DANGERS DES DIURÉTIQUES HYDRARGYRIQUES, PAR LE DOCTEUR LÉPINE
Quand on veut obtenir la diurèse dans les hydropisies, il faut que ce soit d’une manière physiologique et non en surexcitant l’action rénale et en provoquant des dépôts insolubles (calcaires ou autres) dans le parenchyme des reins. Tel est surtout le cas avec les mercuriaux. Non seulement on détermine ainsi une intoxication ou diathèse générale, mais il se développe des lésions rénales souvent fort sérieuses, parmi lesquelles l’incrustation calcaire des tubuli a particulièrement attiré l’attention des pathologues et a passé, quelque temps, pour caractéristique. Le professeur Prévost (Revue de la Suisse romande, 1882-1883) a établi d’une manière irréfutable la provenance osseuse des sels calcaires dans ces cas. D’après Singer, sous l’influence du sel mercuriel, il y a diminution de l’alcalinité du sang par suite de la formation d’un acide (l’acide lactique) ; cet acide dissout en partie le carbonate de chaux des os, en produisant de-l’acétate de chaux qui, revenu dans le sang, se transforme en carbonate et est éliminé par les reins. Mais si le sel mercuriel a déjà lésé suffisamment l’épithélium rénal pour empêcher la diurèse, la chaux s’accumule dans les canalicqles. En résumé les deux conditions de cet état anatomo-pathologique du rein seraient : 1° la production d’une certaine quantité d’acide ; 2° un certain degré de dégénérescence de l'épithélium rénal ; cette infiltration calcaire ; très commune dans l’intoxication mercurielle aiguë, mais qui ne lui est pas spéciale, n’est pas toujours visible à l’œil nu. Dernièrement Virchow a insisté sur ce point : dans un cas il a étudié avec le plus grand soin à la loupe une coupe de rein sans y rien découvrir d’anormal, et cependant à l’examen microscopique les canalicules, surtout les canalicules contournés de la substance corticale, étaient littéralement bourrés de concrétions calcaires .(Berl.Kl. Wochensch., 1888.)
Ceci doit nous apprendre à ne jamais donner comme médicaments des substances insolubles. Il faut que les principes actifs agissent par simple catalyse, comme c’est le cas pour les alcaloïdes qu’on aurait de la peine à retrouver dans les reins, même après un usage prolongé. C’est pourquoi dans les maladies par infiltration ou épanchement séreux, nous employons
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surtout dans les maladies cardiaques, la strychnine, l’aconitine, la digitaline, pour solliciter l’action des reins physiologiquement et non physiquement.