DES PRÉPARATIONS D ACONIT
[Société de thérapeutique.)
Cette discussion mérite d’être rapportée in extenso, on y verra les dangers que présentent les préparations d’après le Codex.
M. Catillon^en parcourant le nouveau Codex, a constaté que la pharmacopée relative aux préparations d’aconit a été modifiée d’une manière importante, mais qui ne lui paraît cependant pas résoudre d’une façon définitive cette difficile question déjà discutée au sein de la Société. Dans l’ancien Codex, on trouvait inscrites les seules préparations de feuilles d’aconit à l’exclusion de celles par les racines et qui sont, on le sait, beaucoup plus actives. Aujourd’hui, le nouveau Codex renferme, à côté de l’alcoolature de feuilles, l’alcoolature de racines, mais il n’est nullement spécifié laquelle de ces deux préparations le pharmacien devra délivrer, si l’ordonnance porte la mention incomplète : Alcoolature d’aconit. Le même embarras et le même danger, résultant d’une différence considérable d’activité, existent également à l’égard des extraits ; en effet, le nouveau Codex admet : l’extrait de feuilles sèches par infusion, et déracinés sèches traitées par l’alcool. Quant à la teinture, celle de feuilles est seule admise; or, c’est une préparation presque inactive; de même le sirop d’aconit—ainsi que dans l’ancien Codex —doit être préparé avec l’alcoo-
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lature de feuilles fraîches , dont l’action thérapeutique est à peu près nulle. L’aconitine amorphe admise dans l’ancien Codex , est remplacée dans le nouveau, par l’aconitine cristallisée ; mais il est à craindre que les médecins habitués à prescrire l’aconit amorphe, ne modifient pas les doses ou ne spécifient pas nettement la variété d’aconitine qu’ils entendent administrer, et que par suite, des accidents graves viennent à se produire si le pharmacien fournit de l’aconitine cristallisée aux doses formulées par l’ancien, sous la seule rubrique « aconitine ». M. Catillon croit devoir protester à ce sujet contre la rédaction de certains formulaires qui indiquent pour l’aconitine cristallisée la dose de 4 milligrammes. Il rappelle que c’est par 1/4 de milligramme que cet alcaloïde doit être administré. — M. C. Paul est d’avis que les dangers sont d’autant plus grands avec les préparations actives d’aconit, que ce médicament donne lieu, avec une rapidité exceptionnelle, au phénomène de l’accumulation des doses. Ainsi il a observé plusieurs fois les symptômes de l’intolérance : picotements à la langue, refroidissement des extrémités, etc., après trois jours d’administration d’aconitine amorphe à des doses moyennes. D’autre part, il est cependant nécessaire que les médecins sachent employer les préparations actives d’aconit à des doses suffisantes; en effet, l’usage de ces préparations tend â se répandre de plus en plus pour le traitement des affections catarrhales des premières voies respiratoires, et le public témoigne un certain engouement pour les résultats remarquables obtenus avec ce médicament par les homœopathes. Il est bon de ne pas rester en arriére et de procurer aux malades le même soulagement , ce qui est facile en employant des doses suffisantes. - M. Blondeau demande si M. Laborde n’a pas signalé le danger inhérent à la transformation progressive et spontanée par isométrie, de l’aconitine en un alcaloïde tout semblable, mais doué de propriétés très-différentes?
Il faudrait, dès lors, n’employer que des produits de préparation récente. — M. Dujardin-Beaumetz rappelle que si les préparations d’aconit sont fort utiles en thérapeutique, elles offrent, par contre, un certain danger résultant à la fois de leur diversité d’action, suivant leur formule, et aussi de la susceptibilité individuelle très prononcée à l’égard de ce médicament. Il a observé dernièrement des accidents d’intoxication chez un homme adulte, avec 20 gouttes d’alcoolature de racines d’aconit ingérées dans les vingt-quatre heures. Une autre malade a présenté des symptômes fort inquiétants après une injection hypodermique de 1/8° de milligramme de nitrate d’aconitine: rappelée à la vie par des frictions énergiques et des injections sous-cutanées d éther, la malade a conservé pendant quatre jours la perte absolue de sensibilité de la peau, du nez et des lèvres. Un des phénomènes les plus alarmants dans ce genre d’empoisonnement, est la sensation éprouvée par la malade de la cessation imminente des battements cardiaques, d’autant plus que l’exploration du pouls semble justifier cette crainte. - M. Gueneau de Mussy a observé de graves accidents d’intoxication chez une malade de soixante ans qui avait ingéré, en une fois, 15 centigrammes (3 gouttes) d’alcoolature de racines d’aconit. Il s’est assuré, d’ailleurs, que la dose n’avait pas été dépassée (1). Il recommande toujours.
