CCLXXXIX
TRAITEMENT DE LA DIPHTÉRIE PAR L ACIDE CHLORHYDRIQUE, PAR LE D r KRASZOWSKI.
(Gazeta Lékarski.)
On sait que le docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine, emploie le suc de limon pour badigeonner la gorge et même le larynx. Il n’y q donc d^ns l’emploi de l’açide chlorhydrique rien de nouveau. Mqi^ Je traitepaent
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 331
externe ne suffit pas : il faut en mêipe temps le traitement interne, par la strychnine, la quinine (arséniate, hydro-ferro-cyanate) contre les accès paralytiques et l’asphyxie respiratoire cause de mort ; 1 ou 2 granules de chaque tous les quarts d’heure ou toutes les demi-heures jusqu’à détente complète.
CCXG
DE LA PONCTION HYPOGASTRIQUE ET DE LA CYSTOTOMIE SUS-PUBIENNE DANS LES RÉTENTIONS D’URINE, PAR LE PROFESSEUR ANTOINE POUCET, CHIRURGIEN EN CHEF DE l’hÔTEL-DIEU DE LYON.
[Mercredi médical, 1891.)
La ponction de la vessie, dit l’honorable professeur, est devenue monnaie courante dans tous les cas où la sonde ne peut passer, qu’il s’agisse d’un rétrécissement infranchissable ou d’une hypertrophie prostatique. L’opération est, en effet, sans danger, avec le perfectionnement actuel d’aspirateurs et vaut infiniment mieux qu’une fausse route possible, « ce fléau des sondages difficiles ».
Nous ajouterons que, la plupart du temps, l’obstacle n’est infranchissable que parce qu’on s’y heurte avant d’avoir dissipé le spasme du canal de l’urètre. Le Répertoire fourmillé de cas de ce genre et d’autres au contraire où l’obstacle a été franchi presque sans difficulté par l’usage combiné de la strychnine et de l’hyosciamine.
Nous rappellerons ie cas suivant qui est typique. Un malade en traitement depuis dix mois auprès d’un spécialiste en renom, vint me trouver dans mon cabinet, muni de ses bougies, dont il se servait habituellement, me disant que depuis des heures il avait échoué. Sa figure exprimait une profonde anxiété et il se tenait courbé comme un vieillard, les mains sur l’hypogastre. Dans un pareil état, je jugeai imprudent de tenter je cathétérisme forcé et je prescrivis 1 tube de strychnine et 1 tube d’hyosciamine, en disant au malade de prendre 1 granule de chaque toutes les dix minutes, de se mettre au bain durant une heure et que si alors les urines ne venaientpas de m’avertir et queje serais venu le sonder. Il se retira assez tristement, croyant qu’il avait affaire à un homœopathe. La journée se passa sans desesnouyelles.Le surleqdeniain le ipalade yiijt de nouveau dans
mon cabinet me disant d’un ton piteux qu’il avait réussi à se sonder, mais que depuis ce moment il ne savait plus retenir ses urines. Je lui fis suspendre l’hyosciamine et continuer avec la strychnine, en y ajoutant la digitaline. Les choses rentrèrent dans l’ordre comme avant, et le malade put continuer à se servir de la sonde molle de Nélaton quand il se sentait pressé.
J’ajouterai que ce sont les neuf dixièmes des cas où l’on institue le cathétérisme pour des rétrécissements dits infranchissables qui ne le sont qu’à cause du spasme de l’urètre ; car enfin les malades urinaient avant, il est vrai lentement; la miction quoique longue se parachevait. La sonde molle de Nélaton est très utile et nous dirons indispensable.
LA FORCE VITALE, DAPRÈS L’iNSTITUT BIO-PHYSIQUE DE BRUXELLES, DU DOCTEUR SOLVAY.
Voici une étude que nous, médecin vitaliste, nous ne pouvons admettre, c’est pourquoi nous la reproduisons ici avec toutes réserves.
« Peu de questions passionnent autant notre curiosité et notre désir d’apprendre que celle de la nature intime de notre être et des forces qui se développent en nous : les unes soumises à notre volonté, les autres indépendantes ou réflexes (1).
