‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 41 sur 179 · LA MORT PAR PARALYSIE DU CŒUR · texte numérisé non relu

LA MORT PAR PARALYSIE DU CŒUR

Bichat avait raison de dire que nous mourons, le plus souvent, par le cœur. En effet, c’est par cet organe que nous vivons et que s’établissent les rapports de tous les organes entre eux. C’est donc d’après le cœur que le médecin doit se régler pour rétablir l’ordre dans le désordre ou ce qu’on nomme la maladie.

Aujourd’hui on peut dire que le mécanisme du cœur est connu, ainsi que son mode de fonctionnement ; il y a peu de détails que l’anatomie et la physiologie aient laissé dans l’obscurité, nous n’avons donc plus qu’à nous occuper de la thérapeutique, sans laquelle il n’y a pas de médeciue ou art médical proprement dit. Dans l’état de santé, le cœur — de l’adulte — bat de 70 à 75 fois par minute, mais à la moindre fièvre, à la moindre irritation ses mouvements se précipitent jusqu’à 100, 120, 130 pulsations. Comment l’organe — quelque vigoureux qu’il soit — ne serait-il point épuisé au bout d’un certain temps ? Or, c’est ce temps qui marque l’heure de la mort. Il en résulte que plus nous retardons ce moment extrême, plus nous donnons à la nature le temps de se venir en aide à elle-même, car — comme l’a dit Hippocrate — c’est elle qui guérit et non pas nous — mais nous pouvons la diriger : Quo tendit... En médecine allopathique on vise la maladie et on perd de vue le malade : selon la localisation de l’irritation sur tel ou tel organe, on donne un nom à l’enfant et — cela fait — il semble qu’il n’y a plus autre chose à faire que le nourrir — Nuy'sery , comme disent les Anglais. — Qu est autre chose l’expectation dont l’arme part toujours trop tard ?

Voici où nous voulons en venir : Dans toute fièvre il faut dès le début se mettre à cheval sur la strychnine, et si elle ne suffit pas, y joindre ses auxiliaires : la digitaline qui diminue la tension intravasculaire et rétablit les sécrétions ; l’aconitine et la vératrtne qui font tomber la chaleur morbide ; la quinine qui prolonge les rémissions et favorise ainsi la résolution. Qu’importe après cela ce qu’on aurait eu, puisqu’on est guéri ? Faut-il attendre que la maladie soit confirmée pour la diagnostiquer ? N’avons-nous pas pour cela les signes pronostiques, quTIippocrate a si admirablement décrits ? Malheureusement les moyens thérapeutiques lui faisaient défaut et iln’a pu que marquer — heure par heure, jourparjour —

la marche de la maladie : « Le vingtième jour, le malade eut la fièvre, ainsi que les jours suivants ; le trentième, survint une épistaxis ; le quarantième, le ventre, se relâcha; le cinquantième, la fièvre eut un redoublement ; le soixantième, le malade mourut ; il était frénétique. » Il y en avait qui allaient jusqu’au centième et même au cent vingtième jour; mais la finale était toujours la même. Aujourd’hui nous sommes plus précis : le diagnostic est devenu une science; nous distinguons les moindres nuances de la méningite, mais hélas ! nous disons souvent : « C’était la frénésie ! » Eh bien ! ce n’est pas ainsi que' nous devons agir ; mais, au contraire, tâcher de n’avoir pas à faire de diagnostic. La belle affaire qu’on sache qu’il y a eu méningite si le malade est mort ! Il en est de même dans toutes les maladies prétendument cycliques, comme la fièvre typhoïde, qu’on prétend également devoir être abandonnée à sa marche naturelle — pour ne pas dire mortelle. Il est vrai, on parle de spécifique :

« Mais cet heureux phénix est encor à trouver. »

Et l’acide salicylique le comptez-vous pour rien? Nullement, puisque nous le tenons pour un dangereux poison. — « Mais les microbes ? » D’accord, mais il faut et on peut les tuer. — N’est-ce pas là ce que font les alcaloïdes défervescents ? Vous donniez le quinquina alors qü’il n’était pas question de ces infiniment petits ; en quoi ceux-ci ont-ils influé sur la thérapeutique ? Si la quinine guérit la fièvre intermittente, pourquoi l’aconitine, la vératrine ne guériraient-elles pas la fièvre rémittente ? — car, en y regardant bien, il s’agit toujours d’accès ou exacerbations plus ou moins caractérisées. — Votre expectation armée je ne la comprends pas. Au moins nos anciens frappaient — il est vrai souvent comme l’aveugle dont parle Barthez, c’est-à-dire plus sur le malade que sur la maladie. C’était au dire de Forget, « une décharge à mitraille dont quelques éclats pouvaient, par hasard, atteindre la maladie ». Nous sommes plus heureux, puisque nous avons des moyens d’action certains : les alcaloïdes... Mais l’Ecole n’en veut pas... C’est comme Tartufe « que M. le Président » avait interdit parce qu’il ne voulait pas « qu’on le jouât». Eh bien, faisons comme Louis XIV, passons outre et laissons là cette vieille radoteuse. Et nunc delenda Carthago est.

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