‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 53 sur 179 · DE LALBÜMINURIE ET DE SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE · texte numérisé non relu

DE LALBÜMINURIE ET DE SON TRAITEMENT DOSIMÉTRIQUE

On a pu croire que l’apparition d’albumine dans l’urine était un fait de phlogose, parce qu’on la voit survenir à la suite des grandes fièvres et inflammations, particulièrement dans les pays chauds, comme on l’a observé dans le corps expéditionnaire de l’Afrique. Mais c’est toujours un signe de débilitation ou d’appauvrissement du sang; aussi c’est plutôt une analbuminose. Dans les grandes inflammations, telles que la métro-péritonite des femmes en couches, l’albumine disparaît presque entièrement du sang ; par contre, la fibrine s’y trouve en excès ; de là,

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

des embolies — comme les autopsies l’ont révélé. On sait que beaucoup de ces femmes, dans leur convalesence, ont été prises de mort subite par suite d’obstruction de l’artère pulmonaire. L’anasarque albuminurique est également le fait de l’analbuminose, puisque l’albumine se rencontre également dans la sérosité épanchée dans le tissu cellulaire. Il en est de même dans le processus scarlatineux et dans le rhumatisme aigu, où l’on voit également des anasarques se produire. Cela n’arrive pas cependant quand on a soin de juguler ces fièvres par les alcaloïdes défervescents : aconitine, vératrine, strychnine, digitaline. Le Répertoire en a cité de nombreux exemples. En vain voudrait-on le nier : l’incrédulité est le propre de l’ignorance ou de la fatuité. Ainsi que le fait observer le professeur Spring [Accidents morbides), dans la période avancée de la maladie l’anasarque est permanente et se modifie moins que les autres hydropisies sous l’influence des diurétiques. Il faut être d’autant plus sobre de ces derniers que le parenchyme rénal est malade. La sérosité qui remplit les mailles du tissu cellulaire, et les cavités splanchniques, est très ténue et contient de l’urée ; la peau prend une teinte jaune particulière qui indique la source de la maladie : le foie (le plus souvent la cirrhose); la transpiration est enrayée; s’il y a des sueurs, elles sont partielles ; l’organisme se trouve dans un état de débilité général ; l’ascite, l’hydrothorax, l’œdème pulmonaire ou de la glotte, des suffusions séreuses autour du cerveau, terminent la scène. Le traitement de l’albuminurie doit toujours consister dans les toniques. On donnera la strychnine combinée à la vératrine, à la digitaline, à la quinine; les arséniates, les ferrugineux selon les indications. Le régime doit être analeptique : potages succulents, viandes riches en osmazôme, vin vieux de Bordeaux, quinquina, etc. Nous supposons toujours que les reins ne sont pas malades; mais alors encore il faut les toniques.

Nous compléterons ces remarques par le fait suivant : Il y a plusieurs années nous fûmes appelé en consultation dans une ville voisine, pour une jeune personne de dix-huit ans, récemment revenue de pension. Elle n’avait jamais eu de maladie particulière et sa constitution était forte. Ses parents étaient également bien constitués. Depuis quelques semaines elle avait commencé à maigrir et avait perdu toute énergie morale et physique. L’examen des urines y fit reconnaître de l’albumine. Le foie n’était pas engorgé et était plutôt retiré dans l’hypocondre ; le pouls était petit et fréquent, et de l’œdème se faisait remarquer aux paupières. La conjonctive était injectée en jaune, la peau sèche avec la teinte cirrhotique très marquée. La maladie prit une forme galopante et se termina par colliquation. Il n’était pas question à cette époque de dosimétrie, et

d’ailleurs, le médecin traitant, imbu des principes de l’École, ne l’eût pas comprise. On se borna aux potions allopathiques : quinquina, diurétiques, etc. La pauvre jeune tille paya donc son triste tribut à la mort. La dosimétrie l’eût-elle sauvée? Là n’est pas la question, car s’il ne fallait instituer de traitement qu’en présence d’une réussite certaine, les deux tiers des malades succomberaient. C’est cependant ce que font les médecins expectants armés ! Tristes combattants qui arrivent à la rescousse quand il est trop tard.

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