CCXXXIII
THÉRAPEUTIQUE ET PHARMACOLOGIE ALLOPATHIQUE.
Beliandlung der pneumonie mit digitalis in grossen dosen, von D' Sigmund Lœwenthal.
{Cent, f.der Therap., novembre 1891.)
Les journaux de médecine, en reproduisant les articles de toutes mains, se font les plagiaires des auteurs qui ne sont pas au courant de ce qui a été dit ou fait. Ainsi le traitement de la pneumonie par l’infusion de digitale a été institué par Ilirtz, à Strasbourg, en 1865. Le modus agendi a été relaté dans plusieurs journaux et thèses et dans le Dictionnaire des sciences médicales. Le Répertoire universel de médecine dosimétrique humaine et vétérinaire n’a pas perdu une occasion de le signaler. Eli bien! voici que le docteur Lœwenthal est revenu sur ce sujet. Il a voulu faire l’essai de la méthode de traitement de la pneumonie, tant vantée par Petrescu et Fakl. Il administra, journellement 3-4 grammes de poudre de feuilles de digitale fraîche en infusion, jusqu’à l’apparition de la crise. Voici le résultat de ce traitement. La dépression et la fatigue des malades augmentent. Les phénomènes d’excitation nerveuse ne sont pas influencés. La rougeur des pommettes disparaît et fait place à la pâleur de la face, l’inappétence persiste et il survient même du vomissement. La toux et l’expectoration ne sont pas modifiées, les phénomènes inflammatoires suivent leur progression typique, la fièvre n’est que peu ou point influencée durant la durée de la maladie, mais dans la convalescence on observe de l’hypothermie allant même jusqu’à 35° centigrades. On observe en général le ralentissement et l’arythmie du pouls, jusqu’à une période avancée de la convalescence, en même temps que la diminution de la tension sanguine constatée au sphygmographe ; quelquefois cependant l’accélération du pouls coïncide avec l’arythmie et la diminution de la tension. L’accélération delà respiration persiste, malgré le ralentissement du pouls. Cette accélération tient probablement à la diminution de tension sanguine produite par la digitale. Les urines ne diffèrent pas des urines pneumoniques ordinaires et ne sont pas sensiblement augmentées. La résolution du foyer pneumonique ne se fait pas plus rapidement. L’expectoration est moips facile et l’adynamie plus prononcée. De tout ce qui précède
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
le docteur Lœwenthal conclut que les hautes doses de digitale produisent un collapsus marqué et prolongé, se caractérisant par des troubles cardiaques et circulatoires et une adynamie prononcée, et que d’ailleurs la digitale n’a pas l’action spécifique qu’on lui suppose capable d’arrêter le processus pneumonique.
Réflexions. — Nous ferons remarquer tout d’abord que la digitale dont le docteur Lœwenthal s’est servi, était la plante fraîche, probablement des jardins, car les pharmaciens ne se donnent plus la peine de faire euxmêmes la récolte de leurs herbes. Or, la digitale cultivée n’a aucune action pharmacodynamique ou du moins qu’une action fort variable. Il en est en cela comme des plantes médicinales en général, même les plus actives, tels que la belladone, l’aconit : ce n’est qu’à une époque déterminée du développement à l’état sauvage que les principes vireux se développent. Si dans les observations du docteur Lœwenthal l’emploi de la digitale à hautes doses n’a pas donné lieu à des accidents mortels, il a été suivi cependant d’une grande dépression sanguine et d’une arythmie qui dans les maladies du cœur pourraient être mortelles avec ladigitalesauvage, comme le Répertoire en a cité des exemples. Avec la digitaline, soit amorphe, soit cristallisée, l’effet est constant, surtout si on a soin d’y ajouter la strychnine et l’aconitine. Nous qui prenons presque journellement celte trinité dosimétrique nous pouvons en témoigner. L’effet diurétique est tel que souvent nous sommes obligé de nous arrêter devant la polyurie.
Tant que les médecins n’auront pas de règles thérapeutiques, ils iront à la débandade, « Hippocrate disant oui et Galien disant non », ce seront comme dit un proverbe flamand, des piqueurs d'anguilles , et les troubles qu’ils déterminent iront en augmentant.