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LE STREPTOCOQUE DE LA GRIPPE, PAR LES DOCTEURS VOILLARD ET VINCENT

(Société médicale des hôpitaux, février 1890.)

La grippe vient de nous quitter ; il était temps, car le streptocoque allait nous envahir. Dans la première épidémie, les observations des auteurs cités ont porté sur l’examen des viscères des sujets ayant succombé à la maladie, sur des épanchements pleuraux liés ou non à l’évolution de la bronchopneumonie grippeuse, sur des crachats pendant la vie, dans des cas de grippe sévère ou bénigne; et ils ont toujours constaté, soit par l’examen microscopique, soit par des cultures, la présence d’un streptocoque, paraissant identique à celui de l’érysipèle. Les faits observés par eux peuvent se résumer comme suit : chez les sujets qui succombent à la grippe, on trouve un streptocoque dans le sang, la rate, les poumons et les liquides épanchés. Trois fois sur quatre le microbe est seul. Dans un cas la rate contenait en outre le staphylocoque pyogène. Dans les symptômes consécutifs à la grippe on trouve, et uniquement, un streptocoque. Ce même streptocoque est constant dans les crachats des sujets atteints de la grippe, raison d’être de la fixité des états obtenus. Les auteurs sont portés à croire que ce micro-organisme joue un rôle important dans la pathogénie des accidents de la grippe; mais rien encore n’autorise à admettre qu’il soit la cause de la maladie. Pour M. Chantemesse, la présence du streptocoque est le résultat d’une infection secondaire survenue au déclin de la grippe. L’influenza a précisément pour caractère de favoriser la pénétration et la culture dans l’organisme de microbes qui sans elle n’auraient pas pénétré ou auraient été rapidement détruits. La présence fréquente de ce microbe dans les organes des individus qui ont succombé à la grippe doit dépendre de ses influences secondaires, qui jouent parfois un rôle fort important dans la gravité de la maladie. »

Réflexions. —• C’est le cas de répéter : « Voilà pourquoi votre fille est muette. » Mieux eût valu ne rien dire. Quant au streptocoque unique, nous le laissons pour compte des auteurs, nous déclarant tout à fait incompétent. Mais ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’ayant été consulté à chaque instant, pendant la dernière épidémie, nous avons constamment conseillé la trinité dosimétrique ; et tous s’en sont trouvés fort bien. De sorte que nous pouvons demander à bon droit : « Doit-on mourir de la grippe? » Pour notre part nous pensons que non — à moins la part qu’il faut faire chaque hiver des bronches et bronchopneumonies habituels. Encore avec la dosimétrie peut-on en diminuer le nombre.

CORRESPONDANCE

9 mai 1890.

Très honoré Maître,

Avant vous, que je sache, on ne s’était pas aventuré à donner la strychnine, alternativement avec l’hyosciamine, dans les engouements intestinaux. Il y a dix ans, un digne et intelligent confrère, passé maintenant chez les ombres, médisait qu’il ne comprenait pas la manière d’agir de ces deux agents donnés simultanément et concurremment contre les obstructions abdominales du tube digestif. C’est, lui dis-je, afin de produire un mouvement de va-et-vient, le relâchement et la contraction pour arriver à ouvrir la porte par cette espèce d’ébranlement. Alors il comprit et fit usage de vos granules avec succès dans les cas de ce genre.

Il y a peu de jours, j’étais appelé auprès d’une vieille femme de 80 ans, en proie à des douleurs intestinales très vives, accompagnées d’éructations fréquentes qui me parurent le prélude de vomissements imminents. Cette femme était habituellement constipée, comme on l’est le plus souvent à son âge; ses matières féGales, dures comme des copeaux, sortaient très difficilement, même avec des lavements. Je redoutais une obstruction complète et le rejet par le haut de toutes les matières situées en amont de l’obstacle. Je prescrivis immédiatement vos granules de strychnine et d’hyosciamine, à prendre un de chaque de quart d’heure en quart d’heure, et la douleur diminua et les éructations cessèrent au bout d’une heure environ. En même

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temps j avais recommandé de donner des lavements avec une décoction de tête de chevreau, après avoir au préalable exploré la région rectale par l’introduction du doigt convenablement huilé. Grâce à ce traitement bien simple, la malade ne tarda pas à rendre, par le bas, quelques débris de matières fécales, bientôt suivis par d’autres et, pour cette fois, malgré-son âge, elle fut heureuse de voir le danger conjuré jusqu’à nouvel ordre.

Borin.

10 mai 1890.

Bien cher Maître,

Où allons-nous? C’est une étrange période que celle que nous traversons.

Je lisais ces jours-ci — et j’en ai eu le frisson — que la salive d’un homme à jeun est toxique et que, portée dans le torrent circulatoire à travers une fissure quelconque, une petite ulcération gengivale par exemple, elle peut le tuer ou l’incommoder gravement. Nous croyons qu’il faut en rabattre et se rassurer. Quand 1 imagination de l’homme se met en travail, elle est inépuisable ou très féconde dans ses enfantements. La salive d’un homme à jeun serait un poison ; ce serait une véritable épée de Damoclès éternellement suspendue sur chaque tête humaine. Quel est l’homme, la femme ou 1 enfant qui, une fois dans sa vie, n’a pas eu quelque petite ulcérationgengivale pouvant permettre à l’ennemi de pénétrer dans la place?

Cela ne peut être, c’est de l’affolement et de l’aberration.