(1) Mais la goutte peut différer de 30 à 60 p. o. Où est alors la sécurité ? D r B.
ainsi du reste qu’il l’avait fait jusque-là, de prendre la dose prescrite de la préparation d’aconit en plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. — M. Delpech rappelle que si deux préparations différentes d’une même substance sont inscrites au Codex et que leur activité soit inégale, il est d’usage, en pharmacie, de fournir la moins active lorsque l’ordonnance médicale ne spécifie pas celle qui doit être employée (1). — M. Crequy a vu un enfant auquel avait été prescrit 2 centigrammes d’aconitine et qui a ingéré cette dose colossale sans accident. Il est évident que dans ce cas on a eu heureusement affaire à un produit de nulle valeur (2). Il règne encore une confusion regrettable sur la question de l’activité des préparations d’aconit et sur la valeur des produits fournis par les diverses pharmacies.— M, Làbbè fait remarquer que les jeunes enfants supportent très bien les doses relativement élevées de préparations d’aconit, l’élimination du médicament ayant lieu rapidement à cet âge par les reins. Il a vu un enfant d’un an auquel on administra, par erreur, 15 gouttes d’alcoolature de racines d’aconit au lieu de feuilles , et qui ne présenta aucun accident (3). — M. Fèrèol demande si la préparation employée dans ce cas a du moins produit quelques effets physiologiques. — M. LabM. Il s’agissait d’alcoolature de racines dont la mère de l’enfant avait fait usage précédemment, mais dont l’activité ne s’était manifestée par aucun symptôme physiologique appréciable (4). — M. Cadet de Gassicourt pense qu’en effet la préparation employée devait être inactive, car il a obtenu des effets physiologiques nets avec 1 à 2 gouttes d’alcoolature de racines chez des enfants de dix à douze ans. Il n’oserait pas dépasser cette dose pour des petitsenfants.— M.Ed.Labbê a observé une tolérance assez marquée chez des enfants d’une douzaine d’années; il rappelle d’ailleurs que, d’après M. J. Simon, les enfants supportent ces préparations relativement mieux que les adultes. — M. Cotillon désirerait que la Société formulât nettement, comme règle, que les pharmaciens doivent fournir la préparation la moins active lorsqu’il en existe deux différentes- inscrites au Codex (5) et que le médecin ne spécifie pas celle qu’il a voulu prescrire. — M. C. Paul pense qu’il vaudrait mieux renvoyer l’ordonnance incomplète au médecin pour obtenir des renseignements plus précis (6). — M. Delpech fait observer que cette manière de faire présenterait plus d’un inconvénient; elle pourrait, par exemple, jeter quelques inquiétudes dans l’esprit du malade ou de ceux qui le soignent,et nuire à la confiance accordée au médecin. — M. E. Labbè est d’avis qu’il faudrait non seulement spécifier très exactement la préparation qu’on veut prescrire, mais aussi la provenance de l’aconit, car on sait que les produits extraits des aconits des Yosges et du
(1) C’est donc le pharmacien et non le médecin qui règle le traitement. D r B.
(2) Mais si l’aconitine avait été vraiment nécessaire le petit malade eût succombé à la maladie.
(3) Mais combien d’autres sont morts dans les mêmes conditions ! C’est toujours la maladie qui est
censée tuer et non le remède.
(4) Donc on n’avait rien donné du tout.
(5) A quoi bon un Codex qui ne codifie rien et qui met le médecin à la merci du pharmacien ?
(6) C’est-à-dire lui faire perdre la confiance de ses malades.
Dr B.
