PHÉNOMÈNES CARDIAQUES DE LA STRANGURIE
Il est oiseux de parler de sa propre santé ; mais quand les phénomènes subjectifs sont de nature à intéresser l’art, il est précieux qu’ils soient observés sur le médecin lui-même. C’est ce qui m’est arrivé dans une strangurie dont j’ai été atteint dans ces derniers temps. Nul signe de cystite ni de cystalgie ; cependant le ténesme périnéal, une tension dans le fond du bassin et des urines sanguinolentes, comme par bouffées, suivies de soulagement immédiat, indiquaient des varices au col de la vessie, d autant qu’il y en a également à l'anus. Les bains de siège et les sangsues s étaient montrés impuissants et les urines, au lieu dêtre chargées, étaient claires, surtout celles émises la nuit. Il y avait donc beaucoup de nervosité dans mon cas. Un soir, après des atteintes assez fortes durant le jour, au point de m’empêcher de sortir, en explorant mon pouls, je remarquai
qu’il y avait une interruption après trois pulsations... — ... — ... —-, cependant nul symptôme cardiaque, le pouls était lent et plus développé. Il fut évident pour moi que c’était le système nerveux ganglionnaire cysto-cardiaque qui était cause de cette irrégularité ou interruption. C’est ainsi qu’on observe des désordres nerveux du cœur chez les hystériques et les hypocondriaques. Sans doute je n’en suis pas là, et mon âge me met à l’abri des caprices du système nerveux, je ne pris donc aucune inquiétude de mon état ; mais cependant ne voulant pas le laisser subsister, je pris en me couchant 3 granules de valérianate d’atropine, et 4 granules de benzoate de lithine. J’eus les effets subjectifs du premier en peu de temps : troubles de la vue, sécheresse de la gorge et une raucité de la voix non congestive, car il n’y avait nulle tension au larynx, ni toux, mais paralysante — et si je puis m’exprimer ainsi — probablement à-cause de l’anesthésie des nerfs laryngés supérieurs ou constriction de la glotte. Le résultat final fut que la strangurie cessa, toutefois avec tendance à revenir et un sentiment de prurit au bout de laverge et de ténesme anal. Je me fis faire une nouvelle application de sangsues à l’anus, qui me soulagea. Toutefois je ne me dissimule pas que l’âge est pour beaucoup dans les phénomènes névrosiques ; l’important c’est qu’ils ne soient que cela. La simple intermittence du pouls n’a pas de signification déterminée ; elle peut exister avec le calme parfait de l’action du cœur-, pendant toute la vie et jusqu’à un âge fort avancé, sans dommage; mais chez moi, elle se rattache évidemment à une cystodénie de nature hémorroïdale, ainsi que le traitement palliatif le démontre. Le valérianate d’atropine et le benzoate de lithine sont indiqués contre le spasme du col vésical, afin de corriger lacreté des urines (1).
Tel est le titre d’un article du Concours médical (dans son numéro du 14 juin) que nous croyons utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs, parce que, en général, on n’est pas d’accord sur la nature de cette
(1) L’événement a démontré que ces phénomènes cysto-cardiaques ont été le commencement d’une lithiase uratée. Nous donnerons plus loin l’historique de la lithotritie que nous avons subi.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
névrose. Est-ce une convulsion? Est-ce une paralysie? Voilà ce qu’il importe d’établir d’une manière rigoureuse, parce que l’avenir de l’enfant peut en dépendre, la chorée pouvant dégénérer en épilepsie.
Trousseau voulait qu’on conservât le nom de « danse de Saint-Guy » à la variété principale de la chorée. Cette dénomination lui paraissait préférable à toute autre, parce que « dans son acception générique elle embrasse bien des choses et n’en spécifie aucune, tandis que celle de chorée s’applique seulement à une seule chose et à toute cette chose ». C’est qu’en effet, à côté de la danse de Saint-Guy, de la chorée vraie, ont pris place un nombre de chorées qui n’ont plus guère de commun avec elle que des mouvements convulsifs, involontaires, plus ou moins subordonnés; la différence est entre elles à peu près aussi prononcée qu’entre l’épilepsie vraie — morbus sacer —et toutes ces épilepsies partielles, ces mouvements épileptiformes qu’on observe dans le cours des maladies nerveuses. Trousseau avait si bien senti cette distinction, qu’après avoir fait une description magistrale de la danse de Saint-Guy, il étudie les différentes espèces de chorée, et en particulier la chorée hystérique. Depuis Trousseau, l’étude de cette pseudo-chorée s’est enrichie de nombreux faits; aussi est-il intéressant, après avoir rappelé les principaux traits de la chorée vraie, de décrire les différentes variétés de chorée pour les distinguer de la première.
