‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 9 sur 179 · PAR LE DOCTEUR SEJOURET · texte numérisé non relu

PAR LE DOCTEUR SEJOURET

[Société de thérapeutique, 30 septembre 1884.)

Nous ne savonspourquoi cette désignation « méningite tuberculeuse » ? A-t-on constaté ces tubercules? On peut en douter. Mais on l’admet par induction, parce quelle cède à l’action de l’iodure de potassium. Au Congrès de la Rochelle, de 1882, M. le docteur Vorard a rapporté neuf cas de guérison chez des enfants au moyen du sel iodé et du badigeonnage avec l’huile de croton sur la tête rasée. M. le docteur Reni Le Clerc, qui avait contesté la justesse du diagnostic dans les cas précédents, a rapporté l’observation d’un enfant considéré comme atteint de méningite tubercu-

leuse, et qui guérit rapidement, après avoir grandi de 9 centimètres en huit jours. Il s’agissait d’une fièvre de croissance affectant des allures d’une pseudo-méningite M. le docteur Duplouy a rapporté un fait semblable. Le docteur Masgrave Clay cite aussi le fait d’un enfant de douze ans qui après être resté dans un état comateux pendant dix jours, guérit pour ainsi dire sans traitement. Nous lisons dans la France médicale (1878) une observation de méningite chez un tuberculeux de tren equatre ans, qui après être resté dans un état comateux pendant dix jours, guérit par l’iodure de potassium en dix-huit jours; et dans le meme journal une observation du docteur Foucart, d’un enfant de cinq ans et demi, qui guérit 1 en quinze jours. Dans le Concours médical M meme docteur Foucart cite un enfant de deux ans et demi, qui guérit apres avoir présenté tous les symptômes d’une méningite tuberculeuse, sauf deux signes: la constipation et la rétraction du ventre. Pour annoncer la guérison d’une méningite tuberculeuse, il faut être sûr qu'on ne s est pas trompé dans le diagnostic et qu’on n’a pas eu affaire aune de ces pseudoméningites dont nous avons cité plus haut des exemples. Ces cas sont si fréquents que dans la plupart des observations de méningites guéries, le diagnostic a été contesté, à moins que ce dernier n’ait reçu la sanction de l’examen cérébroscopique pendant la maladie, ou que la preuve anatomo-pathologique ne soit fournie longtemps après à la suite d’une autre maladie, surtout de la tuberculose pulmonaire. Dans notre longue carrière d’amphithéâtre, nous avons eu rarement occasion de trouver es tubercules de la méningite; quelquefois dans la substance cérébrale, sur des cadavres d’enfants qui avaient succombé aux convulsions eta lbydrocéphalite aiguë, qui termine la scène. Cela prouve que le diagnostic subjectif et objectif trompe souvent, et que mieux vaut faire la médecine des symptômes que la médecine des lésions. Le suprême en fait de diagnostic, est de n’avoir pas à en faire. Les maladies aiguës des enfants sont-la plupart-des fièvres larvées : combattez-les par les alcaloïdes défervescents : aconitine, brucine, hydro-ferro-cyanate de quinine ; quelquefois par le valérianate d’atropine s’ilya spasmes ou convulsions : le lendemain il n y pai ait plus. Que si, au contraire, on les laisse évoluer, on arrive fatalement a la lésion organique où il n’y a plus rien à faire. Nous citerons le fa,t suivant, qui nous a touché de près, puisqu’il s’est agi d un de nos arrieiepetits-enfants. L’enfant, légèrement enrhumée, s’est couchée comme a l’ordinaire. A onze heures de la nuit, elle s’est réveillée avec un spasme violent delà gorge, toux rauque, face rouge, presque bleue; pouls affole pouvant à peine se compter,peau chaude,front brûlant.Il «agissait dune de ces affections où l’équilibre fonctionnel entre le pneumo-gastrique et le

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

grand sympathique est dérangé. Nous faisons appliquer des compresses vinaigrées sur le front, et donnons à l’intérieur labrueme, l’aconitme, l’hydro-ferro-cyranate de quinine: 1 granule de chaque toutes les quinze minutes; le spasme laryngé persistant : 1 granulevalérianate d’atropine dissous dans un peu d’eau sucrée : une cuillerée à café toutes les demiheures. Vers les deux heures du matin, le calme se produit ; mais comme la raucité de la voix persiste et que la réaction est encore assez forte, nous donnons 1 granule émétine toutes les dix minutes. Au troisième granule l’enfant rejette par vomissement des glaires filantes, et une accalmie réelle ne tarde point à se-faire. Le lendemain, de grand matin, une cuillerée à café sel Chanteaud dans un verre d’eau, par petites gorgées, comme lavage. L’accident n’a pas eu de suites fâcheuses.