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Dauphiné sont loin d’avoir le même degré d’activité. — M. Limousin fait remarquer qu’il serait également utile d’indiquer l’époque à laquelle l’aconit a dû être récoltée, parce que les différentes parties de la plante renferment une quantité variable de principes actifs avant ou après la floraison. En un mot, il subsistera toujours des incertitudes impossibles à dissiper, puisque le pharmacien ne peut récolter lui-même les aconits qu’il emploie (1).
C’est le cas de répéter avec YEcclésiaste : Tradidit mundurn disputationibus eorum.
Ces messieurs devraient sè réunir en comité secret, afin que le public n’eût point connaissance de leurs bourdes, pour nous servir de l’expression de M. Pajot.
FIÈVRE SYNOQUE A FORME ADYNAMIQUE CARACTÉRISÉE PAR UNE TEMPɬ RATURE De 35 °,2 et 40 pulsations a la minute.
[Société médicale du IX e arrondissement. Séance du 8 novembre 1883.)
Les adversaires delà dosimétrie exigent que nous leur présentions des faits ; et quand nous les leur donnons (en plus grand nombre qu’ils ne le voudraient), ils les rejettent, sous prétexte qu’ils ne sont pas scientifiques. C’est la fameuse frontière scientifique de Beaconsfield. On voudrait nous empêcher de la franchir—tout comme les Anglais voudraient exclure les Russes de l’Asie. Nous— qui ne sommes ni Russes, ni Anglais — nous sommes forcés de jeter de temps en temps un coup d’œil dans le camp ennemi, afin de faire connaître comment les choses s’j passent. C’est à ce titre que nous reproduisons l’observation suivante.
M. P. B..., dix-huit ans, grand, fort bien constitué, quitte l’École Monge, le samedi 9 j uin, après avoir eu pendant deux à trois jours moins d’aptitude au travail et une diminution d’appétit. Il éprouve une excessive courbature, de la prostration, de la céphalalgie frontale et oculaire, un frisson prolongé, de l’oppression, de l’angoisse et des envies de vomir. La langue est saburrale, la température 39°,2, les pulsations 92. Rien de particulier à l’auscultation. Une potion vomitive d’ipéca : 1 gramme, et de tartre stibié : 5 centigrammes, provoque quatre évacuations stomacales et deux garde-robes. A la suite de cette médication, l’anxiété et la prostration ont diminué ainsi que la céphalagie.
de la droguerie.
Bouillon. Eau et vin pour boisson. Le 10, agitation, insomnie, langue saburrale. Yentre douloureux sans être ballonné. Courbature des membres inférieurs. Température 38°,2. Pouls 68. Un lavement laxatif avec sulfate de magnésie (50 grammes)produit deux garde-robes fétides, suivies d’une diminution de la douleur abdominale. La céphalagie frontale s’étant accentuée dans la journée, elle est combattue par la potion suivante :
Bromure de potassium .. 2 grammes.
Sirop de fleurs d’oranger.40 »
Eau distillée de mélisse.125 «
Lait, une tasse de bouillon : 1 litre; grog et vin. A partir de midi, le malaise s’est accentué ; faiblesse extrême des membres inférieurs. On s’aperçoit qu’une otorrhée chronique, qui existait du côté droit, a cessé de suppurer; gémissements; température 39°, pouls 84. Vésicatoire de 10 centimètres à la nuque. Lundi 11, nuit agitée, sommeil de six à huit heures du matin seulement. Après le pansement du vésicatoire, la céphalalgie a disparu, et la douleur abdominale diminue. Trois légères épistaxis dans l’après-midi ; température 37° c., toute la journée, pouls : 70 le matin ; 56 le soir. Un verre d’eau de Montmirail, le matin, grogs, bouillon, au moins 1 litre. Marsala; eau et vin ; compresses froides sur le front, cataplasme sur le ventre ; potion au bromure pour la dernière fois. Le 