BRONCHO-PNEUMONIE INFANTILE
Jugulation par la brucine, l'aconitine, la vératrine et l’émétine, l'hydroferro-cyanate et l’arséniate de quinine.
Dans l’hiver quoique peu rigoureux que nous venons de traverser (1885), les broncho-pneumonies ont été très fréquentes chez les enfants et bon nombre y ont succombé. En général, les médecins prudents s’abstiennent, dans ces cas, de remèdes violents, et il faudrait leur en savoir gré s’ils ne laissaient mourir leurs petits malades faute de leur venir en aide par des remèdes simples, rapides et commodes, c’est-à-dire « dosi-
métriques. « Pourquoi, dira-t-on, cette dénomination? A cela nous répondrons : Pourquoi celle d’« allopathie » ? Tant qu’en médecine on n’aura pas rétabli l’unité, ce sera une science de hasard — comme à la guerre la stratégie d’expédients. — Non seulement les résultats seront incertains, mais la confiance des malades se perdra de jour en jour devant les insuccès. Nous parlons de stratégie d expédients . voyez les Chinois qui se laissent battre tout en traitant leurs ennemis de barbares. On pourrait en dire autant des médecins réfractaires au progrès : ils continuent à administrer leurs doses massives — comme les gloutons jugent de la bonté des mets par la masse. —Petit à petit, cependant, les règles de la dosimétrie s’insinuent dans la pratique, quoiqu’on s’abstienne de la nommer. Il y a là une excuse : c’est-à-dire de ne pas encourir les foudres de l’École. Que de confidences nous recevons des dangers qu’on court en se posant franchement comme dosimètre ! Quant à nous qui ne tenons pas au nom mais à la chose, nous ne pourrions qu’approuver cette prudence si elle ne tendait à maintenir les errements de la médecine officielle. Aussi nous enregistrons l’article suivant de la Revue des publications médicales , qui nous ramène à la bronchopneumonie infantile.
Jugulation de la bronchite, des catarrhes , des affections aiguës.
M. C. V... avance, dans la Revue médicale de Louvain , qu’il a réussi dans quelques cas — dont le nombre ne lui paraît pas encore pouvoir faire autorité — à couper une bronchite au moyen d’une dose de 1 gramme de quinine donnée d’un coup ou en deux prises, absorbées à trente minutes d’intervalle.
« Cette dose est administrée le matin ; elle est répétée le soir et, au besoin, le lendemain encore : 3 grammes suffisent à faire avorter le catarrhe, dit-il. La quinine est l’alcaloïde antipyrétique ou jugulateur de l’effervescence vasculaire. Christison, en Angleterre, affirme avoir souvent jugulé un catarrhe, soit nasal, soit laryngé, soit bronchique, au moyen d’une dose de l’alcaloïde sédatif de l’opium,de 1 à 2 grammes (6 à 12centigrammes). « Pas n’est besoin, croyonsnous, de si lourds pavés pour assommer la bête. » Le choix de pareils agents (un défervescent de la vitalité, un narcotique) prouverait qu’au début les inflammations se limitent à une période d’irritation ou dynamique. Des essais plus récents — et j’en ai fais à diverses reprises l’expérience sur moi-même, sur ma femme, sur mes enfants et sur quelques-uns de mes clients où je pouvais agir à temps , au moment opportun — m’ont confirmé : qu’on coupe à très peu de frais les catarrhes à leur début. Yoici les agents qui m’ont réussi : 1° 1 milligramme d’hyosciamine ou d’atropine (sulfate) ; 2° 2 à 4 gra-
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nules au demi-milligramme d’extrait d’aconit des Vosges (1) à' demi centigramme sont efficaces aussi ; 3“ la vératrine obtient le même succès ; on s’en sert avec avantage s’il y a eu refroidissement ou trouble dans les fonctions de la peau.
