‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 40 sur 179 · EMPLOI DE L’IODOFORME DANS LES MALADIES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

EMPLOI DE L’IODOFORME DANS LES MALADIES INFECTIEUSES

C’est la dosimétrie qui a mis aux mains des médecins ce médicament éminemment antiparasitaire et anticontagieux, sous une forme usuelle, sans provoquer chez les malades aucun dégoût. On prétendait que l’iodoforme à cause de sa grande volatilité ne pouvait être préparé en granules. Or, les granules Chanteaud conservent indéfiniment leurs caractères objectifs et subjectifs. Nous avons dans notre pharmacie de poche des granules qui datent de plus de trois ans et qui n’ont rien perdu de leur action. Dans nos pérégrinations, quand nous voulions convaincre les incrédules, c’étaient des granules d’iodoforme Chanteaud que nous nous servions. Or, il arrivait que plusieurs d’entre eux ignoraient complètement l’existence de ce médicament. Depuis l’introduction de l’iodoforme, en 1837, dans la matière médicale, par le docteur Glover, sa sphère d’application a toujours été s’élargissant. C’est, à la fois, un désinfectant, un anesthésique, un résolvant, selon les conditions particulières dans lesquelles on l’emploie. Dans notre service à l’hôpital civil de Gand, nous nous en sommes constamment bien trouvé, comme topique dans les plaies et ulcères de mauvaise nature, et à l’intérieur dans les affections infectieuses : pyoémie, érysipèle, phtisie pulmonaire. Nous le donnions à la dose de 10 à 12 granules par jour, combiné à la codéine. Ceci date de l’année 1870. Le docteur Clarck Burmon, de Belford, dans le Northumberland, a signalé également son usage pour arrêter les progrès de l’érysipèle. Voici la communication qu’il a faite dans le The Practitioner (mai 1884) :

Un jour que l’auteur appliquait un badigeonnage de collodion iodoformé sur une adénite du pli de l’aine — suivant sa méthode ordinaire de traitement des gonflements douloureux des ganglions, n’importe dans quelle région — la malade, qui avait un eczéma chronique des membres inférieurs, attira son attention sur une plaque érysipélateuse bien nette, occupant la cheville du pied gauche et la partie inférieure de la jambe. La peau était infiltrée, rouge et chaude, mais sans vésicules. Songeant aux expériences de sir James. Paget relatives aux applications de. collodion sur les plaques érysipélateuses, expériences consignées dans le Clinical Lectures and Essai/, l’auteur fit sur la plaque érysipélateuse un badigeonnage avec la solution au dixième de collo-

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dion iodoformé. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque à la visite suivante il trouva la plaque modifiée : toute douleur et toute chaleur avaient complètement disparu et l’infiltration se résorbait avec rapidité. L’adénite du pli de l’aine — déjà réduite et moins douloureuse — guérissait au bout de quelques jours complètement. Satisfait d’un si bon résultat, l’auteur fut conduit à adopter le même traitement dans un cas d’érysipèle de la face. Cet érysipèle, parti des bords d’un abcès de la région sous-occipitale, avait envahi la moitié gauche du cuir chevelu et du cou, et une partie de l’œil droit. Le gonflement des tissus était tel que l’œil était complètement fermé. Le pouls était plein, dur et rapide; la température dépassait 101° Farenheit (40° c.j,et il y avait eu pendant la nuit précédente un peu de délire, d’agitation et de l’insomnie dus à l’intensité de la douleur. L’auteur appliqua sur toute l’aréa érysipélateuse et la dépassant de quelques pouces (■ inch ), la limite extrême de la rougeur, une couche decollodion iodoformé au dixième. Séance tenante, la malade observa le rafraîchissement et le soulagement que lui procurait cette application. La nuit même elle goûtait plusieurs heures d’un sommeil tranquille. A l’intérieur la malade prit :

Liqueur de perchlorure de fer

Sirop de chloroforme. . .

Infusion de quassia . . .

une cuillerée à bouche toutes les heures.

A la visite suivante, tous les symptômes avaient notablement rétrocédé. L’application ayant été répétée au bout de quelques jours, la malade était déclarée convalescente et mise à l’usage du sirop d’Easton.

L’auteur cite encore deux autres cas où le succès a été le même. Or, on sait que l’érysipèle dans les hôpitaux vient souvent compliquer les moindres opérations et se termine d’une manière mortelle. Les chirurgiens feront donc bien de mettre leurs opérés sous l’influence de l’iodoforme, intus et extra. Si, comme on le prétend, il y a des microbes sous jeu, ils seront tués inévitablement et la fièvre de résorption sera moins à craindre. Dans la phtisie — où l’on parle beaucoup de bactéries et bacilles — l’iodoforme est un précieux agent de désinfection. Nous en faisons croquer quelques granules aux malades, afin de modifier la nature des crachats et de répandre autour d’eux une atmosphère d’iodoforme. Nous préférons ce moyen à l’acide phénique qui désinfecte en infectant.

20 grammes.

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