UN NOUVEL HYPNOTIQUE
Mirabeau à ses derniers moments demandait à son médecin — Cabanis
de l’opium, pouvant à peine articuler ces mots : « Mourir! dormir! c’est-
à-dire l’éternel sommeil ! Sans aller aussi loin, les nouveaux hypnotiques (appartenant tous à la classe des hydrocarbures) éteignent les globules rouges du sang. C’est le cas de la chloralamide qui est un composé du chloral anhydre et du formiamide. Ceux qui en font usage et qui en abusent, sont pâles, chloro-anémiques.sans énergie physique et morale. Le manque de sommeil peut dépendre de tant de causes diverses qu’il est impossible d’y opposer un remède unique ou spécifique. En dehors de l’état morbide, il faut chercher le sommeil dans les conditions hygiéniques, éviter les repas copieux le soir, les fatigues de tête, se livrer à quelque occupation agréable, à une distraction douce : lecture (rien de Zola), théâtre, jeu de cartes (désintéressé), etc.
Il faut également soigner les exonérations : contre la dysurie le thé (de Chine, de tilleul), de la bière bien faite, et si les garde-robes de la journée n’ont pas été complètes passer un lavement évacuant : eau de son miellée ou du sel commun, selon les constitutions. Quant aux moyens thérapeutiques, nous conseillons la trinité dosimétrique : strychnine, aconitine, digitaline, afin d’équilibrér les trois grands centres d’innervation, de circulation et de sécrétion ; 1 ou 2 granules de chaque, au coucher suffisent généralement. Éviter les narcotiques et surtout les extincteurs du sang.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
Si?
DU TRAITEMENT DES CYSTITES PAR LE SUBLIMÉ CORROSIF, PAR LE DOCTEUR GUYON.
(Clinique des voies urinaires à l’hôpital Necker.)
Il n’y a pas de maladie plus commune, parmi les médecins, que la cystite. Dans le cours de notre déjà longue carrière nous en avons vu périr un grand nombre, et des plus distingués. Nous-mèmc nous avons failli lui payer le tribut final, étant arthritique de naissance et ayant été opéré deux fois de la lithotricie rapide par le docteur Guyon. C’est donc par reconnaissant autant que par esprit de corps que nous reproduisons la remarquable leçon sur le traitement des cystites.
Voici comment l’éminent professeur a exposé sa doctrine :
« Nous venons de faire dans le service, des recherches intéressantes sur l’emploi du sublimé corrosif dans le traitement des cystites. Ces recherches ont été faites sous ma direction par deux de mes externes, MM. Pergot et Collin, à qui je me plais à rendre l’hommage qui leur est dû pour le-zèle qu’ils ont déployé en cette circonstance.
» Nous avons 28 observations prises complètement sur 528 cas, 10 ont été traités par les lavages et 18 par les instillations. U y avait parmi ces cas plusieurs cystites tuberculeuses, des cystites blennorrhagiques et enfin d’es cystites relevant de causes diverses. Parmi les cystites tuberculeuses 9 ont éLé traitées par les instillations, une seule par le lavage. Voici les résultats obtenus par les instillations : 2 guérisons, sauf quelques réserves que je ferai tout à l’heure, 3 améliorations notables, 2 améliorations moindres, 2 améliorations quant à la douleur.