» Généralement aujourd’hui, j’associe 2 granules d’hyosciamine ou d’atropine à 2, 3 ou 4 granules d’aconitine, suivant l’âge du sujet. Le moment opportun est celui qui précède l’établissement du flux catarrhal ou muqueux : pour le coryza on a les éternuements, l’enchifrènement, la lourdeur frontale et l’injection avec flux aqueux de la muqueuse nasale — pour la bronchite, la douleur présternale avec plus ou moins de fièvre, et presque immédiatement après la toux sèche et fatigante. J’ai pris l’habitude depuis que je me suis convaincu que toute inflammation quelconque est accompagnée de désordres constitutionnels du sang, de troubles de sécrétions et d’altérations qui jettent le désarroi dans les fonctions d’assimilation et de désassimilation, conséquemment dans la constitution des humeurs du corps—de prescrire une forte cuillerée de poudre dépuratrice au sulfate de NaO et MgO de crème de tartre et de bicarbonate de soude. Ce dépuratif se prend quelques heures après les granules défervescents. Je n’ai qu’à me louer de cette pratique, et je préviens certainement ainsi l’échéance d’une récidive ou d’un rechute, après avoir réussi à couper par les alcaloïdes le catarrhe débutant. Dans les fièvres inflammatoires — plus graves que de simples catarrhes — le même procédé de jugulation peut être institué, souvent avec succès, au moyen de granules antiphlogistiques antiseptiques et de quelques granules d’hyosciamine au demi-milligramme, qu’on administre de quart d’heure en quart d’heure, jusqu’à détente vasculaire et nerveusë. Ici le Sedlitz est encore plus impérieusement indiqué, et son rôle antifermentitiel est parfaitement en situation pour fixer la guérison radicale. Ces pratiques sont franchement jugulatrices; et du jour où elles seront largement et universellement suivies, on pourra s’assurer d’avoir fait faire un grand pas à la médication prophylactique des désordres de désorganisation des maladies chroniques et à la médication curative des affections aiguës. -— Au lieu de débuter par les purgatifs, comme jadis on en avait la coutume, on débute par des défervescents alcaloïdiques, le cito réalisant le tuto , et on termine par les excrètiques ou les dépuratifs. Reconnaissons que c’est plus logique et plus pratique— ce mode de jugulation au début des inflammations et catarrhes devient la médication des symptômes , surtout de la pyrexie , et dans le cours de 1 évolution de l’état pathologique : l’aconitine, la vératrine, la quinine, 1 hyosciamine, et les alcaloïdes sédatifs, antipyrétiques, sont encore les agents les plus actifs contre les syndromes morbides. Ainsi se justifie la prévalence de 1 alcaloïdo-thérapie prophylactique et symptomatique des affections en cours. »
Comme on le voit, c’est là de la dosimétrie; nous pourrions dès à présent déposer la plume et rentrer dans notre otium cum dignitate s il ne s’agissait que de nous — persuadé d’avoir accompli notre tâche.
(1) Les allopathes font comme les hommes de guerre qui ne savent vaincre qu’avec les gros bataillons sur un champ de bataille jonché de morts. D r B.
Mais il s’agit de défendre de modestes confrères contre le despotisme des gros bonnets ; c’est le motif pour lequel nous restons sur la brèche, car le Malakoff officiel est dur à prendre. Pendant longtemps encore la lutte sera vive, parce que ce qu’on défend c’est à la fois sa vanité et sa bourse. On ne veut pas avouer qu’on est dans une fausse voie ; et d’un autre côté on n’entend pas renoncer aux profits des longs traitements. Il faut bien le dire : toute la question est là. Si nous n’avions une position indépendante, il y a longtemps qu’il ne serait plus question de dosimétrie et de son auteur : on l’eût réduit par la famine en faisant le vide autour de lui. Mais revenons à la broncho-pneumonie infantile. Généralement ce sont des enfants d’une complexion faible, lymphatique qui en sont atteints : le traitement doit donc être névro-sthénique au début, et évacuant à la fin. C’est ce que l’auteur de l’article cité plus haut a parfaitement établi. C’est pour avoir procédé en sens inverse qu’on a perdu jusqu’ici tant d’enfants. Ainsi, à la moindre apparence de bronchopneumonie, on donnait, soit l’ipéca, soit le tartre émétique, soit le sulfate de cuivre, et on ne s’apercevait pas qu’ainsi on précipitait la catastrophe par la grande dépression vitale —tandis que si l’on commence par la brucine, l’aconitine, la vératrine, la digitaline : 1 granule tous les quarts d’heure et 1 granule d’atropine toutes les demi-heures, on est sûr d’arrêter le mouvement fluxionnaire en quelques heures. Ce résultat une fois obtenu, s’il y a des râles humides et que l’expectoration est difficile, on donne 1 granule d’émétine toutes les minutes, jusqu’à effet, celui-ci se produisant généralement au bout de 6 à 8 granules, sans aucune fatigue pour l’enfant. Il ne reste plus alors qu’à veiller au retour de la crise par quelques granules d’hydro-ferro-cyanate ou d’arséniate de quinine, pour peu qu’il y ait un élément miasmatique en jeu. Quant aux exsudats diphthéritiques, on en a facilement raison par des badigeonnages au tannin ou au suc de limon, selon la méthode du docteur Fontaine, de Barsur-Seine. Voilà la jugulation en médecine. Ceux qui ne l’adopteront pas se rendront coupables d’homicide par omission ou entêtement (1).
(1) Malheureusement il y a et il y aura toujours de ceux dont parle l 'Ecclèsiaste : Aures habent et non audiebunt — oculos habent et non videbunt. Dr B '