DE LA MÉDICATION INTESTINALE ANTISEPTIQUE
Conférence de M. Dujardin-Beaumetz à Vhôpital Cochin.
Depuis que le docteur Bouchard a mis la sepsie à l’ordre du jour, on ne parle plus que de micro-organismes, de l’endol, du sckutal, de l’eucomaines, de ptomaïnes, d’alcalis cadavériques, etc. Evidemment, les humeurs peccantes des anciens sont distancées, et Molière a eu tort de s’en moquer, puisqu’ellés reviennent aujourd’hui avec des dénominations plus baroques. M. le docteur Bouchard veut qu’on neutralise ces produits de fermentation sur place — comme une sorte de terrain tout préparé pour engrais. — C’est faire deux pierres d’un coup. Quant à nous, nous pensons qu’il est plus sage de laver son canal intestinal en temps avec le Sedlitz Chanteaud. Ces micro-organismes, ces alcaloïdes de la putréfaction — en un mot les humeurs peccantes — seront ainsi prévenues, et il y aura moins de maladies d’échauffement. C’est ce qu’avait
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
compris un brave apothicaire de campagne auquel on venait demander du Sedlitz Chanteaud : « Moi, nettoyer tous ces boyaux! mais que me resterait-il alors? » Cetait naïf mais sincère.
BIBLIOGRAPHIE
Traité clinique des maladies de l'enfance, par le docteur Cadet de Gassicourt, médecin de l’hôpital Sainte-Eugénie. T. III. Douai, 1884.
Ce volume est consacré à l’étude de la diphthérie et des affections cérébrales. Nous nous occuperons uniquement de la première comme étant devenue une maladie endémique à Paris — où l’on parle tant de progrès pour cacher une véritable incurie. Parcourez les tableaux statistiques municipaux, ce qui saute aux yeux, pour ne pas dire à la gorge, c’est le litteraD : presque pas un arrondissement qui en soit à l’abri. Dans la cinquième dernière semaine la diphthérie compte 41 décès, au lieu de 36 de la semaine précédente (1885) ; elle a été particulièrement fréquente dans les quartiers du IX e arrondissement (Popincourt) et du XV e (Yaugirard). « Nous nous trouvons aujourd’hui devant la diphthérie—ditM. Cadet de Gassicourt — dans la même situation que nos pères devant la variole ; la maladie est connue sous toutes ses faces ; la thérapeutique s’agite, mais n’avance pas. » C’est que, comme Cl. Bernard, on la nie, alors cependant quelle existe par des faits nombreux et indéniables. Mais ces faits appartiennent à la dosimétrie; dès lors, ils n’existent pas! Toujours l’histoire des yeux et des oreilles! M. Cadet de Gassicourt n’est pas arrêté quant au parasitisme de la diphthérie : il tient les travaux de Pasteur jusqu’à plus ample informé. « Ces recherches doivent être encouragées, mais elles ne sauraient encore servir de base à une étude nosologique et clinique. « C’est fort bien, mais en attendant faut-il laisser mourir les malades? Puisque un traitement qu’on pourrait dire presque infaillible, a été signalé — traitement en tout cas inoffensif — pourquoi ne pas l’expérimenter? Mais la dosimétrie ! ! Les moyens indiqués par M. Cadet de Gassicourt sont inefficaces, ainsi que le prouve la statistique pour le traitement local : l’acide lactique, l’eau de chaux, la papaïne, ou simplement le citron ; comme moyens internes les modificateurs de la muqueuse respira-
toire en vertu de leur élimination élective : le chlorate de potasse, le saccharure de cubèbe, les vomitifs, ne doivent pas être donnés dans toutes les formes : inutiles dans la forme bénigne, dangereux dans les formes toxiques, M. Cadet de Gassicourt les réserve pour les formes graves sans toxicité marquée; mais comment le reconnaître? Par-dessus toutes choses soutenir les forces du malade et l’alimenter avec les substances les plus succulentes et les plus assimilables ; aider leur action par les stimulants diffusibles : vin, alcool, café ; dans les cas d’affaiblissement extrême, avoir recours aux injections hypodermiques d’éther (1), etc. Dans tout cela nous ne voyons pas de traitement vraiment dynamique, car tous ces excitants épuisent la vitalité au lieu de la soutenir. M. Cadet de Gassicourt expose une théorie nouvelle (?) de tirage dans le croup, fondé sur l’action automatique et réflexe de centres respiratoires, et sur l’épuisement des réflexes bulbaires comme cause déterminante de l’asphyxie ultime. Pourquoi, dans ces cas, ne pas recourir à la brucine, à la strychnine. Il parle des dangers de la trachéotomie, préférant la laryngotomie (tout aussi chanceuse). Nous dirons que le moyen d’éviter l’une et l’autre c’est le traitement du docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine. En somme, ce volume de M. Cadet de Gassicourt est une nouvelle preuve de l’exclusivisme ou mauvais vouloir de l’École.
LANTIPYRISME.