» Quant au cas traité par le lavage, il y a une amélioration. Voici comment nous avons procédé pour les appréciations de guérisons et d’améliorations. Trois éléments doivent surtout entrer en ligne de compte : la fréquence des mictions, la douleur, la purulence des urines.Lorsque j’ai dit que dans deux cas de cystites tuberculeuse il y a eu guérison, c’est qu’on a obtenu : la cessation fréquente des mictions,la cessation de la douleur, la cessation de la purulence. Ce dernier résultat, je dois le dire, n’a pas été absolu : les urines sont encore un peu louches. Il y a encore un autre critérium très important : c’est celui tiré de la capacité vésicale; dans un de nos
cas, elle était de 70 grammes avant le traitement, et s’est élévée à iSO grammes à la suite du traitement. Mes élèves ont relevé jour par jour l’état de la capacité vésicale et la fréquence des mictions. Je vous montre ici les tracés graphiques. Vous voyez que la fréquence des mictions correspond à une faible capacité vésicale : capacité et fréquence sont donc deux éléments opposés, et les lignes qui les représentent vont toujours en s’écartant. Sur d’autres tableaux, non par jour mais par semaine, on voit les deux lignes se croiser en X. Je vous ai dit toutefois que je faisais quelques réserves au sujet de la guérison totaje de ces cystites tuberculeuses : la première encore louche d’urine, — En second lieu je veux faire remarquer qu’il arrive parfois dans les cystites tuberculeuses que le traitement général suffit seul à amener la guérison. 11 n’en reste pas moins démontré que le sublimé corrosif est un agent précieux en pareils cas. Outre les excellents résultats obtenus, il importe de signaler ce fait : qu’il ne nous a jamais occasionné aucun accident; non seulement de résorption, mais aucun accident douloureux. Ma troisième réserve porte sur ce point : que dans les urines de ce£ deux malades on n’a pas trouvé les bacilles de la tuberculose. Mais il faut bien savoir que dans la cystite des tuberculeux avérés, il n’est pas rare qu’on ne puisse trouver de bacilles dans les urines ; au moins dans un grand tiers des cas. Il nous faut donc admettre que le sublimé corrosif peut dans des cas de cystite tuberculeuse amener une amélioration équivalente à la guérison. Alors même que la fréquence des mictions et la purulence des urines persisteraient, la douleur diminue toujours et le résultat se produit rapidement. Dans les cystites blennorrhagiques les graphiques donnent des résultats absolument analogues. Vous voyez un de ces graphiques où le nombre des mictions est tombé de 200 à 30. Les urines sont encore purulentes, mais le malade ne souffre plus. Mêmes résultats graphiques dans les cystites de natures diverses. En définitive quelle que soit l’origine des cystites, on peut agir avec avantage sur elles au moyen du sublimé. Sans vouloir dire que le dernier mot soit dit dans la thérapeutique de ces affections, il n’en est pas moins'vrai que nous avons là un agent utile. Quant au mode d’emploi, il faut considérer le dosage et la méthode d’administration. Toutes les fois qu’il y a mictions fréquentes il y a diminution de la capacité de la vessie ; donc, si vous la mettez en tension par les lavages, vous échouez forcément. Bien avant les recherches actuelles, j’avais essayé le sublimé dans les cystites; j’avais fait des injections et des instillations sans le chloroforme, avec des solutions assez concentrées; mais il en était résulté des douleurs pendant plusieurs heures et même plusieurs jours après l’opération. Je résolus de reprendre ces tentatives, mais en diminuant considérablement les doses, et en sep-
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
lembre 1890 je commençai avec des solutions à 1/5000. J’expérimentai concurremment avec les lavages,et les instillations dont voici le résultat : sur 10 lavages, 2 guérisons, 2 améliorations, 6 insuccès; sur 18 instillations, 8 guérisons, 6 améliorations notables, 2 améliorations moindres, 2 résultats partiels.' Il est très important de se rendre compte si la différence des résultats tient au dosage ou.au mode d’administration. Pour tous ceux d’entre vous qui connaissent mes idées, la réponse est faite d’avance : c’est à la méthode d’administration que sont dues ces divergences. Je vous ai dit bien dés fois que chaque fois qu’on soumet au lavage une vessie douloureuse on-risqné un échec. Le lavage est une arme à double effet, qui peut faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal. De fait, il met en jeu la douleur par le même procédé que le procédé physiologique, la tension et il aboutit à des aggravations. Les instillations, au contraire, ne mettent pas la tension en jeu. Ces résultats cliniques sont d’autant plus remarquables qu’ils vont-à l’encontre du raisonnement. S’il est une chose prouvée en chirurgie, c’est l’utilité du nettoyage; d’où doit naître celte idée que le lavage d’une vessie purulente ne peut être qu’avantageux et que plus on en fera, plus on assurera le succès.
