ALCOOLISME ET STRYCHNINE
Quand nous disions que, petit à petit, on arriverait à la pratique de la dosimétrie, nous ne pensions pas que le moment fût si proche. Et cependant, voici M. le docteur Luton, de Reims, qui y est arrivé — probablement à son insu. L’idée de combattre l’alcoolisme par la strychnine appartient évidemment à la dosimétrie, puisque, depuis des années déjà, nous traitons par ce moyen — conjointement avec l’aconitine et la digitaline—le delirium tremens. L’idée d’où nous sommes parti est que l’alcool détruit le ton des tissus en les ramollissant et en leur faisant subir la dégénérescence graisseuse. D’après M. Luton on observe chez les alcooliques une véritable inertie de la moelle sous le rapport excito-moteur, inertie capable d’atténuer les effets — d’habitude si énergiques — de la. strychnine. C’est ainsi que chez les individus atteints d’alcoolisme aigu, on peut — et on doit — comme condition de succès administrer ce médicament à doses élevées. Si, dans quelques cas, 3 centigrammes de sulfate de strychnine, injectés par demi-centigramme, suffisent pour apaiser un accès de delirium tremens, il est, dans d’autres circonstances, nécessaire de dépasser cette dose. A un individu atteint de delirium tremens symptomatique d’une varioloïde, M. Luton a pu administrer, en quinze heures, 7 centigrammes de sulfate de strychnine en injections hypodermiques, et cela avec un bénéfice réel et sans accidents toxiques. M. Luton pense que chez l’alcoolique il n’y a point — par suite d’une tolérance acquise — de bornes absolues à l’emploi de la strychnine. Le point capital est de fractionner la dose et de n’en guère injecter plus de 1 centigramme à la fois. L’intervalle de deux heures paraît suffire pour épuiser les effets primitifs du dangereux toxique. Il est nécessaire aussi de surveiller exactement les malades et d’arrêter l’administration du médicament dès que le délire a cessé et que le sommeil a reparu, car à partir de ce moment, l’inertie delà moelle n’existe plus, et on pourrait craindre que les effets d’accumulation nq se manifestent tout à coup.
Nous ferons observer que ces effets ne sont pas à redouter avec 5 granules dosimétriques, qui étant dosés au demi-milligramme peuvent être donnés à des intervalles de dix à quinze minutes, au lieu de deux heures
comme le fait M: Luton. Il faut, dans l’alcoolisme aigu, combiner la strychnine à l’aconitine et la digitaline afin de faire tomber l’hyperhémie, et à l’hyosciamine contre le spasme, car dans ces cas ces deux états existent à un degré où les épanchements cérébraux ou cardiaques seraient à craindre.