Lorsque, au début de la dosimétrie, nous insistâmes sur la nécessité d’étouffer la fièvre, comme dans un incendie le feu, ce fut un toile général dans l’École. A entendre cette dernière, la fièvre est nécessaire à la maladie, puisque sans elle, il n’y aurait point de crise possible. Voici ce que nous écrivait un honorable professeur :
Saint-Pétersbourg, 12/24 janvier 1880.
Très honoré Professeur et Collègue,
Avant tout, permettez-moi de vous remercier grandement d’avoir bien
M. Cadet de ,Gassicourt oublie que l’éther éteintles globules rouges du sang.
Dr B.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
voulu m’envoyer vos écrits sur la méthode dosimétrique, introduite par vous dans la pratique médicale. Je crois que la simplification dans le traitement est toujours bonne et utile. Je partage entièrement votre opinion : que les alcaloïdes et certains sels ont une efficacité médicale telle, qu’ils n’ont pas besoin d’être réunis en formules composées, comme le font aujourd’hui dans leurs prescriptions polypharmaceutiques plusieurs collègues. Mais je serai franc : sous un rapport je ne puis me ranger à votre avis : je ne crois pas qu’on puisse couper, après ses prodromes ou dans sa première période, ni une inflammation de quelque organe que ce soit, ni une des fièvres dites cycliques ou infectieuses. Je n’oserai jamais, sans avoir constaté par un diagnostic aussi exact que possible, me décider à l’emploi d’alcaloïdes aussi énergiques que la strychnine, l’atropine, la digitaline .
D r Z. E. de Kauer.
Dans la réponse que j’eus l’honneur de faire à notre savant interlocuteur, je lui citais le passage suivant de Cl. Bernard :
La santé et la maladie ne sont pas deux modes différant essentiellement comme ont pu le croire les anciens médecins, et comme le croient encore quelques praticiens de nos jours. Il ne faut pas en faire des principes distincts, des entités qui se disputent l’organisme vivant et qui en font le théâtre de leur lutte. Ce sont là des vieilleries médicales. Dans la réalité, il n’y a entre ces deux manières d’être que des degrés différents 5 l’exagération, la disproportion, la désharmonie des phénomènes normaux constituent la maladie.
Et plus loin :
Ces idées de lutte entre deux agents opposés, d’antagonisme entre la vie et la mort, la santé et la maladie, ont fait leur temps; il faut reconnaître partout la continuité des phénomènes, leur gradation insensible et leur harmonie. (.Leçons sur la chaleur animale. Paris, 1876.)
Ce sont ces idées, puisées à une saine philosophie médicale, qui commencent enfin à se faire jour et à l’emporter, soit sur la médication perturbatrice, soit sur la médecine expectante de l’École. En vain voudrait-on le nier, c’est à la méthode dosimétrique qu’on est redevable de ce résultat. Depuis douze ans qu’on lui fait la guerre du silence, on a réfléchi et on fini t, enfin par où on aurait dû commencer. Aujourd’hui on ne parle plus que d’antipyrisme et on n’hésite point de faire descendre la chaleur animale au-dessous de la normale. C’est là un autre danger, puisqu’on risque de produire l’asphyxie par refroidissement — surtout s’il s’agit d’une fièvre miasmatique. Ainsi il n’y a pas de doute que le frisson — ou la concentration du calorique à l’intérieur — ne soit dû à de trop fortes doses de quinine. L’antipyrine est dans le même cas, puisqu’elle
en dérive. Toutefois c’est déjà beaucoup de gagné que d’avoir des moyens de faire descendre la chaleur de un ou deux degrés centigrades, puisque c’est elle qui empêche la crise dont parle Hippocrate. Il nest pas nécessaire d’un diagnostic confirmé, celui-ci étant la confirmation de la localisation du processus morbide ; la simple constatation à la main et au besoin par le thermomètre suffit pour donner les alcaloïdes défervescents. Ainsi s’agit-il, par exemple, d’une fièvre exanthématique : quelques granules de vératrine, d’aconitine, donnés à intervalles rapprochés, suffiront pour faire tomber la fièvre et faire apparaître l’éruption qui, dans la majorité des cas, sera bénigne. La moiteur de la peau, le rétablissement de la sécrétion urinaire, le sommeil tranquille, seront les présages du retour à la santé.
