DES CARDIOPATHIES CHEZ LES ALIÉNÉS
[Annales médico-physiologiques , novembre 1884.)
On sait que le célèbre aliéniste J. Guislain, a donné à l’aliénation mentale le nom de phrénopathie — c’est-à-dire que c’est l’être moral surtout qui souffre. Il n’y a donc rien détonnant que le cœur, centre du Système nerveux ganglionnaire, soit généralement entrepris dans les grandes secousses morales. Ce fut 93 qui permit à Corvisart de faire son traité des maladies du cœur.
Le docteur Salmi Pace, après cinq années d’observation, éclairée par des études nécroscopiques, à l’hospice des fous de Païenne, a publié une statistique sur la fréquence des altérations du cœur chel? les aliénés. D’après lui, on trouverait des cardiopathies sur les trois quarts environ de ces malades. Sur 120 autopsies, il a constaté des lésions cardio-vasculaires : 54 fois sur des hommes ; 34 fois sur des femmes. L auteur croit pouvoir affirmer que l’aliénation mentale est elle-même une cause de maladie du cœur et quelle amène un état de dystrophie cardiaque par suite des troubles de l’innervation.
Personne aujourd’hui n’oserait plus contester l’intlueûce du moral sur le physique, quand on voit une émotion arrêter les mouvements du cœur, et le travail de la digestion ; de là une double cause de perturbation des fonctions cérébrales. On ne saurait dire que c’est le cœur qui reçoit la première impression psychique, mais il la renvoie vers les centres ganglionnaires. On n’a qu’à jeter les yeux sur les belles planches de Scarpa pour, voir comment ces irradiations ont lieu. Mais l’explication importerait peu si on n’en déduisait le côté thérapeutique. Il est généralement admis que les affections morales n’exigent pas de traitement médical ; c’est là une grande erreur, que nous avons rencontrée dans la plupart des établissêments que nous avons visités. Il semblerait que ce doit être seulement des maisons de réclusion pour garantir le public contre les actes c|es fous. On se contente donc de les interner sans nulle médication — à moins de cas de maladie. Et cependant s il y a des malades qui ont besoin d’être raffermis, ce sont bien ces pauvres victimes d un moral
troublé. Nous pensons donc que nulle part la dosimétrie ne rendrait de plus grands services que dans les maisons de fous. La strychnine, l’aconitine, l’hyosciamine, la digitaline, les arséniates, les ferrugineux y seraient d’un secours constant. C’est pourquoi nous avons cru utile de rappeler ici les observations du docteur sicilien.