» L’intérêt est d’autant plus vif qu’il nya, pour ainsi dire, pas de limite fixée a 'priori aux investigations et* aux découvertes. L’analyse nous a dévoilé la composition des tissus, la nature des organes, leurs fonctions, leur mécanisme, elle a disséqué tous les éléments qui composent cette machine infiniment complexe qui est l’animal, mais elle s’arrête nécessairement, à un moment donné, devant l’inconnu ou l’incompréhensible obstacle toujours fuyant d’ailleurs, toujours battu en brèche par la science; et quand pourra-t-on dire qu’il est infranchissable, l’invisible ou l’incompréhensible (2)? Quoi qu’il en soit, il est certain que les phénomènes matériels de la vie animale sont soumis, au même titre que tous les phénomènes natu-
(1) On ne conçoit pas des forces à la fois indépendantes et réflexes. Le réflecteur lui-même n'est pas indépendant. Autant dire que le miroir crée l’image. D r B.
(8) Virgile a dit :
« Félix qui rerum poterit cognoseere causas...
Sommes nous plus avancés ?
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
rels, aux règles immuables de la physique, à la loi primordiale de la conservation, de l’énergie et de la matière. Dès lors on peut se demander, en se confinant dans la science positive et en réservant toute hypothèse au sujet de ce qui n’est pas absolument matériel, quel est l’agent physique, le transformateur, le moteur enfin, qui développe notre énergie interne et externe aux dépens de la combustion du carbone que nous absorbons, car ce que l’on sait à toute évidence, c’est que la force vitale est d’origine chimique ; c’est une oxydation ou combustion des tissus sans cesse renouvelés qui lui donne naissance, et que l’énergie chimique se manifeste ensuite sous forme d’énergie et de chaleur interne et de travail musculaire. Faute de mieux, on a créé jadis de toutes pièces, un agent mécanique nouveau : la force vitale qui sert uniquement à masquer l’ignorance dans laquelle on est de la façon dont se développe, se distribue et s’utilise l’énergie chimique produite (1). Depuis, plusieurs physiologistes ont émis l’idée que la force vitale serait tout simplement l’électricité, et que l’animal constituerait en somme un moteur électrique.
» Il existe — notamment à Bruxelles annexe à l’université — des instituts spéciaux consacrés à l’étude de la physiologie et de la bio-physique, dont le programme comprend tout spécialement la recherche de la mystérieuse force vitale, l’étude et l’analyse.du moteur animal.
» M. Solvay qui est le fondateur de l’Institut de Bruxelles lui a donné son nom; ses idées en matière électro-physiologique sont intéressantes; nous les résumerons en quelques mots, d’après la brochure que M. le docteur Heger a publiée naguère sur le programme de l’Institut Solvay dont il est l’un des collaborateurs.
» Tout d’abord l’homme, l’animal constitue-t-il un moteur thermique proprement dit, comparable à une machine à vapeur, à gaz, à air chaud? Évidemment non. Rien dans l’organisme ne permet de le supposer. D’ailleurs le rendement de ces moteurs reste nécessairement de par leur nature même, très peu élevé; tandis que sur 100 calories, produites par la combustion du carbone absorbé, l’animal peut à peine en transformer plus de la moitié en travail mécanique extérieur. Il en résulte que le « moteur animal » doit être un moteur électrique, c’est-à-dire que l’oxydation des tissus, produit de l’énergie électrique, à moins qu’il n’existe une autre espèce de moteur encore inconnu de la science moderne, ce qui n’est pas évidemment impossible a.priori. Mais il est un autre élément qui milite en faveur de l’électricité ; c’est la présence, dans l’organisme, de conducteurs pouvant fort bien
(1) L’énergie chimique dans les animaux est sous la dépendance de la vie et non celle-ci de celle-là. S’il en était autrement, nous pourrions créer des corps vivants au lieu de simples automates.
MIS'CELLANÉES
üi
servir de canalisation à l’électricité animale : les nerfs; ce sont eux qui transportent l’énergie électrique des générateurs aux récepteurs. Les générateurs sont de véritables pilés, lés tissus musculaires en forment l’élément oxydable, le pôle négatif, tandis que le liquide qui lés baigne, le plasma, prend le signe négatif; celui-ci est en communication avec tous les liquides dé l’organisme ; ceux-là au contraire sont le point de départ d une infinité de conducteurs, excessivement ramifiés : le système nerveux. D’après le docteur Solvay, les centres nerveux ne seraient donc pas producteurs d’énergie, mais simplement transmetteurs et conducteurs, et l’électricité produite par l’oxydation des tissus organiques, distribuerait à tous les organes et aux muscles la force motrice.
