‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 44 sur 179 · DES GRANULES D’ARSÉNIATE DE FER ET D’ARSÉNIATE DE STRYCHNINE · texte numérisé non relu

DES GRANULES D’ARSÉNIATE DE FER ET D’ARSÉNIATE DE STRYCHNINE

Ce serait une étrange erreur de croire que le fer qu’on administre dans la chlorose et la chloro-anémie, agit quantitativement. On a dit que nous avons dans notre sang assez de fer pour frapper une médaille à notre effigie : s’il en est ainsi il faudrait un boisseau de ferrugineux pour reconstituer ce fluide. C’est donc qualitativement que le fer agit, c’est-àdire par catalyse physiologique. Cela étant, les meilleures préparations sont celles qui conduisent le mieux et le plus promptement à ce résultat. En 1858 des expériences faites par une commission de l’Académie de médecine dans le but de déterminer l’action digestive du suc gastrique sur la fibrine en présence du fer, ont fait voir que certains sels de fer solubles sont absorbés sans être assimilés. De plus, la plupart des ferrugineux doivent être considérés non seulement comme inefficaces, mais encore comme directement nuisibles, puisque sur neuf préparations de fer soumises à l’expérimentation, six ont plus ou moins paralysé la digestion. Ces préparations données à hautes doses, occasionnent des vomissements, des coliques violentes et autres symptômes de l’irritation gastrointestinale, On pourrait presque dire que plus les doses sont élevés moins elles sont nuisibles puisqu’elles sont rejetées : les animaux inférieurs peuvent être empoisonnés par des doses peu élevées de sel de fer. Chez les personnes délicates, même en état de santé, ces préparations produisent des pesanteurs d’estomac, de la diarrhée, plus souvent de la constipation ; les matières fécales sont colorées en noir par du tannate ou du sulfure de fer qui se sont produits. Un pharmacien malhonnête, faisait accroire à des personnes qui venaient le consulter qu’elles avaient de la bile noire, et pour le leur faire voir, il leur faisait prendre des pilules de fer insolubles. Il faut donc que la préparation de fer pour être vraiment utile, d’abord active la digestion au lieu de la déranger, ensuite quelle favorise l’acte respiratoire et rende ainsi le sang plus rutilant. C’est ce double résultat qu’on obtient très rapidement avec Farséniate de fer, en y associant l’arséniate de strychnine. Or, ces deux agents si précieux ne figurent même pas dans les formulaires classiques. La pharmacie dosimétrique les a mis à la disposition du médecin : les granules d’arséniate

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de fer dosés au milligramme et ceux d’arséniate de strychnine au demimilligramme. On peut ainsi les approprier à chaque individualité ou idiosyncrasie. Nous faisons fréquemment usage de ces granules et pouvons dire que jamais ils n’ont trompé notre attente. Le pouls s’est promptement relevé, ainsi que le montrait le sphygmographe, la digestion s’est rétablie et les belles couleurs rosées indiquaient 1 action salutaire du traitement. Le sang une fois bien hématisé, on conçoit que toutes les autres fonctions, notamment la menstruation, s’en ressentent favorablement. Les granules d’arséuiate defer et d’arséniate de strychnine peuvent se donner aux repas, ne neutralisant pas le suc gastrique. C’est à tel point qu’il faut y veiller, en vue de la pléthore. Toutefois, celle-ci n’est pas à craindre, puisqu’elle est plus apparente que réelle. Il suffit de suspendre la médication, sauf à la reprendre si c’est nécessaire.

Pendant un temps nous avons été appelé dans un couvent de femmes où le régime consiste en pain, légumes et poissons — peut-être ce dernier pour augmenter les cris de la chair et rendre ainsi la mortification plus méritoire. Toutes ces malheureuses recluses sont chloro-anémiques, au point que l’hystéricisme les soumet à un supplice continuel ; quelquesunes en deviennent folles et sont placées dans une espèce de varie in pace. Eh bien ! il suffisait de quelques granules d’arséniate de fer et d’arséniate de strychnine pour les calmer. Quelquefois nous y ajoutions le bromhydrate de cicutine, afin d’abattre la furia erotica ou l’hyperesthésie de la moelle épinière. Voudrait-on soutenir que le fer a reconstitué lhématosine du sang? Il en faudrait beaucoup, puisque, d’après Lecanut, lhématosine contient 7 p. c. de fer. Nous donnons d’ordinaire 2 granules d’arséniate de fer, contre 1 granule d’arséniate de strychnine, deux ou trois fois dans la journée. Nous ne saurions trop recommander ces granules à nos confrères. Ce sont les véritables antispasmodiques puisqu’ils tonifient la fibre musculaire et la fibre nerveuse. On fait beaucoup de mal en attribuant aux médicaments une spécificité qu’ils n’ont pas ; pas plus que les maladies elles-mêmes, puisqu’il n’y a pas d’entités, mais des troubles fonctionnels, lesquels, quand on ne les arrête point, dégénèrent en lésions organiques. C’est-là dessus que nous avons fondé la doctrine dosimétrique, laquelle n’est que la reproduction des préceptes posés par le père de la médecine. Il est vrai qu’il n’a pas fait, à proprement parler, de thérapeutique ; mais sa diététique est tellement rationnelle qu’à elle seule elle a pu suffire pour son temps. Aujourd’hui que la civilisation a jeté le trouble dans nos fonctions, nous devons recourir aux agents thérapeutiques ; mais le point essentiel est de bien les choisir et surtout de bien les gouverner. C’est ce qu’on ne peut faire qu’en dosimétrie, basée

sur la physiologie et la pharmacodynamie clinique. Les expériences in anima vili ne suffisent point, puisque les animaux ont pour les médicaments une idiosyncrasie qui n’est pas la nôtre. D’ailleurs, n’étant pas malades, nous sommes obligés de les rendre tels pour avoir des effets appréciables ; et alors c’est faire de l’ordre avec le désordre, comme au reste, on fait en allopathie.

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