Notre époque sera intitulée, dans les siècles à venir, l’époque microbienne, car le microbe fait notre cauchemar. On en rêve, on le voit partout et sous toutes les formes, plus variées même que celle de Protée. Sans doute il y a du vrai dans cette théorie, mais en même temps beaucoup d’exagération. La. précieuse antiseptie a rendu et rend tous les jours les plus grands services à l’humanité. Il faut que notre atmosphère soit bien infectée, hélas ! depuis trente ou quarante ans. Alors on coupait, on perçait, on saignait, on opérait satisfaire presque de l’antiseptie, ou plutôt de lavage préalable, et il n’est pas clairement démontré que, sauf les admirables succès obtenus par les grands pansements de Lister, la mortalité fut alors bien plus considérable. Aujourd’hui on lave tous les instruments à l’eau bouillante ou phéniquée, tandis qu’alors on saignait tous les jours avec des lancettes moitié rouillées, le plus souvent mal essuyées, et cependant les saignés n’en mouraient pas.

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Bien cher Maître, soyons prudents, veillons, prenons des précautions, mais ne nous affolons pas. Nous avons contre l’infiniment petit ennemi une arme puissante, je veux dire ce puissant alcaloïde que vous avez su manier et mettre sous cette forme de granule, partout acceptable, et par l’enfant aussi bien que par l’homme adulte.

Auteur et fondateur vénérable de la dosimétrie, veuillez agréer mes bien respectueuses salutations. Bonin

DE L’ANTISEPTIE DANS LES MALADIES DES VOIES URINAIRES, PAR LE DOCTEUR BAZY.

(Hôpital Saint-Louis.)

L’autotoxie urinaire est d’autant plus marquée qu’on avance plus en âcre. Nous en faisons la triste expérience à nos 86 ans. Il y a d’abord l’urémie, c’est-à-dire la rétention dans le sang des matériaux, des métamorphoses régressives. C’est ainsi que se forment les diathèses urémiques, arthritiques auxquelles sont dus les désordres organiques : apoplexies cardites, hépatites, gastrites, néphrites, rhumatismes, etc. Quand on est jeune c’est-à-dire libre de ses mouvements, on échappe a ces dangers par une vie active; plus tard, il faut y remédier par la sobriété; et c’est ainsi que des hommes d’une complexion faible ont pu arriver à un âge avance. Nous citerons, de nos jours, Chevreul, qui n’a fait que se survivre. Mais on comprend que cela ne va pas à tous les tempéraments, c est pourquoi il faut l’hygiène thérapeutique, c’est-à-dire aidée des moyens medicaux, tels que la trinité dosimétrique, ainsi que nous faisons. Malheureusement, 1 n’est pas possible de suppléer complètement la nature et d’échapper aux exigences des années. C’est souvent le fait d’une activité organique surabondante. Ainsi en ce qui nous regarde, nous faisons trop d’urée, par conséquent trop d’acide urique, et deux fois nous avons dû subir 1 opération de la lithotritie rapide, dont il nous est resté une dysurie très pénible, surtout la nuit. Nous nous sommes fait végétarien et avons supprime les jouissances culinaires ; nous vivons comme les trappistes qui ont leur fosse dernière, espérant que la nôtre se fermera le plus tard possible, a la grâce de

Dieu et la dosimétrie aidant.

Pour en revenir à l’autotoxie urinaire, elle peut encore dépendre des

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urines, même de leur concentration, de leur nature acide ou alcaline. C’est contre cette dernière que l’auteur propose les lavages de la vessie, mais surtout par les antiseptiques. « Nous étions convaincu, dit-il, de la nécessité d’un antiseptique qui fût facilement toléré par les voies digestives. Nous pensons l’avoir trouvé dans le salol, qui a la propriété de se dédoubler en acide pbénique et acide salicylique.

» L’élimination de l’acide salicylique par les reins et son passage par l’urine ; la possibilité démontrée par Salhil de rendre l’urine septique en faisant ingérer du salol; le caractère même de l’auteur et enfin le désir, depuis longtemps exprimé, d’avoir un antiseptique sérieux, me firent essayer le médicament immédiatement. Je l’ai donné jusqu’ici (18 juin 1890) dans 19 cas les plus variés : cystites chroniques du col et du corps de la vessie ; rétentions complètes, rétentions incomplètes avec distension de la vessie ; cystites aiguës avec poussées de. néphrites, rétrécissements difficiles avec cystite et accès de fièvres antérieures à toute intervention ; uré- Irites chroniques profondes, antérieures et postérieures, calculs engagés dans l’urètre avec poussées fébriles ; calculs vésicaux phosphatiques et lithotrities ; blessures de l’urètre et infiltration sanguine de la verge, des bourses et du pubis chez un vieillard de 85 ans, qui se sondait et avait des urines purulentes. Je ne l’ai pas donné dans les cas de calculs uriques sans cystite que j’ai eu à opérer, l’urine étant déjà aseptique. »

L’auteur conclut ainsi : « L’antisepsie par la voie rénale ne peut pas remplacer l’asepsie opératoire, mais, par contre, l’asepsie instrumentale peut être insuffisante. Celle-ci suffit avec des urines aseptiques ; elle ne suffit pas avec des urines septiques et l’antisepsie par l’urètre peut être insuffisante. C’est pourquoi nous faisons usage de la trinité dosimétrique : strychnine, aconitine, digitaline, en y associant au besoin la colchicine pour avoir une diurèse abondante et laver ainsi les voies urinaires de dedans en dehors. Seulement il y a les cas d’urètres avec sténose générale ou partielle qui peut exiger l’emploi de l’électrolysie du professeur Fort, préférablement à furétrotomie toujours sujette à caution. 11 faut aussi tenir les malades sous l’influence de la quinine (arséniate, hydro-ferro-cyanate) contre les accès fébriles, si redoutables dans ce cas. La sonde de Nélaton doit être introduite après chaque miction si celle-ci est incomplète, et on en profite pour faire des injections au chloral boraté ; on a, dans ce cas, la ressource de la cocaïne contre la sensibilité extrême.

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