TRAITEMENT DE LA PLEURÉSIE CHEZ LES ENFANTS
Dans la lutte que nous soutenons depuis dix ans(l) contre l’allopathie, et en présence du mutisme des journaux, nous sommes obligé de revenir constamment sur les mêmes süjets. Ainsi de la jugulation des maladies aiguës.
Parmi ces maladies, il faut placer, en première, ligne la pleurésie chez les enfants; et, à ce propos, nous croyons devoir exposer notre opinion sur le traitement adopté par M. le docteur Jules Simon. Ce n’est pas une critique, mais seulement un scrupule de notre part.
M. J. Simon insiste sur les révulsifs, sur les vésicatoires — non pas peut-être pendant les trois premiers jours, où il préfère avoir recours à des applications répétées de ventouses sèches— mais dans les jours sui-
(1) Aujourd'hui, quinze ans (1887).
vants. Ce sont alors, des vésicatoires volants qui sont appliqués coup sur coup et que l’on panse une fois par jour avec des cataplasmes de fécule de pomme de terre. Le petit malade est maintenu au lit et on lui fait prendre des boissons diurétiques tièdes, telles qu’une tisane de chiendent ou de queues de cerises et du lait. — Pendant quatre ou cinq jours, on donne une potion gommeuse avec 10 gouttes de teinture de scille et 10 gouttes de teinture de digitale. Trois fois par semaine on ordonne un léger purgatif au calomel, en pastilles de 5 centigrammes chaque, dont l’enfant prendra trois ou quatre par jour. Cette prescription à pour effet d’amener une petite garde-robe et de produire une légère fluxion de l’intestin. Grâce à ce traitement la pleurésie aiguë chez l’enfant, se dissipe généralement dans l’espace de quatre ou cinq semaines, tandis que chez l’adulte elle dure ordinairement deux mois. La thoracocentèse est une opération que l’on pratique rarement chez l’enfant, ses indications étant l’existence d’un épanchement considérable et des phénomènes de suffocation et d’orthopnée extrême. Les seuls cas où l’on soit quelquefois forcé de ponctionner la plèvre, sont ceux de pleurésie purulente ; c’est alors que l’on voit l’épanchement persister, depuis cinq à six semaines au même niveau, s’accompagner d’un petit mouvement fébrile; c’est alors que l’on constate un amaigrissement continu de l’enfant, que l’on voit le nez se pincer; enfin tout le petit être revêtir un masque particulier. C’est en pareil cas que l’on a recours à la thoracocentèse et quelquefois même que l’on est forcé de pratiquer l’opération de l’empyème, après avoir fait une ponction exploratrice destinée à confirmer le diagnostic d’un épanchement purulent dans la plèvre.
Nous ferons observer, que s’il y a une maladie qui exige un traitement actif au début, c’est bien la pleurésie, car il suffit de quelques heures pour la voir s’étendre à toute la poitrine. Quelquefois elle est larvée ; et on est très étonné quelle soit déjà passée à l’état d’épanchement..Comme le dit West, il y a des symptômes vagues d’une petite fièvre, peut-être avec un peu de toux, et rien de plus pour attirer spécialement l’attention vers la poitrine, ni même éveiller l’idée de l’existence d’une affection grave en un point quelconque — mais l’œil du médecin attentif ne saurait s’y tromper ; et il suffit du simple mouvement des narines pour diagnostiquer la maladie. Il donne alors l’hydro-ferro-cyanate de quinine coup sur coup, sans discontinuer, jusqu’à ce que toute chaleur morbide à la peau ait disparu. Rarement on sera obligé d’en venir aux vésicatoires, qui ont pour l’enfant des suites si malencontreuses. Que si la fièvre monte et devient continue, on aura recours à l’aconitine, à la vératrine, et même, si la difficulté de la respiration s’accentue, à la brucine. Quant aux diuré-
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tiques on préférera à la scille et à la digitale, — remèdes inconstants, la digitaline et la scillitine dont l’action est presque mathématique.