Il en sera de même dans la fièvre typhoïde quoique d’une manière plus lente, à cause d’une incubation plus prolongée. De même encore dans la pleurésie, la pneumonie, la méningite — bien qu’ici les révulsifs soient souvent nécessaires, sans exclusion de la saignée si la force du sujet le comporte. On voit par là qu’allopathes et dosimètres ne sont pas si loin de s’entendre et que bientôt l’unité s’établira en médecine, comme elle existe déjà en physiologie. Certes, il y aura toujours des maladies organiques, soit par suite du retard apporté à l’administration des moyens jugulateurs, soit à cause de dispositions innées ou acquises de longue date, mais ici encore ces maladies — les seules qu’on puisse admettre comme « entités » — seront retardées dans leur marche si on administre les défervescents avec la même opiniâtreté que la maladie elle-même. La phtisie pulmonaire est particulièrement dans ce cas. Nous traitons une phtisique datant de plus de trois ans, sans que la malade ait manqué un seul jour de prendre matin, midi et soir, chaque fois, 2 granules d’arséniate de strychnine, 2 granules d’aconitine, 2 granules de digitaline ; aux repas, 3 granules de quassine et 3 granules d’arséniate de soude ; et pour favoriser l’expectoration 6 à 8 granules de sulfure de calcium. Tous les matins le Sedlitz Chanteaud comme lavage du tube intestinal. Nous faisons faire matin et soir des lotions à l’eau fraîche et avons habitué ainsi la malade à une température modérée, au lieu de la tenir dans un appartement renfermé. La strychnine lui donne du souffle et de la force musculaire de manière à rendre possibles des promenades au grand air. Nous n’avons pas la prétention de la guérir, mais de prolonger son existence et de lui rendre sa maladie supportable.
En résumé, toute fièvre — quelle soit primitive ou secondaire — doit être combattue par les alcaloïdes défervescents ou excito-moteurs, lesquels seront administrés dosimétriquement et non allopathiquement,
comme l’est malheureusement la tendance de ceux qui, tout en s’éloignant de l’École, en conservent les errements. Ceci s’applique à l’antipyrine, comme à tous les alcaloïdes. Et pour finir nous répéterons avec Cl. Bernard :
« Les idées de lutte entre deux agents opposés, d’antagonisme entre la vie et la mort, la santé et la maladie, ont fait leur temps, il faut reconnaître partout la continuité des phénomènes, leur gradation insensible et leur harmonie. » D r B.
BIBLIOGRAPHIE
Traité théorique et pratique de la goutte, par le docteur Lecorché (1).
Tout a été dit et écrit sur la goutte. On reconnaît avec les anciens que la goutte est le plus souvent atone et, par conséquent, qu’il faut venir en aide au goutteux avec la strychnine (sulfate), l’aconitine, la digitaline, au lieu de le laisser se débiliter. Selon M. Lecorché, la goutte est une maladie d’hypernutrition — ce qu’aucun praticien expérimenté n’admettra. Le traitement alcalin seul, est très nuisible dans ces cas : il faut y combiner la quassine, l’arséniate de soude avec les alcaloïdes défervescents. La méthode qui réussit le mieux, est celle qui a pour effet de provoquer l’élimination insensible de la goutte par les voies gastrique, intestinale, rénale. Le benzoate de lithine est donc indiqué, mais comme accessoire. Ce sont, comme l’a très bien dit M. le docteur Bouchard, des ralentissements de nutrition ou des oxydations incomplètes qui produisent la goutte. En nourrissant de jeunes chiens de sucre et les tenant renfermés, il se forme en peu de temps dans leur économie de l’acide oxalique. Nous avons opéré de jeunes enfants de quatre à huit ans, de pierres mûrales dues à un régime saccharin. Chez les goutteux il y a généralement un excès d’acide urique dans les urines. La femme n’est pas à l’abri de la diathèse goutteuse. Aussi sommes-nous de l’avis de M. le docteur Leblond relativement aux rapports qui existent entre l’arthritisme et l’hystérie. (Voir son travail lu à la Société médico-pratique, dans sa séance du 12 janvier 1885.) D r B.
(1) Hippocrate a dit avec raison : « On ne guérit pas de la goutte ; » mais on peut s’en débarrasser insensiblement, c'est-à-dire sans ses accès violents, qui ne constituent pas la maladie, mais sa manifestation extérieure — comme un mur salpêtre qui rejette. D r B.
INTOXICATION SATURNINE.
M. le docteur Gérin-Rose a signalé, à la Société médicale des hôpitaux, dans sa séance du 27 février 1885, une intoxication saturnine par la braise chimique. On sait que pour rendre la braise plus inflammable on la trempe dans une solution de cholate ou d’acétate de plomb. La malade dont il est question ici est une ouvrière d’une usine de braises chimiques. Elle est entrée, une première fois, à l’hôpital Lariboisière en avril 1884, et a été traitée par l’iodure de potassium, les bains sulfureux et les courants interrompus, et est sortie au bout de deux mois améliorée. Quatre mois après, elle est rentrée à l’hôpital probablement parce quelle a été soumise à une nouvelle intoxication. Cette fois les signes de la cachexie saturnine étaient très marqués : sensibilité intacte, liséré et pâleur des gencives, paralysie des extenseurs, constipation, et il a fallu la soumettre à un nouveau traitement. Nous rappellerons combien les bains de vapeur du docteur Bremond sont utiles dans ces cas ; mais il faut un traitement dosimétrique par la strychnine, l’hyosciamine et le sel Chanteaud. La police devrait interdire les braises chimiques. Il y a déjà assez des causes d’intoxications (1).