12, après un sommeil parfait pendant cinq heures sans médicaments, la prostration est remplacée par une lassitude modérée. Langue saburrale. On constate à huit heures du matin : température 36°,5, et 44 pulsations. Eau laxative : 1 verre ; suivie de trois garde-robes extrêmement fétides. Les boissons dans les vingt-quatre heures consistent en : lait, 1/2 litre; bouillon, 1 litre; 2 grogs au cognac; 3 verres de vin de Marsala de 50 grammes chaque. Le 13, nuit excellente, neuf heures de sommeil, avec un seul réveil pour prendre une tasse de bouillon. Nulle souffrance, excepté la persistance de la douleur abdominale. Langue légèrement saburrale. Point de troubles intellectuels; 5 garde-robes d’une fétidité extrême , à la suite de 1 verre d’eau de Montînirail. Urine foncée et peu abondante : environ 300 grammes. Le matin, température 35°,9, et le soir 36°. Pouls :1e matin, 44; le soir, 40 seulement. Frictions sur tout le corps, matin et soir, avec une compresse de flanelle imbibée d’alcool. Le 14, impression de profonde débilitation, sensation de froid , douleur épigastrique abdominale. Le moindre mouvement détermine un malaise inexprimable. Urines foncées : 500 grammes dans les vingt-quatre heures. Trois garde-robes fétides. Sommeil de neuf heures, interrompu par un seul réveil, dont on profite pour administrer un grog. Température du matin : 36°,3; du soir : 32°,2. Pouls : le matin 42, le soir 42. Les battements du cœur correspondent aux pulsations radiales. A l’auscultation on perçoit seulement quelques râles muqueux. L’alimentation pendant vingt-quatre heures a consisté en : lait : 3 tasses; bouillon : 5 tasses; 2 grogs; 3 verres de vin de Bordeaux. Une potion avec extrait mou de quinquina : 4 grammes. Frictions à l’alcool, matin et soir. Le corps est enveloppé de flanelle. Le 15, dix heures de sommeil, que l’on a interrompu trois fois pour donner du bouillon et du vin
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de Marsala (environ 50 grammes). Un 1/2 verre d’eau laxative amène une garde-robe encore fétide. Léger gargouillement au niveau de la fosse iliaque droite. Taches rosées lenticulaires recherchées chaque jour, ne sont pas appréciables. Température : 36",3 matin et soir. Pouls : 44 le matin; 42 le soir. Le pouls est dicrote, particularité qui, en raison de sa lenteur, pourrait être prise pour 2 pulsations. Surdité à partir de ce moment. On administre chaque heure de la journée, alternativement, une tasse de lait, du bouillon, du Marsala, du café, un grog. En outre : 2 potages, 2 jaunes d’œuf, de la compote de cerises; enfin la potion de quinquina : 4 grammes. Le 16, même sommeil malgré 60 grammes de calé en infusion: 3 garde-robes, provoquées par un 1/2 verre d’eau laxative, sont un peu moins fétides. Réveil provoqué toutes les deux heures pour donner une tasse de boisson variée. L’alimentation de la journée a consisté en : 500 grammes de viande, dans une marmite américaine, 2 jaunes d’œufs, 3 tasses de lait, 3 tasses de bouillon ordinaire, 2 °rogs, 120 grammes vin de Marsala, du café et du cognac dans du lait. Malgré cette alimentation, la température est restée à 36°,5. Le pouls : a 40 le matin et 42 le soir. En raison de la lenteur du pouls, le dicrotisme donne l’impression de deux battements, mais cette particularité est rectifiée par l’auscultation cardiaque. Le 17, la nuit a été aussi calme que les précédentes. Le faciès très pâle, paraît amaigri. La douleur abdominale localisée à la région iliaque droite, plus accentuée. Potion avec :
50 centigrammes.
Citrate de caféine Teinture de coco Eau distillée . .
20 grammes.
