DÉCLARATION DE PRINCIPE
Dans la séance du 6 mars (1884) de l’Académie de médecine de Paris, M. Vulpian a fait la déclaration suivante :
En théorie, deux voies se présentent qui pourraient, l’une et l’autre, conduire au traitement curatif de la fièvre typhoïde : ou bien il faudrait découvrir l’agent typhogène, et une fois qu’on le connaîtrait bien, chercher à le détruire ou à le paralyser dans les humeurs et les tissus typhiques; ou bien il faudrait trouver des médicaments qui puissent agir sur la substance organisée pour la rendre réfractaire aux agressions de l’agent typhogène, ou pour faire disparaître les effets de ces agressions; c’est-à-dire pour produire, relativement à la fièvre typhoïde, ce que détermine le salicylate de soude par rapport au rhumatisme articulaire aigu. Laquelle de ces deux routes mènera les investigateurs à la découverte d’un traitement vraiment curatif de la fièvre typhoïde? Je n’en sais rien; mais, suivant moi, il ne faut pas décourager par des paroles de dédain les tentatives nouvelles , mais les provoquer, au contraire, en leur recommandant la prudence. Je ne suis pas de ceux qui n’ont pas la foi médicale; je crois ardemment à la thérapeutique, à ses progrès, à son avenir et je ne doute point qu’un jour ou l’autre l’impuissance de la médecine dite rationnelle ne cède complètement la place à l’efficacité de la médecine spécifique.
C’est-à-dire que M. Vulpian voudrait voir abdiquer au médecin son initiative, pour devenir simplement distributeur d 'orviétans. Est-ce que la maladie existe en tant qu 'entité pour y opposer un spécifique? On cite le mercure, les iodures, les bromures, voire même le salicylate de soude : mais ce sont là tout bonnement des modificateurs de la nutrition tant régressive que progressive, et non des spécifiques. Y a-t-il des spécifiques pour faire pousser les cheveux ou
» Pour empêcher du temps l’irréparable outrage? »
Y a-t-il des spécifiques pour faire venir les moissons? Non, mais un
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 159
bon assolement. C’est la même chose en médecine ; et c’est par là — c’est-à-dire par la thérapeutique — qu’elle est un art, tandis qu’avec les spécifiques elle n’est que de l’empirisme.
M. Vulpian assistait-il à la mémorable séance de l’Académie où M. le président Hardy a coupé brutalement la parole à un modeste médecin qui, dans sa candide bonne foi, voulait exposer à la savante compagnie le système de la jugulation des maladies aiguës ?
Si oui, on ne sait comment expliquer sa palinodie : « qu’il ne faut pas décourager par des paroles de dédain les tentatives nouvelles, mais les provoquer, au contraire, en leur recommandant la prudence. »
N’est-ce pas ce que fait la dosimétrie par ses petites doses (idiosyncrasiques, comme le dit le docteur Burq) données jusqu’à effet utile?
On a parlé de la théorie des infiniment petits : nous n’y contredisons pas, mais tout ne consiste pas à tuer les microbes ; il faut parer aux troubles qu’ils ont déterminés ; et c’est là que se montre la puissance de la dosimétrie, précisément parce que ce n’est pas une médecine à spécifiques.
A entendre M. Vulpian, le traitement curatif de la fièvre typhoïde n’est pas encore trouvé ; mais ce traitement existe : le Répertoire universel de médecine dosimétrique humaine et vétérinaire le prouve à chacun de ses numéros ; mais ces messieurs de l’École ne le lisent que lorsqu’il s’agit d’y trouver matière à de grossières invectives contre son auteur et ses adeptes. Heureusement que lui et les siens ont de la philosophie ; ils savent que l’avenir leur appartient ; et en attendant ils laissent passer le fléau... des académies.