» C’est là un fait démontré faux par l’expérience ; le lavage amène la tension et avec elle la douleur. Au contraire, avec les, instillations, on n’amène pas de douleur, même avec le sublimé qui est un agent douloureux par lui-même. Nous avons pu élever' les doses jusqu’à 1/850, mais nous avons surtout employé les solutions à 1/5000 et à 1/3000. Ces doses ont été rarement dépassées, sauf dans des cas exceptionnels. Avec les instillations, même avec ces doses, il n’y a pas de douleurs.
» En résumé, les lavages ne doivent être employés que lorsque la vessie est indifférente à la tension. Si l’on veut employer les lavages, il faut que le titre de la solution soit peu élevé. »
Réflexions. — On voit bien là le praticien qui ne veut rien abandonner au hasard : aussi nous ne cessons de proclamer que le professeur Guyon est un chirurgien à la fois hardi et prudent. Quant au sublimé corrosif, son emploi est fort ancien. Van Swieten en avait fait la panacée des maladies infectieuses (il n’était pas,question alors de microbes). On nous saura gré de rappeler ici quelques détails historiques relatif à ce sel.
Le sublimé corrosif est le sel mercuriel le plus anciennement connu et, date de plusieurs siècles avant l’invasion de la maladie vénérienne. On soupçonne que Rhazès et Avicenne l’ont connu, d’après quelques expressions de leurs ouvrages. On a cru reconnaître le sublimé corrosif dans les écrits de Paracelse qui datent de 1528. En 1636 Richard Wiesemann,
ensuite vers la fin du'xvu® siècle et au commencement du xvm e , plusieurs médecins, tels que Frieus, Bonnet, Zwelser, Torner, Hoffmann, Boerhaave; ont employé ce sel avec plus ou moins de succès dans la syphilis. Mais bientôt les charlatans s’emparèrent de ce médicament, et les accidents graves qui en résultèrent l’eussent bientôt expulsé de la pratique si le docteur Bibeiro Sanchez, pendant son séjour à Saint-Pétersbourg, n’eût informé Van Swieten, qui se trouvait à Leyde en 4742-1744, des succès qu’on en obtenait presque dans toute la Bussie, ce qui détermina vers 1750 ce célèbre commentateur de Boerhaave, devenu alors premier médecin de l’impératrice Marie-Thérèse, à faire des essais avec le sublimé; et en ayant tiré les plus grands avantages, l’imposa, à tous les médecins des hôpitaux civils et militaires autrichiens, comme le seul remède de la syphilis. Tous les rapports ayant été favorables, l’usage de ce sel devint général sous le nom de Liqueur de Van Siuieten. Van Swieten prescrivait, pour chaque jour, une once de sa liqueur. Le professeur Cullerier, chirurgien en chef de l’hôpital des vénériens, à Paris, en fit grand usage en liqueur ou en pilules. Le sublimé corrosif se distingue dès autres préparations mercurielles par sa grande activité. De même, lorsqu’on n’en exagère pas la dose il ne produit pas de salivation ou toute autre affection locale; aussi l’a-t-on administré dans les malades diathésiques cutanées, la lèpre, etc.
Pour en revenir aux lavages et instillations de la vessie, nous dirons qu’en suivant les préceptes du professeur Guyon il n’y a rien à craindre, cependant nous voudrions y voir joindre le traitement interne ou défervescent par la strychnine, l’aconitine et la digitaline. C’est par sa stagnation dans la vessie que l’urine devient ammoniacale, et que des ptomaïnes s’y développent. Il importe donc d’entretenir une diurèse constante par les trois alcaloïdes que nous venons de mentionner. C’est ce qui nous sauve. Experto crede Roberto.
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