Température 36°,4. Pulsations 42. Le 18, faciès plus coloré. Température de la peau au toucher, paraît normale. Pouls mieux frappé et le dicrotisme moins caractérisé. La garde-robe cesse d’être fétide; l’urine dépasse un litre dans les vingt-quatre heures. Température 36°,6, matin et soir. Pouls 48 le matin, et 52 le soir. Une cuillerée de sirop d’éther a été ajoutée à la médication. Le 19 et le 20, l’amélioration s’est accentuée. Il n’y a aucune particularité à noter, à part un accablement excessif avec céphalalgie. Une garde-robe légèrement moulée, moins fétide. Température 37°,2. Pouls 56. Le 21, sommeil réparateur avec un réveil facile, moins d’abattement. L’esprit est lucide, la conversation agréable. La garde-robe à demi moulée, à peine fétide. Température 36°,6 le matin, 37 le soir. Pouls 46 le matin, 55 le soir. L’alimentation de la journée a consisté en 3 tasses de lait; 1/2 litre de bouillon, 4 jaunes d’œuf, 5 grammes de viande dans une marmite américaine. Potion 4 grammes quinquina, Marsala, cognac, fruits en compote, plus une côtelette qui a été parfaitement digérée. Le 22 mai , régime jusqu’au 24, où l’on donne 2 côtelettes. A partir de ce jour, le malade est transporté à la campagne, pour être porté au soleil dès le 25. .Le 1 er juillet, promenade de quelques minutes à l’aide d’un bras. Guérison confirmée à partir de ce jour.
On voit ici manifestement un exemple de fièvre typhoïde autochtone,
abandonnée aux seuls efforts de la nature — car on ne saurait appliquer le mot « thérapeutique » à des potions qui ont fait plutôt du mal, puisque à chaque fois la douleur abdominale s’est accentuée davantage. On doit en dire autant des boissons excitantes : grogs, vin de Marsala, etc. Le lait, le bouillon, les jaunes d’oeuf,. n’ont fait qu’entretenir les indigestions. Le vomitif administré au début a sans doute contribué à amener la prostration vitale, sans diminuer en rien la fétidité des garde-robes. Le bromure de potassium a eu pour effet de supprimer un écoulement chronique de l’oreille du côté droit. Les gémissements ont été continus. La température était à 39° c. Le pouls à 84. C’eût été le moment — pour nous médecins dosimètres—de donner la strychnine, la vératrine, l’aconitine. La dépression vitale est allée en augmentant, au point que la température est descendue à 35°,7 le matin et 30° le soir; le pouls à 44. Nous ferons remarquer que cette dépression thermométrique dans les maladies adynamiques est de mauvais augure et que ces oscillations auraient pu être empêchées par l’hydro-ferro-cyanate ou l’arséniate de quinine. Les garde-robes sont restées fétides, et ont dû être amenées chaque foisparl’eau laxative. —Le pouls dicrote est un symptôme que la strychnine et la digitaline eussent empêché. On a donné le citrate de caféine et la teinture de coco, nous ne voyons pas pourquoi, puisque les nuits étaient calmes. Tout ce que nous'venons de dire, l’auteur l’explique à sa façon. Il reconnaît une fièvre à forme lente, adynamique,sans ataxie, où la période d’état maximum de thermalité et de pyrexie, a été remplacée par un abaissement persistant de la température et du pouls. On constate quelquefois ces symptômes de dépression à la suite d’une commotion nerveuse prolongée, d’une hémorragie apparente ou interne. Le processus typhique semble avoir consisté dans la sidération du système nerveux produit par un principe septique qui agissant principalement sur l’appareil digestif, s’èst révélé par des garde-robes d’une fétidité inaccoutumée. Voilà pourquoi il eût fallu procéder chaque matin au lavage intestinal —et même dans la journée —au moyen duSedlitz Chanteaud. La strychnine eût paré à la subparalysie de l’intestin et ainsi rétabli la régularité des garde-robes.
« La période ascendante a été remplacée par une période de dépression. Les exacerbations vespérines n’ont pas existé, mais le délire nocturne et l’agitation ont été remplacés par un sommeil voisin du coma. » Voilà pourquoi il eût fallu donner l’hydro-ferro-cyanate de quinine, plutôt que la caféine. L’auteur compare cet état à celui de la torpeur par congélation, tel qu’on l’a observé pendant l’hiyer de 1870 à 1871 sur de jeunes mobiles qui, surpris par la fatigue, cédaient au sommeil, pas-
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saient la nuit dans des baraques en bois à demi closes et non chauffées, et présentaient un commencement de réaction, mais succombaient dans une torpeur complète le deuxième ou troisième jour. Raison de plus de donner l’arséniate ou l’hydro-ferro-cyam'ate de quinine.