M. J. Simon parle d’une durée de quatre à cinq semaines ; il serait fâcheux qu’il en fût ainsi — tout comme chez l’adulte le terme de deux mois. C’est dans ces cas surtout que le temps c’est la vie ; il faut donc le rendre le moins long possible. Il est partisan des saignées, même chez de jeunes sujets : cependant il ne conseille la saignée du bras que chez des enfants de cinq à six ans ; pour les enfants plus jeunes il préfère la saignée locale. Immédiatement après la saignée il a recours au calomel et à la poudre de Dower, pendant qu’on tient constamment sur le côté malade un cataplasme chaud. Une attaque de pleurésie traitée de cette façon sera souvent coupée en trente-six ou quarante-huit heures. On voit qu’il'y a loin des quatre ou cinq semaines de M. J. Simon. Notre propre expérience nous a permis de voir des pleurésies jugulées en vingt-quatre heures — les alcaloïdes défervescents ayant remplacé la saignée. Loin de nous, cependant, d’être exclusif : les saignées, les vésicatoires peuvent avoir leurs indications. C’est au médecin à en juger. Nous avons voulu seulement appeler son attention sur le principe de la jugulation. M. Jules Simon parle de la thoracocentèse en cas de purulence. Or, voici ce que dit West : « Dans 34 cas sur 38 qui me sont personnels, et où j’ai fait la ponction de la poitrine, le liquide était purulent. Dans un des quatre cas qui font exception, l’épanchement avait succédé à l’hydropisie scarlatineuse ; le second était consécutif à la rougeole ; dans les deux autres cas la pleurésie était idiopathique.» West est d’avis qu’il faut faire la thoracocentèse tardivement, afin de laisser à la fausse membrane le temps de se former. On comprend que c’est là un danger permanent de résorption auquel tant d’enfants succombent. Mieux vaut donc rendre cette « histoire naturelle » inutile.
YII
CONTRIBUTION A L’UROLOGIE.
Réactions chimiques de îurine et âe leur traitement dosimétrique. (Roncati.)
Le sang, tout en étant alcalin lui-même, fournit par 1 intermédiaire des reins une humeur de réaction franchement acide. Si pourtant 1 alcali-
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nité du sang est' exagérée — comme à la suite de l’ingestion de certains sels — l’urine devient également alcaline.
Ceci nous démontre, à toute évidence, l’action qu’exerce la nature des aliments sur la constitution chimique du sang. En effet, selon qu’on fait un usage prépondérant ou exclusif du régime animal ou végétal, 1 urine offre une réaction chimique opposée : acide dans le premier cas ; alcaline dans le second. Quand on prive un herbivore de toute nourriture, son urine, qui n’est plus dès lors qu’un simple produit de la combustion organique, ne tarde point à s’acidifier. L’alcalinité de la sécrétion urinaire chez les herbivores, est due à des bicarbonates terreux, surtout au bicarbonate de soude; son acidité chez les carnivores au phosphate acide de soude (Liebig) et aux acides lactique et hippurique — du moins dans quelques cas (Lëhmann). Quant à l’acide urique, ce n’est jamais de lui que dépend la réaction acide de l’urine, attendu qu’il est lui-même presque insoluble et qu’il ne se trouve le plus souvent daDS ce liquide qu’à l’état d’urate neutre. Les urates ou sels ne pèuvent pas davantage donner lieu à cette réaction, car ils sont encore moins solubles que l’acide urique.
Il est des cas où l’urine fournit en même temps les deux réactions ; c’est ce que Heller nomme réaction amphigène, et Bamberger réaction ampholère. Depuis longtemps déjà Brücke avait signalé la présence fréquente de l’ammoniaque dans l’urine acide ; et Lehmann y a trouvé plusieurs fois des cristaux de phosphate d’ammoniaque et de magnésie. Ce paradoxe chimique s’explique par un défaut d’uniformité dans la distribution de l’ammoniaque qui se produit dans les urines, ce qui donne à certaines couches de ce liquide une réaction alcaline, tandis que d’autres couches renferment encore du phosphate acide de soude. C'est ainsi qu’il n’est pas rare d’observer à la surface des urines qui commencent à subir la fermentation alcaline — tout en continuant cependant encore à être légèrement acides — une couche mince de phosphate d’ammoniaque et de magnésie, dont l’existence serait certes complètement incompatible avec la réaction acide de toute la masse du liquide.