La danse de Saint-Guy n’est pas toujours facile à reconnaître à son début, lorsqu’il n’y a pas quelques modifications du caractère, quelques phénomènes d’irritation spinale, un peu d’incoordination dans les mouvements. En revanche, il est presque impossible de la méconnaître à la période d’état. Aussi les parents sont-ils souvent fixés, avant de consulter le médecin, sur la nature de la maladie. Sans vouloir en donner une description complète, on peut rappeler que c’est une névrose à marche subaiguë ou chronique, fréquente surtout dans le jeune âge, ayant pour attribut spécial caractéristique, la production presque incessante de contractions musculaires involontaires, d’une extrême irrégularité. C’est un mélange de mouvements convulsifs et involontaires. Le développement des accidents est le plus souvent graduel. On observe quelques changements du caractère, de la maladresse dans les mouvements, en même temps que certaines irritations spinales. Puis le système musculaire est envahi peu à peu par des mouvements anormaux, involontaires et incoordonnés, qui disparaissent presque complètement pendant le sommeil. Ces mouvements amènent des désordres variés, suivant leur intensité et selon les groupes musculaires atteints : troubles de la parole, de la phonation du cri, de la déglutition, grimaces de la face, troubles de la marche et des mouvements des mains ; les sphincters mêmes peuvent subir l’influence de la chorée. Dans quelques cas, il y a en même temps un certain degré d’affaiblissement de la myotilité. M. Olive, dans sa thèse récente (Paris, 1883) a, repris l’étude des symptômes paralytiques de la chorée, qu’il rattache à trois modes de début. Tantôt une paralysie précède les mouvements choréiques : l’enfant est inhabile à marcher, inhabile aussi à se servir de ses mains; il titube, il ne peut tenir un objet, même léger. Cette paralysie du début peut se terminer de deux façons :
ou bien elle n’est accompagnée que de mouvements choréiques presque imperceptibles, et constitue alors toute la maladie.
C’est ce que West appelle chorée molle — Lirnp chorea — ou bien des mouvements choréiques surviennent et s’accentuent à mesure que la force revient dans les membres paralysés. — D’autres fois c’est dans le cours de la chorée que survient la paralysie; elle est rarement complète; c’est le plus souvent une hémiplégie ou une monoplégie qui fait suite aux mouvements choréiques. La paralysie qui termine la chorée est peut-être la plus fréquente et sa durée est souvent assez longue. Les troubles de la sensibilité sont ordinairement peu marqués; il peut exister, soit de l’hyperesthésie, soit, plus rarement, de l’anesthésie. On a signalé l’existence de points douloureux analogues à ceux des névralgies et des douleurs localisées vers les extrémités osseuses. Les facultés morales et intellectuelles sont plus ou moins perverties, depuis le simple changement de caractère jusqu’à la folie : hallucinations, délire maniaque, etc. Quant aux troubles des fonctions digestives, ils sont souvent peu marqués. Les modifications des urines consistent dans l’excès des sulfates et la diminution des phosphates; pour les autres, dans une diminution des sels de chaux. Les choréiques sont souvent atteints de palpitations, avec impulsion exagérée du côté du cœur, en même temps qu’il coexiste des irrégularités et des intermittences; ces troubles cardiaques peuvent tenir à l’excitation du muscle cardiaque (chorée du cœur),.soit à un état chloro-anémique; soit enfin à des lésions concomitantes du cœur. C’est en partie à cause de cette coexistence de la chorée et des lésions cardiaques que les pathologistes en admettent la nature rhumatismale. M. Olive vient de signaler à l’appui de cette théorie, l’existence de manifestations cutanées : érythème simple, papuleux ou noueux, urticaire, purpura, dans la chorée des enfants. Dans un cas un érythème polymorphe apparut trois semaines après les désordres musculaires et presqu’en même temps que l’arthropathie et l’endocardite. Dans un second cas, une poussée d’urticaire précéda de quelques jours les mouvements choréiques et les douleurs articulaires. Quoi qu’il en soit de cette relation de la chorée et du rhumatisme, la maladie guérit habituellement, mais peut récidiver plusieurs fois ; ce n’est que dans des circonstances exceptionnelles qu’on a vu des choréiques succomber du fait de leur maladie.