Un autre fait nous a été fourni aux bains de mer, cet été, par un enfant de quelques mois, pris de diarrhée depuis trois jours. Le médecin de l’endroit avait donné une bouteille avec du bismuth et du laudanum, piéparée d’une manière si grossière que le fond était une sorte de boue jaune sale, dont la vue seule écœurait. Inutile de dire que la maladie s’était aggravée de symptômes cérébraux. Quand je vis l’enfant, il était dans un état voisin du tétanos, les pupilles, fortement contractées, les mâchoires serrées, delà raideur au cou avec une fièvre intense et affolement du pouls. Ayant sur moi ma pharmacie de poche, je fis dissoudre 1 granule d’aconitine, 1 granule brucine et 1 granule atropine dans un peu d’eau sucrée, dont on donna une cuillerée à café toutes les demi-heures. Le lendemain, on promenait l’enfant au bord de la mer, dont l’air vif le remit complètement. — Tout cela fait voir que devant les maladies aiguës des enfants il ne faut pas raisonner, mais agir. La médecine infantile exige une sorte d’intuition ou ce qu’on nomme l’œil du médecin. Mais il faut également avoir les remèdes sous la main. C’est ce que permet la pharmacie dosimétrique.

PROPHYLAXIE ANTIMICROBIENNE.

Dans les maladies contagieuses et infectieuses on fait une part trop grande aux microbes et une part trop faible à la vitalité. On perd ainsi

de vue la fièvre, qui doit être l’objectif du médecin. Chaque maladie infectieuse a son microbe — nous n’y contredisons pas, bien que ces infiniment petits aient un air de famille qui semble les faire relever d’un virus commun. C’était l’opinion de Jenner : qu’ainsi on arrivera à un vaccin généralisé. C’est cette voie que M. Pasteur poursuit en ce moment avec une rare ténacité. Il est vrai qu’il a d’intelligents collaborateurs. Pour nous, médecins, la tâche est plus facile puisqu’il ne s’agit que d’étendre aux fièvres rémittentes et continues le traitement des fièvres intermittentes par les alcaloïdes défervescents.

Quand nous aurons ainsi augmenté la résistance vitale, les microbes seront moins à redouter. On prendra des alcaloïdes par anticipation, c’est-à-dire contre la fièvre à venir ; et surtout on laissera là les prétendus spécifiques, tels que les sels et les acides minéraux, qui déterminent à la longue la cachexie médicamenteuse. Il est vrai qu’il y a un point de saturation au delà duquel le remède ne produit plus d’effet ; mais là précisément, est le danger. Avec les alcaloïdes, au contraire, rien de semblable n’est à craindre, puisque leur action est instantanée et purement catalytique. Les alcaloïdes, en empêchant la fermentation, empêchent aussi la fièvre qui est la combustion de l’économie — cela sans modifier en rien la composition des fluides et des solides, tandis que les autres agents, tels que l’alcool, l’éther, sont des extincteurs à cause du développement de l’acide carbonique. On sait, en effet, que l’éther éteint les globules rouges et les empêche de distribuer l’oxygène dans l’économie animale. Le sang chargé d’éther ou d’alcool, s’il n’enflamme plus, n’anime plus également, et les organes tombent ainsi dans la torpeur. Le point auquel nous voulons arriver, c’est que pour se garantir des microbes il faut se tenir constamment sous l’influence des alcaloïdes. C’est ce que nous faisons en prenant chaque ,soir 4 granules d’arséniate de strychnine et autant d’aconitine et de digitaline. On dira que c’est s’habituer sans motif à des poisons : raison de plus puisque, de cette manière, nous nous affranchissons de la fièvre. Nous pouvons donc dire : Experto crede Roberto .

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