Pour nous résumer, nous dirons qu’au point de vue de l’Ecole le traitement a pu être régulier, mais sans doute il ne satisfera aucun médecin dosimètre.
Dans la même séance un membre de la Société a appelé son attention sur le danger qu’il y a à employer les granules médicamenteux : chez un malade atteint de rétrécissement de l’urètre, pour vaincre le spasme du canal, il ordonna des pilules d’hyosciamine de 1 milligramme. Le pharmacien donna des granules Chanteaud ; le malade en prit 2 et eut des accidents d'empoisonnement. Nous ferons remarquer à ce membre si prompt à accuser les granules Chanteaud, que ceux-ci sont au 1/2 milligramme, tandis que les pilules qu’il avait prescrites étaient au milligramme; que serait-il arrivé si le pharmacien n’avait donné les granules Chanteaud? C’est — pour le coup — que le membre susdit eût dû croire à un empoisonnement. Mais qu’il se rassure ; on n’est pas empoisonné pour avoir pris 1 ou 2 milligrammes d’hyosciamine. On est mydriasé... Voilà tout. Qu’est-ce que ces récriminations continuelles contre une méthode qui a mis aux mains des médecins des armes de précision? Est-ce que les soldats se plaignent des leurs? C’est tout au plus s’il y a des maladroits parmi eux. Et voyez! toujours dans la même séance, un membre est venu rapporter un cas d 'empoisonnement par des pilules de sulfate d’atropine au 1/2 milligramme, et il a ajouté : « C'est que la masse pilulaire n'était pas homogène. » C’est précisément ce que nous évitons par nos granules dosés mathématiquement et d'une solubilité absolue. Un autre membre a prétendu qu’avec des médicaments actifs comme les alcaloïdes, il vaut mieux recourir aux alcoolatures ou aux solutions, choses qu’on peut facilement doser. Mais un autre membre croit l’emploi des gouttes mauvais ; qu’il vaut mieux peser, donner un poids de sirop en solution. Un autre a dit que les verres gradués seuls peuvent prévenir les accidents. Les accidents? mais il faudrait le prouver. Or, depuis douze ans — à peu près —[ que les granules Chanteaud sont employés par de centaines de médecins, dans tous pays, nous défions de faire voir un seul accident mortel (car le mot empoisonnement est évidemment trop élastique). C’est vouloir se retrancher dans les vieux us, et rendre ainsi la médecine extemporanée impossible. Allez donc en voyage avec une caisse de médicaments ! Les teintures s’évaporent ou les verres se cassent ; les extraits dessèchent ou moisissent. Les médecins
de la marine savent à quoi s’en tenir : ils n’ont pas même à leur disposition les alcaloïdes voulus. Un de mes amis — qui n’est pas médecin — grand voyageur, mais que j’ai mis au courant de la méthode dosimétrique, me racontait dernièrement que dans le trajet de Naples à Malte une dame souffrait depuis le départ du mal de mer, au point de vomir du sang et d’être étendue sur le pont, presque sans vie. Mon ami demanda au médecin du bord, pourquoi il ne faisait rien pour soulager cette femme? Il répondit en haussant les épaules : « Il n’y a rien à faire contre le mal de mer, que de boire du champagne... quand on le peut. « Mon ami tira alors de sa poche sa trousse à médicaments. Ce qui fit dire au médecin : « Je connais cela, ce sont les médicaments dosimétriques du docteur Burggraeve. » Mais pourquoi ne les employezvous pas ? « Parce qu’ils ne sont pas dans la pharmacie réglementaire. » Alors vous voudrez bien me permettre d’essayer les miens sur la malade ? « Bien volontiers ! » Mon ami fit prendre alors à la dame des granules d’arséniate de strychnine et d’hyosciamine ; et après 2 granules de chaque, les vomissements avaient cessé. La dame était trop faible pour prendre du champagne, on la coucha chaudement, car elle s était refroidie sur le pont ; on lui donna quelques .gorgées de grog, et elle s’endormit tranquillement. Mon ami et le médecin allèrent de leur côté boire la bouteille de champagne pour compléter la cure. Voilà donc où en arrivent les médecins récalcitrants à la dosimétrie : c’est que le public en fait usage sans eux et contre eux. Caveant consules!