CLXXV1I
STROPHANTUS ET STROPHANTINE.
(Académie de médecine, séance du 30 janvier 1889.)
La discussion soulevée par M. Germain Sée n’a pas abouti. C’est le cas de répéter : Tradidit mundum disputationibus illorum. D’un côté, MM. Buquoy, Dujardin-Beaumetz et Constantin Paul pour le strophantus ; de l’autre, MM. G. Sée et Laborde pour la strophantine. Que le strophantus soit un médicament cardiaque comme la digitale, pas de doute; mais ses effets sont difficiles à délimiter, tandis qu’avec leurs alcaloïdes ces effets sont mathématiques. Qu’on se souvienne de la séance de la Société de médecine de Paris où M. le professeur Peter a déclaré que la digitale tue plus de malades qu’elle n’en guérit. Au reste, aucun fait nouveau n’est sorti de cette discussion. M. Laborde reconnaissait avec M. G. Sée l’utilité de l’administration exclusive des alcaloïdes extraits de plantes, étant toujours identiques à eux-mêmes, invariables dans leur constitution propre comme dans leur action fondamentale, physiologique et médicamenteuse. Dans la plante, la matière totale est complexe, variable, tant dans sa composition que dans ses effets, etc. Tout cela a été dit et redit cent fois dans le Répertoire. Mais ce que la discussion n’a pas abordé, c’est le mode d’administration des alcaloïdes, leurs doses dans les cas aigus et dans les cas chroniques. C’est là cependant ce qui constitue l’emploi thérapeutique des alcaloïdes et non leur usage empirique : maladie du cœur ? digitaline, strophantine, etc. Il fautsavoir combiner ces armes puissantes, afin d’obtenir une action physiologique et non allopathique. Ainsi ne donner la digitaline qu’associée à la strychnine ou la brucine. On a parlé de l’intoxication médicamenteuse détruisant l’intoxication morbide : mais à ce compte on risque d’être empoisonné deux fois, et souvent d’une manière définitive. Le
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
médecin doit être sûr de"ce qu’il fait et non agir en aveugle sur la foi de tel ou tel prince (?) de la science.
Concluons. La cause de la dosimétrie a été gagnée devant l’Académie de médecine; les médecins n’ont donc plus qu’à suivre cette voie s’ils ne veulent se rendre coupables d’homicides par imprudence ou par ignorance.