‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 45 sur 179 · POURQUOI LES MÉDECINS PERDENT LA CONFIANCE DU PUBLIC · texte numérisé non relu

POURQUOI LES MÉDECINS PERDENT LA CONFIANCE DU PUBLIC

Le scepticisme de beaucoup de médecins tourne contre eux-mêmes : si la plupart ne font rien pour leurs malades, ils n’en font pas plus pour eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils se laissent mourir. Au point de vue de la statistique générale, ce sont eux qui devraient vivre le plus longtemps ; et cependant combien peu d’entre eux atteignent ce terme, que Buffon nommait le « Gros lot de la vie », c’est-à-dire cent ans? Ils ne veulent pas comprendre que le corps humain est une machine qui doit être soigneusement entretenue. La vie seule — en tant que force — ne suffit pas ; il faut que l’organisme sache y "répondre. Or, comment le pourrait-il quand on le laisse s’obstruer de matières inertes ? N’est-ce pas ainsi que se forment les scléroses, les athéroses qui rendent les tissus tantôt friables, tantôt mous, sans consistance, et disposent ainsi aux anévrismes dont tant de médecins meurent avant le temps? On dit que c’est à cause de leur profession : si l’on entend par là les émotions quelle donne, nous répondrons que là aussi les médecins sont leur propre bourreau, en se laissant aller à l ’Invidia medicorum pessima invidia. Quant aux misères humaines, ils y sont aguerris, et la plupart y voient ce qu’ils nomment des beaux cas. C’est donc parce qu’ils ne prennent aucun soin de leur santé qu’ils la perdent. Quand nous avons mis en avant l’usage diététique du sulfate de magnésie comme rafraîchissant, beaucoup de nos confrères ont haussé les épaules, tandis qu’eux-mêmes prennent peut-être les pilules d’Holloway. Cependant le Sedlitz Chanteaud a eu pour résultat de faire renoncer en grande partie aux drastiques. Quand ensuite nous avons proclamé l’efficacité de la strychnine comme la clef vitale, d’autres confrères ont crié à l’empoisonnement. Et cependant l’idée a fait son chemin. Il est vrai que nous prêchons

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

d’exemple. Enfin, quand nous avons parlé de la jugulation des maladies, quelques confrères — mais surtout les pharmaciens — ont demandé naïvement : « Mais de quoi vivrons-nous? » On pourrait leur répondre : « De quoi vivez-vous maintenant, puisque le malaise professionnel va chaque jour augmentant? « Le mal n’est donc pas là, car quels que soient les progrès de l’art de guérir, il y aura toujours des malades, d’autant que la civilisation — c’est-à-dire le trop des uns et le trop peu des autres — y porte. Mais les médecins sont soumis à la loi économique de l’offre et de la demande ; et plus la première augmentera, plus la seconde diminuera. Les médecins ont donc intérêt à guérir le plus vite possible, afin d’inspirer confiance au public. Aujourd’hui, on en a peur, comme on hésite de mettre une montre de prix aux mains d’un horloger maladroit. Ce sont les hésitations des médecins qui les tuent, au point de vue de leur clientèle ; indépendamment qu’ils se tuent euxmêmes au point de vue de leur propre santé. La dosimétrie leur offre le moyen d’échapper à cette double éventualité. Mais ils sont victimes du scepticisme qu’ils ont puisé à l’École. Là, ils ont vu tant de mécomptes, tant de déceptions, qu’ils ont fini par ne plus croire, nous ne dirons pas à leur science — car ils n’ont pu s’en faire une — mais à la science de leurs professeurs. Ils ont vu ces derniers à l’œuvre ; et ce n’est pas là ce qui a pu leur donner la foi. La dosimétrie, s’appuyant sur la doctrine du père de la médecine, s’est débarrassée de ce lourd fardeau qu’on nomme « anatomie pathologique » ; et quand elle se trouve en face d’un malade elle ne s’occupe que de lui, sans s’inquiéter de la maladie; ou plutôt elle s’applique à ce que cette dernière ne puisse naître. Il est vrai qu’elle (la dosimétrie) se prive ainsi de ce que le docteur A. Latour nommait une « inutile histoire naturelle ». Les hommes de l’École se sont écriés : « Mais c’en est fait de la science, car supprimer la maladie, c’est supprimer la médecine ! » Pardon, très savants confrères : parce que nos organes sont sensibles, est-ce une raison de les laisser s’altérer? ou quand ils s’altèrent, est-ce tout d’abord matériellement, organiquement ? Est-ce que la vie n’est pas la résistance à la mort — comme disait Bichat — par conséquent, tous les efforts des médecins ne doivent-ils pas tendre à augmenter cette résistance? A moins de dire, avec un grand poète dont la robuste vieillesse est une protestation vivante contre la doctrine : « Ceci tuera cela. » La mort ne profite à personne (à moins du fossoyeur), il faut donc la retarder le plus possible. — Conclusion : si les médecins veulent inspirer confiance au public, il faut qu’ils ne se laissent pas mourir avant le temps ; alors seulement on verra en eux les prêtres de la santé et non les augures de la mort.