Yoilà ce qu’est la chorée vulgaire, la danse de Saint-Guy, telle qu’on l’observe le plus habituellement chez l’enfant. Ce type clinique peut se retrouver avec quelques variantes, chez l’adulte, chez le vieillard, chez la femme enceinte. La chorée des adultes est plus longue, elle guérit plus difficilement, elle exerce une influence fâcheuse sur les fonctions cérébrales et est souvent suivie de troubles psychiques précurseurs d’une décadence intellectuelle. Dans la chorée des vieillards, on note une lenteur relative des mouvements de coordination, une marche essentiellement chronique et la coexistence de troubles intellectuels. D’après Charcot, cette chorée a quelques relations étiologiques avec la diathèse rhumatismale et même avec le rhumatisme chronique, si fréquent à un âge avancé. Il est quelquefois difficile de la distinguer du tremblement sénile. Quant à la chorée de la grossesse, elle est moins souvent unilatérale que chez les enfants, se développe surtout chez les primipares et prédispose à l’accouche-
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
ment prématuré ou à l’avortement. A côté de ces variétés de la chorée vulgaire se trouvent d’autres chorées : hystérique, électrique, qui par leurs caractères s’éloignent de beaucoup de la danse de Saint-Guy; aussi est-il souvent facile de les reconnaître. Les mouvements chorériques chez les hystériques — qu’ils attaquent les membres supérieurs ou inférieurs—présentent souvent un caractère rythmique sur lequel a insisté Charcot : c’est ainsi que les malades peuvent faire des mouvements simulant une salutation profonde et exagérée. Ces mouvements peuvent se reproduire pendant plusieurs jours, avec les mêmes caractères. Brequet rapporte le fait d’une jeune hystérique, dont le membre inférieur était pris d’un mouvement de flexion forcé, dans lequel la pointe du pied venait toucher le front. Cette variété de chorée sera facile à reconnaître d’après d’autres symptômes coexistants d’hystérie : phénomènes hyperesthésiques ovariens, d’anesthésie, etc. En outre, selon M. Huchard, elle se distingue en reproduisant d’après un type constant et condensé, certains mouvements bien rythmés ; d’où, d’après la forme de ces mouvements, les noms divers de : chorée saltatoire, rotatoire, etc. Du reste, il existe un autre caractère qui permet de reconnaître la chorée hystérique : c’est que malgré l’impuissance de la volonté pour empêcher les contractions des muscles, elle commande encore à ces muscles des mouvements d’ensemble et les fait avec régularité et harmonie. Trousseau rapporte l’histoire d’une jeune personne bien portante, dont le côté gauche était animé de mouvements choréiques si violents, qu’on pouvait craindre qu’elle ne se blessât contre les meubles et contre les murs. Le seul moyen de faire disparaître cette agitation, comme par enchantement, c’était de faire mettre la jeune fille au piano; elle exécutait des morceaux pendant une heure, avec une merveilleuse facilité et sans manquer une note. Ce n’est certes pas la choréique vulgaire qui pourrait ainsi à volonté suspendre ses mouvements et exercer son talent de pianiste. Trousseau fait encore rentrer la toux hystérique parmi les manifestations choréiques de la grande névrose : ce serait une convulsion des muscles du larynx et du diaphragme. Il en est de même des tics de la face. La chorée électrique est caractérisée par des secousses musculaires, semblables à des décharges électriques. Il existe un autre type de chorée consistant en mouvements brusques et rapides, saccadés, indépendants de la volonté; plus souvent limités à la tête, ou bien encore à un des membres, ou à une moitié du corps.
Ce ne sont pas. là de véritables chorées. La chorée vraie se rattache à un défaut de coordination des mouvements par la rupture d’équilibre entre les divers muscles atteints. Il faut donc employer simultanément les antispasmodiques — hyosciamine, valérianate d’atropine — et les toniques — strychnine, cyanure de zinc, etc. C’est le seul moyen de rétablir l’équilibre. Ceci est d’autant plus important que la chorée est le point de départ de l’épilepsie (1).
(1) Nous nous sommes bien trouvé dans les cas de cborée essentielle de l’emploi de l’émétine.