L’urine de l’homme, quelque peu après son émission, se trouble légèrement èt forme un dépôt d’urate de soude, conformément à des lois chimiques peu connues jusqu’ici. Son acidité se maintient et va, en augmentant pendant quelques jours — même deux, trois semaines—à cause de la production d’acide lactique ou d’acide acétique, aux dépens de certaines substances extractives ; plus tard survient la réaction alcaline par dédoublement de l’urée et développement de carbonate d’ammo niaque ; et c’est alors seulement que le précipité durâtes se redissout, à
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•moins toutefois que la production de fortes quantités d’acide butyrique et d’acide lactique n’ait déterminé, avant cette époque, la décomposition del’urate, en lui enlevant sa base et- en mettant en liberté 1 acide urique sous forme de sédiment rouge. Quand une urine reçue dans un vase bien propre, devient alcaline peu d’heures ou un jour après son évacuation, on ne peut plus la considérer comme-normale ; et il faut s’empresser au plus tôt de rechercher la cause de cette fermentation trop précipitée. On prépare un papier réactif d’une sensibilité très grande, en plongeant un morceau de papier à écrire bien uni, dans une solution concentrée de laque (lacca maffa) du commerce, bouillie et filtrée au préalable. Il faut laisser sécher le papier rapidement ; il présente alors une teinte violette qui rougit en présence môme d’une quantité minime d’acide. Pour déceler les moindres traces d’ammoniaque dans les urines, il faut le papier d 'hèmatoxyline de Yogel. On retire du bois de campêche (hœmaloxydon campechinnum) ou de son extrait, au moyen de l’alcool faible, une teinture qu’il faut avoir soin de conserver dans un vase bien clos. Afin de rendre à l’hématoxyline son extrême sensibilité à l’égard de l’ammoniaque (que les vapeurs d’ammoniaque répandues dans 1 air contribuent à lui faire perdre), il suffit d’ajouter un peu d’hydrogène sulfuré à la teinture. Pour faire usage de ce réactif, on en humecte de petits rubans de papier, dont la couleur pâle jaune rougeâtre se transforme rapidement en une teinte violette très prononcée. Il est bon de joindre à la teinture un peu de glycérine, afin de la maintenir plus longtemps au degré d’humidité voulu pour la réaction.
L’odeur ammoniacale est un indice de l’alcalinité de l’urine, tandis que la présence d’un sédiment d’urate indique son acidité.
L’urine très concentrée— grâce à l’abondance de l’urophéme — est également acide. En général l’urine alcaline est pâle ; néanmoins l’urine, même la moins colorée, peut offrir une réaction acide normale. Enfin l’urine dans laquelle un dépôt de pus ne devient pas visqueux est acide ou au moins n’est pas alcaline. La réaction acide — pourvu quelle ne soit pas exagérée — est un des caractères normaux de la sécrétion urinaire. L’excès d’acidité prédispose aux dépôts ou aux concrétions d acide urique et peut de la sorte être cause d’irritation des voies urinaires. Comme il y a une incompatibilité absolue entre la réaction neutre, mixte ou alcaline et l’état physiologique de la sécrétion urinaire, il est du devoir du médecin d’en rechercher la cause : si l’urine présente ce caractère au moment de son émission, il y a lieu de soupçonner 1 existence d’un catarrhe de la vessie — à moins que le malade n’ait ingéré des substances alcalines, des carbonates ou des sels alcalins, ou bien encore
des acides organiques (citrates, violâtes, acétates) qui se changent en carbonates dans l’économie et peuvent, pour cette raison, être employés dans le traitement alcalin. L’eau de Vichy rend l’urine alcaline ; cette réaction est manifeste après deux ou trois jours de cure. Dans la cystite la réaction alcaline dépend du dédoublement de l’urée en ammoniaque. Ce dédoublement est provoqué par les microbes du muco-pus, du genre des Torulacés (Pasteur). Quant aux vibrions — que l’on trouve aussi fort fréquemment dans les urines en putréfaction — ils sont étrangers à ce dédoublement et par conséquent à l’alcalescence de la sécrétion. Quand on laisse séjourner dans la vessie, atteinte de catarrhe, des sondes en gomme élastique, celles-ci sont dépouillées au bout de quelques jours de leur vernis et mangées par l’ammoniaque de l’urine décomposée. Le muco-pus est seul capable de donner naissance au ferment qui décompose l’urée ; toutes les fois que l’urine recueillie dans un vase propre, devient alcaline dans l’espace de quelques heures ou d’un jour, on doit supposer quelle contient un excès de muco-pus vésical. Chez les sujets anémiques l’urine présente une tendance à l’alcalescence, et est fort pâle.
Nous en avons assez dit pour faire comprendre l’importance de l’urologie — qu’il ne faut pas confondre avec l’uroscopie des charlatans, lesquels comme on l’a dit plaisamment, regardent dans l’urine les pièces d’or que convoite leur avidité de lucre. — L’état des urines nous renseigne sur l’état général de la santé. Il fait voir qu’il ne faut pas un régime exclusif, puisque celui-ci a pour effet de rendre les urines soit alcalines (règne végétal), soit acides (règne animal).