ACADÉMIE DE MÉDECINE DE BELGIQUE. — SÉANCE d’AVRIL 1884.

Réhabilitation de la saignée. — Transfusion du sang.

Cette séance a été intéressante; si toutes l’étaient ainsi, on ne pourrait se plaindre.

M. le docteur Borlée, professeur à la Faculté de médecine de Liège et vice-président de l’Académie, est venu plaider en faveur de la saignée. Il a d’abord fait remarquer que la médecine et la chirurgie sont appelées à se prêter un mutuel appui ; que la séparation que d’aucuns ont voulu établir entre ces deux branches de l’art de guérir, n’a duré que trop longtemps et qu’il importe de la faire cesser. Ceci peut s’appliquer au temps où le chirurgien maniait la lancette, concurremment avec le rasoir, et était le très humble serviteur du médecin. Mais aujourd’hui la chirurgie est devenue un art tellement complexe qu’il nécessite des aptitudes spéciales. Est-ce que le premier venu est apte à pratiquer une opération de hernie étranglée, une ovariotomie? Exiger de tous les récipiendaires des épreuves de médecine opératoire est un non-sens.

L’honorable professeur a signalé ensuite les dangers de la proscription dont la saignée et les émissions sanguines en général, sont actuellement l’objet, principalement lorsqu’il s’agit de congestion, d’inflammation et surtout de pneumonie. Selon lui la mortalité n’est aussi grande maintenant dans cette affection que parce que les médecins sortis depuis quelques années des universités, n’ont plus recours à la saignée.

L’honorable professeur jette une pierre dans son propre jardin : il constate que les élèves sortis des universités ne savent point traiter une pneumonie. Cela ne tient nullement à ce qu’ils ne saignent point — d’aucuns saignent beaucoup trop — mais parce qu’on ne leur a pas appris à manier les alcaloïdes. Là est la question. La médecine officielle, au lieu d’entrer dans la voie de l’alcaloïdo-thérapie, s’attarde dans les ornières de l’allopathie. M. Borlée en donne lui-même la preuve : il signale l’époque où il était interne à l’hôpital de Liège et où il a pu constater les brillants succès obtenus, dans le traitement antiphlogistique de la pneumonie, par les professeurs Lombard et Raiken. Le premier faisait pra-

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tiquer une ou deux saignées; le second, après les émissions sanguines, prescrivait le tartre stibié et quelquefois la digitale. C’est-à-dire que tous les malades passaient par là : n’importe leur âge, leur constitution, la cause de la maladie, etc. Il ne faut pas s’étonner que l’anatomo-pathologie de la pneumonie ait pris une si grande extension. Nous médecins dosimètres, nous n’excluons pas la saignée, mais nous en faisons un moyen accessoire, préparatoire, si l’on veut, au traitement dosimétrique. Ériger la saignée en principe, c’est retomber dans les errements de Bouillaud. Encore est-il juste de dire que ce grand médecin avait un tact médical qui le garantissait contre les excès de sa propre doctrine.

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