‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 76 sur 179 · DU DÉLIRE ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE ALCOOLIQUE

Nous avons déjà eu occasion de dire que l’homœopathie est sortie de l’allopathie — il est vrai désarmée, contrairement à Minerve, qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter. - Ce furent les excès du contraria conirariis, qui donnèrent naissance au similia similibus. Hahnemann supprima les doses, mais garda les moyens en apparence. Pour s’en convaincre on n’a qu’à parcourir le Manuel de thérapeutique selon la méthode de Hahnemann , de Richard Hughes, traduit par M. le docteur Guerin- Menneville (Paris, 1881).

Nous ferons de temps en temps des contributions de ce livre — du reste fort savant; — nous nous occuperons aujourd’hui du delirium tremens. Voici comment l'homœopathe américain s’exprime :

« Le delirium tremehs est ouvertement un exemple de cas dans lesquels plus de malades sont morts du fait du docteur que de celui de la maladie. » (Le début, comme on voit, n’est pas aimable; mais ainsi que dit le proverbe : « Quand on veut se débarrasser d’un chien on le déclare enragé. » En effet, l’homœopathie a tout intérêt à jeter par-dessus bord l’allopathie, ne fût-ce que pour faire disparaître ses propres larcins.) Mais continuons : « Traité comme une inflammation, les moyens antiphlogistiques et le régime adopté étaient — ainsi que le dit Watson positivement nuisibles. »

Le docteur Hughes se trompe : si les médecins italiens ont abusé de la saignée dans le delirium tremens, c’est que dans leur pays — et à son honneur — les ivrognes véritables, c’est-à-dire jusqu’à l’alcoolisme complet, sont rares. La maladie y a un caractère franchement inflammatoire. Mais la plupart des médecins d’autres pays — surtout en Angleterre et en Amérique — interdisent formellement la saignée dans ces cas, à moins de malades jeunes, robustes et pléthoriques, et s’il y a congestion vers les organes internes, surtout vers l’encéphale. (Heineken.) Grisolle condamne la saignée d’une manière absolue : « Quelque grande que soit la violence du délire, on ne saurait par cette violence même autoriser la saignée, dont quelques Italiens font un déplorable usage. »

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

Ce que le docteur Hughes dit de la saignée, il le dit également des opiacés.

« Mais aujourd’hui la même imputation est jetée à la face du traitement opiacé —■ qui paraissait le remplacement naturel de la saignée. De grands malheurs sont attribués à cette croyance et à cette pratique, dans les traités de médecine les plus anciens ; et l’idée que les patients affectés de delirium tremens doivent être narcotisés jusqu’à être dans un état de calme, est maintenant abandonnée par ceux qui sont le mieux qualifiés pour parler sur ce sujet. »

Ici le docteur Hughes jette une pierre dans le jardin du docteur Watson, dont il a invoqué le témoignage contre la saignée. En effet, Watson dit : « De dix cas de delirium tremens, neuf guérissent par l’opium. Après un purgatif doux, pour provoquer les selles, je donne aux malades 15 centigrammes d’opium en substance (à la fois), et si le sommeil ne vient pas encore, endéans deux et trois heures, je continue chaque heure avec 5 centigrammes jusqu’à l’effet obtenu. Au lieu de l’opium en substance, on peut aussi prescrire le laudanum à la dose de 4 grammes en une fois, et puis 20 gouttes toutes les deux heures. «

Il est vrai que les ivrognes supportent des doses énormes d’opium et finissent par en contracter l’habitude — mais aussi l’hébétude, comme les fumeurs d’opium chinois—mais on conviendra que c’est substituer un vice à un autre. Cela est tellement vrai que beaucoup de médecins ne font rien dans ces cas. Pour Esquirol, Georget, Calmeil, la simple expectation suffit, dans l’immense majorité des cas, pour procurer la guérison en quatre ou cinq jours. Des boissons délayantes et les bains tièdes sont à peu près les seuls moyens qu’ils emploient. On peut objecter que quatre ou cinq jours de délire, c’est bien long eu égard à sa violence. Les médecins d’hôpitaux savent combien ces malades jettent de perturbation dans le service — car remarquons que même avec l’opium à hautes doses, on ne calme que momentanément et que le délire reparaît dès que le narcotisme a cessé. Il faut donc en venir à des moyens plus prompts et moins déprimants. C’est ce que le docteur Hughes fait remarquer : « Le traitement heureux du delirium tremens — dans neuf cas sur dix — consiste en un régime convenable, régulier et continu, par lequel les fonctions du système nerveux sont soutenues pendant le combat, jusqu’à rétablissement. Je n’ai pas de statistique à mettre en avant partout, sur la question de savoir si l’homœopathie peut ajouter quelque chose ici au succès de l’expectation, mais je crois que cela est très probable et j essayerai de vous donner les.indications de certains médicaments à employer dans son traitement. Vous aurez, en général, besoin de deux de ceux-ci : l’un pour

