fièvre typhoïde vient de sévir à Genève. Le fait dominant du mois de mars (1884) a été le développement rapide et intense, puis la diminution de l’épidémie qui s’était déclarée vers le milieu de février et qui a atteint son maximum dès le 10 mars, avec soixante-cinq cas déclarés dans les vingt-quatre heures. La diminution s’est produite immédiatement après et s’est maintenue au point que dans les derniers jours du même mois, la maladie était déjà réduite de plus des cinq dixièmes, avec une dizaine seulement de cas nouveaux par vingt-quatre heures. Cette diminution continue de même depuis le commencement du mois d’avril. Une enquête remontant jusqu’au 1 er janvier et commencée dès le début de l’épidémie, a permis d’en connaître exactement la marche. Chaque semaine tous les médecins pratiquant dans le canton de Genève, ont eu l’obligeance de signaler les cas nouveaux qu’ils avaient observés dans la semaine précédente. Ils ont droit à la reconnaissance publique, car cette enquête générale a déj à donné des résultats précieux pour l’étiologie et la prophylaxie de la maladie. Six ou sept cas seulement se sont produits dans le reste du canton. Tous les autres ont éclaté au sein de l’agglomération genévoise urbaine et suburbaine, et essentiellement dans le périmètre des quar-

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tiers où se distribue l’eau que la machine hydraulique puise dans le port, accidentellement souillée par des égouts de la banlieue, pour lesquels on construit en ce moment un grand collecteur qui les déversera en aval de la ville. La conduite d’alimentation de la machine va être immédiatement prolongée jusqu’en amont du port, de sorte que l’eau potable, puisée dans le lac même, sera pure et à l’abri de toute contamination.

Nous ferons remarquer que l’eau des lacs et des rivières ne présente point les conditions de potabilité voulues. Indépendamment des matières fermentescibles dont elle est chargée, elle manque de sels solubles et surtout d’acide carbonique, deux conditions pour qu’une eau soit saine. N’est-il pas étrange que dans une ville comme Genève on ait eu l’idée d’établir en aval du port, obstrué par des corroyeries, une machine hydraulique pour les besoins de la population? Tant que des médecins ne seront pas à la tête du service hygiénique, on commettra des âneries pareilles. Les médecins sont comme la fille de Priam, à Troie; ils ont beau donner leurs avis on ne les écoute point ; et quand l’épidémie éclate on fait appel à leur dévouement, sauf à les payer en monnaie de singe. Il serait grand temps que le corps médical se reconstituât, au lieu de voir ses membres isolés réduits à l’impuissance.

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