Le régime, au contraire, doit varier d’après ces deux états. Mais il ne faut pas perdre de vue la vitalité, car même les réactions chimiques, sont subordonnées à cette dernière. Le traitement chimique ne suffit donc pas à lui seul; il faut y ajouter le traitement vital.
Ainsi, on aura beau donner aux anémiques, aux cachectiquës, des acides, leurs urines continueront à présenter une tendance à l’alcalescence. Il faut donc diminuer cette dernière par les alcaloïdes défervescents, notamment la strychnine (sulfate ou arséniate), l’aconitine, la digitaline, etc. C’est de la même façon que ce traitement convient aux goutteux — où il y a généralement atonie.
Il existe un certain degré de parenté entre l’acidité des urines et l’acidité les sucs gastriques. Ici encore il faut avoir égard à la vitalité de l’estomac, puisque de cette dernière dépend la nature de l’acide. Ainsi dans l’état nprmal ou physiologique, c’est l’acide chlorhydrique; dans l’état anormal, l’acide lactique ou acétique: de là des gastralgies et entéralgies acides propres aux sujets affaiblis ou soumis à une mauvaise alimenta-
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tion. Dans ces cas il faut faire prendre aux repas la quassine et quelques gouttes d’acide chlorhydrique médicinal dans un peu d’eau et de vin. Les goutteux s’en trouveront particulièrement bien, car de cette manière il se formera moins de dépôt dans les articulations et les gaines des tendons.
Dans les inflammations des voies urinaires — où la réaction alcaline dépend du ferment du muco-pus — il faut recourir aux phénates, mais mieux à la térébenthine extra et intra, qui a pour effet de tuer les microbes. On sait que la térébenthine donne à l’urine une odeur marquée de violettes, môme après n’avoir séjourné qu’un laps de temps fort court dans un appartement fraîchement peint. Cela prouve avec quelle rapidité la térébenthine est absorbée et traverse tout le torrent circulatoire. Il est donc impossible que les microbes ne soient tués partout où ils se trouvent. Nous rappellerons ici une expérience fort curieuse : il s’agit de ce qu’on pourrait nommer l’éléphant des infiniment petits, c’est-à-dire de l’acare de la gale. On déniche un des animalcules avec la pointe d’une aiguille très fine, de manière à ne pas le blesser, et on le dépose au centre d’une gouttelette d’eau distillée, sous le foyer du microscope.
Cette goutte apparaît comme un lac au milieu duquel se meut l’acare produisant une sorte de remous. On dépose ensuite une gouttelette d’huile de térébenthine au bord du lac, et comme l’huile ne se mêle point à l’eau, on voit des cercles opalins se former et se porter vers le centre, où, avant que l’acare soit touché, il meurt anesthésié. On comprend ce qui doit avoir lieu à la suite de frictions de térébenthine ; aussi est-ce la meilleure manière de guérir la gale presque instantanément. On peut également recourir aux granules de sulfure de calcium, surtout dans les affections parasitaires ou diphthéritiques, ainsi que l’a démontré le docteur Fontaine, de Bar-suivSeine. Quant aux alcaloïdes, on sait qu’ils ont une action parasiticide très prononcée. Il suffit d’une quantité infinitésimale de strychnine pour tuer les microbes sous le foyer du microscope, tout comme dans l’expérience pour l’acare de la gale. Que les homœopathes n’aillent pas se prévaloir de ce fait : d’abord parce qu’ils ne se servent pas d’alcaloïdes, ensuite parce qu’ils donnent des mythes où la science n’a rien à voir.
Mais ici encore, le traitement parasiticide seul ne suffit pas ; il faut y joindre le traitement vital. C’est sous ce double rapport que les alcaloïdes sont les rois de la thérapeutique. Aussi peut-on dire : « Pauvres médecins ! » de ceux qui n’osent employer ces agents énergiques, mais sûrs et sans danger, quand on sait les manier. Que serait-ce d’un soldat sans
armes devant l’ennemi? C’est cependant la position du médecin expectant devant la maladie. De peur de nuire à son malade, il le laisse s’exténuer ou mourir. « Pauvres malades! » faut-il dire plutôt.
Le l'excès d’urée dans le sang et les urines et de son traitement dosimétrique. (D r Boncati.)
(Suite.)