combattre le désordre cérébral, l’autre pour les symptômes gastriques et nerveux, en général, du malade alcoolisé. Vous trouverez le premier dans hyosciamus, bettadona ou stramonium — beaucoup plus communément dans le premier. Il est rare que le delirium tremens soit assez aigu pour nécessiter bettadona, ou suffisamment maniaque pour stramonium. Les médicaments de la deuxième catégorie qui vous rendront service, sont : tartarus emeticus et arsenicum. Le premier répond mieux à beaucoup de dérangement gastrique muqueux, et lorsque la bière a été l’agent intoxiquant (1). Les sueurs profuses l’indiquent aussi ; la tendance que les cas de delirium tremens ont à voir survenir la pneumonie, est une autre preuve de l’bomœopathicité du tartarus emeticus. L’arsenic vient en ligne, lorsque l’état de l’estomac est celui de la gastrite, et quand le désordre nerveux est considérable — ce que démontrent la prostration et les tremblements musculaires, qu’il combat d’une manière remarquable. Mais en outre vous pouvez obtenir des effets très heureux de l’administration de nux vomica dans ces cas, lorsque le mal est fort avancé. Dans les formes plus avancées de la maladie, je pense que nous pourrions difficilement mieux faire que ce que recommande le docteur Austie : c’est-àdire essayer d’améliorer la nutrition des centres nerveux par le phosphorus et la nourriture grasse (2). Nous devrions, de plus, utiliser l’expérience favorable de Marcet, avec les préparations de zinc dans des cas semblables, car le remède est entièrement homœopathique à l’état morbide. »

L’acétate de zinc a été employé allopathiquement. A la clinique de Berlin on le donne quelquefois à des doses fort élevées. Pour Rademakers c’est le remède spécifique du délire nerveux ; et il a obtenu par lui des guérisons dans le delirium tremens. Leubuscher a beaucoup employé l’acétate de zinc dans les cas d’irritation et de congestions cérébrales qui ne demandaient pas strictement des émissions sanguines. De même il l’a donné avec succès dans 1 z delirium tremens ; mais si celui-ci présentait un caractère sthénique très prononcé, il a dû recourir à de fortes doses : à 15 grammes sur 180 grammes de véhicule. Ce n’est que par des évacuations par haut et par bas que l’amélioration s’est prononcée : les sueurs devinrent plus égales, le pouls moins fréquent, la tête plus libre, l’agitation nulle ; restait à venir le sommeil; pour cela quelques doses d’opium furent encore nécessaires. »

(1) Dans ce cas, il y a généralement intoxication par la picrotoxine, au moyen de laquelle on bul-

sifie la bière. D B.

(2) Le traitement pbosphoré est incompatible avec une nourriture grasse, puisque le phosphore

tend à changer les tissus en adipocire ou gras de cadavre. D r B.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

Ce qui veut dire que le remède, par son excès même, a amené le soulagement; c’est-à-dire par des évacuations par haut et par bas. L’acétate de zinc a agi ainsi comme vomi-purgatif. Mais ce n’est pas faire de la médecine, que donner un remède pour être rejeté. Si le zinc peut être utile, c’est à l’état de valérianate et à petites doses souvent renouvelées.

Quant au traitement par la noix vomique, lajusquiame, la belladone, le datura stramonium, il est rationnel, mais à la condition d’être le corps et non l’ombre de ces substances. Les homœopathes auront beau produire leurs succès, les médecins expectants font de même, et sous ce rapport les homœopathes se font la partie belle vis-à-vis du public, puisqu’ils ont l’air de faire quelque chose là où leurs concurrents se croisent les bras. Pour ce qui concerne les allopathes, ils sont bientôt au bout de leur rouleau et obligés de rentrer dans l’expectation. Il est vrai qu’ils attendent les effets de leurs remèdes : tantôt utiles, tantôt nuisibles. La dosimétrie, au contraire, agit tuto, cito et jucunde. Chaque symptôme est combattu par des moyens propres : le délire aigu par l’aconitine, la digitaline ; le spasme, par l’hyosciamine, l’atropine, la daturine; l’insomnie, par la morphine,la narcéine,la codéine; les tremblements musculaires, parla strychnine. On voit par là la différence qu’il y a entre les trois méthodes. Dans notre service d’hôpital, depuis l’introduction du traitement dosimétrique les délires nerveux ne duraient guère au delà de vingt-quatre heures ; et les malades étaient guéris de leur tremblement musculaire qui leur rendait tout travail impossible.

CXIY

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