LES BACILLES DE LA TUBERCULOSE
Faute d’un traitement efficace contre cette terrible maladie, on se rejette sur les « bacilles ». C’est peut-être l’histoire de l’agneau de la fable :
Comment l'aurais-je fait, si je n’étais pas né?
On pourrait croire que là où il ne s’agit que d’observer, les résultats doivent être les mêmes — s’ils existent en réalité ; mais il n’en est pas ainsi. De meme que le bacille du choléra, les uns disent avoir constaté le bacille de la tuberculose ; d’autres, au contraire, n’y ont pas plus fait voir que le singe dans la lanterne magique. Ont-ils également oublié d’allumer la chandelle? Parmi les premiers, signalons le docteur Williams, de Londres, médecin de l’hôpital de Brompton, spécialement affecté aux malades tuberculeux. Il a placé un grand nombre de verres porte-objets, enduits d’une couche de glycérine, dans les tuyaux des ventilateurs des salles de cet hôpital, et les ayant examinés au microscope au bout de quelque temps, il trouva des bacilles attachés à la glycérine. Pour faire la contre-épreuve, il fit évacuer une des salles, la fit bien nettoyer et désinfecter, et y mit des malades non tuberculeux, et recommença son expérience : il ne trouva plus de bacilles à ces porte-objets.
Les docteurs Celli et Quarnière, à l’hôpital San-Spirito, à Rome sont arrivés à des résultats négatifs, en examinant l’air des salles .affectées spécialement aux tuberculeux, soit en soumettant à la culture et à l’inoculation , de la gélatine préalablement stérilisée et sur laquelle ils avaient fait passer l’air expiré de phtisiques, soit en faisant évaporer des
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE
crachats contenant des bacilles, soit enfin en faisant passer un courant d’air au milieu «t sur des crachats de même qualité. Jamais ils ne constatèrent la présence de babilles tuberculeux. Certes, nous ne prétendons nullement nier l’existence des bacilles; mais, comme nous l’avons dit, il se pourrait aussi que ce fût l’histoire des hâtons flottants : il se pourrait qu’on ait pris pour tels des fragments des poussières contenus dans l’air nosocomial. Nous avons déjà fait remarquer qu’à l’hôpital civil de Gand où les tuberculeux sont confondus avec les autres malades, il n’y a pas d’exemple de transmission des tubercules par voie de contagion. Non qu’il ne faille prendre des précautions, mais il ne faut pas les exagérer au point de répandre le désespoir dans l’âme des malheureux phtisiques, en les considérant comme des lépreux. Quant au traitement, il doit consister dans l’emploi de l’iodoforme et de la codéine comme calmants et désinfectants ; de la vératrine, de l’aconitine, de la digitaline comme défervescents ; de la caféine comme médicament compensateur ; de la strychnine comme excitant vital général.