L’urée existe toute formée dans le sang, d’où les reins n’ont qu’à l’extraire. Quand on extirpe sur un animal un ou les deux reins, l’urée augmente dans le sang et se change en carbonate d’ammoniaque. C’est ce qui arrive généralement dans les fièvres ataxiques ou typhoïdes, par suite de la prostration nerveuse et de la paralysie du système rénal. Nous reviendrons sur ce fait important pour le traitement. L’urée provient de tous les points de l’organisme — comme le prouve sa présence dans la lymphe. (Wurtz.)
Chez l’homme adulte et bien portant, qui mène une vie peu fatigante et se nourrit d’aliments mixtes, la quantité d’urée excrétée avec les urines, atteint en moyenne — dans les vingt-quatre heures — le chiffre de 25 à 28 grammes. Cette quantité augmente par un régime animal, surtout de viandes noires, par de copieuses libations, ou de grandes fatigues corporelles ; elle diminue sous l’influence des conditions opposées. L’urée est isomère au cyanate d’ammoniaque —qu’il suffit de chauffer pour le transformer en urée. Il en est de même du carbonate d’ammoniaque. C’est dans le catarrhe de la vessie que l’urée se décompose avec le plus de facilité. Pour isoler l’urée, on condense d’abord l’urine par l’évaporation et on la traite par l’acide nitrique. On décompose le nitrate d’urée insoluble dans l’eau au moyen du carbonate de baryte. On traite ensuite le nitrate de baryte par l’alcool rectifié qui dissout l’urée, et on évapore ; l’urée se cristallise en aiguilles prismatiques transparentes ; elle est inodore et a une saveur fraîche légèrement amère. Ce mode d’investigation suffit au médecin pour lui permettre d’apprécier approximativement la quantité d’urée contenue dans les urines.
Quoiqu’il y ait entre l’urée et l’acide urique une grande affinité chimique et physiologique, il n’en existe pas moins une sorte d’antagonisme entre ces deux principes. Ainsi plus l’un d’eux abonde, plus l’autre est rare—au moins dans la pluralité des cas. Quand la combustion orga-
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nique est plus active, comme à la suite des exercices musculaires, l’urée augmente dans les urines. La diminution la plus forte de l’urée s’observe dans les affections de la substance corticale des reins, et dans la chloro-anémie tant primitive que consécutive.
Là forte proportion d’urée éliminée avec les urines dans le cours d’une méningite, rend compte de l’amaigrissement rapide qui s’observe en pareil cas. La quantité durée excrétée dans les vingt-quatre heures est constamment augmentée dans le typhus (Yoqel) — surtout au début ; elle diminue ensuite progressivement, tout en restant hors de proportion avec le peu de nourriture que prend le malade. Quand 1 urée diminue d’une manière précoce, la maladie et la convalescence sont ordinairement de courte durée (Moos).
Quoique l’urée ne soit pas un poison par lui-même — puisqu’on peut en prendre des quantités assez fortes sans en être incommodé sa présence en excès dans le sang donne lieu à des troubles graves, tels que: vomissements, diarrhées, convulsions et un état comateux que Todd a nommé coma rénal — en vue de la paralysie des reins. L’injection de carbonate d’ammoniaque dans les veines d’un chien donne heu aux mêmes phénomènes.
Nous pouvons donc déjà conclure, en disant que l’urée en excès dans le sang donne lieu à des fièvres graves, d’autant que le système musculaire est frappé d’ataxie; aussi la dénutrition des muscles estelle poussée à un degré extrême. Il faut donc venir en aide à 1 organisme au moyen de la strychnine (arséniate ou sulfate), de l’aconitine, de la digitaline, adn de réveiller l’activité rénale. C’est la marche que nous indique la nature, puisque l’urée est en progression en raison de l’intensité même de la fièvre ou de l’inflammation (surtout dans la méningite).
La diminution et même la .disparition de l’urée dans les urines de chloro-anémiques donne également lieu aux symptômes de l’urémie. C’est toujours sur l’activité rénale qu’il faut agir : le traitement par la strychnine et la digitaline est donc également indiqué. Toute saine thérapeutique doit être fondée sur la physiologie. C’est parce que la médecine a été si longtemps empirique quelle a été un véritable fléau pour l’humanité.
Aujourd’hui, grâce à la dosimétrie, elle s’est réhabilitée aux yeux du public qui n’y croyait plus — pas plus au reste que les médecins eux-mêmes devenus sceptiques.