» L’une des objections les plus sérieuses qui ont été faites à cette théorie se basé sur la lenteur relative du transport de la force nerveuse ; d’après Helmholtz la vitesse dé transmission des sensations le long des nerfs, serait de 30 à 40 mètres par seconde : à peu près la vitesse d’un train rapide ; c’est donc très peu de chose quand on le compare à la vitesse du courant électrique, qui est de plus de 300,000 kilomètres par seconde. Il semblerait donc impossible d’identifier la force nerveuse à l’électricité. Pour répondre à cet argument, le docteur Solvay et ses disciples ont cherché à établir par des expériences, la discontinuité et l’hétérogénéité des nerfs ; la propagation du courant se ferait de tronçon en tronçon et de proche en proche. L’étude du système nerveux au point de vue physique est d’ailleurs chose délicate et difficile; le physicien et le physiologiste, l’in- Sénieûr et le médecin doivent combiner leurs sciences et unir leurs efforts pour arriver à un résultat. Il suffit donc pour donner une idée de la complication du système nerveux, de citer le nombre des filaments que la photographie a décelé dans les nerfs prenant racine dans la moelle épinière, on en a compté plus de 800,000. On se fait difficilement à l’idée d’une canalisation électrique aussi ramifiée.
» Maintenant quel est l’avenir réservé à l’électricité physiologique? 11 serait bien téméraire de présager quoi que ce soit à cet égard. Dans tous les cas, les recherches entreprises par l’Institut Solvay ne peuvent demeurer infructueuses; alors même quelles aboutiraient à d’autres résultats que ceux que visent leurs auteurs, elles n’en conserveraient pas moins tout leur intérêt scientifique, car c’est un fait banal de la vie de tous les jours, qu’une découverte intéressante est souvent amenée par des recherches dans un domaine différent, ou dans une voie tout opposée. Aussi bien, sans préjuger ce qu’affirmeront les découvertes physiologiques futures, la théorie électrique de la forcé vitale est bien faite pour tenter l’esprit et exercer la curiosité. Sait-on à quelles révélations inattendues on peut s’at-
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE 335
tendre dans ce domaine? Quel rapport on établira peut-être entre l’électricité animale et les phénomènes hypnotiques et tant d’autres qui semblent à peine aujourd’hui quitter leurs apparences suspectes de charlatanisme et de chantage,pour mériter l’attention des savants? Mais en pareille matière, il faut se garder de tomber dans la fantaisie, en suivant bénévolement l’imagination toujours complaisante, il ne faut jamais admettre comme vrai que ce qui a été et ce qui reste définitivement acquis à la science positive. »
Nous reprenons la question ab principio. Qu’est-ce que la force vitale, c’est-à-dire qu’est-ce que la vie?
Sans doute les corps vivants obéissent aux lois de la physique et de la chimie; ces lois sont tellement nettes qu’on peut les soumettre à l’expérimentation.
Mais le phénomène initial c’est, comme l’a dit Bichat, la sensibilité organique insensible, c’est-à-dire qui se produit à notre insu et a sous sa subordination la contractilité insensible moléculaire ou flbrillaire. C’est ce travail mystérieux qui constitue les propriétés vitales proprement dites. Qu’il y ait un fluide nerveux, comme il y a un fluide sanguin (Hippocrate admettait un mouvement fluxionnaire), c’est une manière d’expliquer comment se fait dans 1 organisme la distribution des courants qui constituent la vie, comme l’eau les fleuves. Il suffit que le médecin vitaliste le sache pour veiller sur ces courants, les inciter quand ils sont trop faibles; les modérer quand ils sont trop forts ; les purger quand ils se troublent, comme la vase 1 eau; cest là-dessus que se fonde la pharmacodynamie, c’est-à-dire l’emploi des moyens vitaux, et dont la dosimétrie a fait un heureux emploi entrevu par Hahnneman, mais retenu dans le'domaine de l’infinitésimaïité.
La dosimétrie c’est donc la régularisation des forces vitales. Quel que soit 1 agent morbigène,^elle le repousse comme une place forte bien ravitaillée. L allopathie, au contraire, c’est la soustraction des forces vitales par la diète, les saignées, les révulsifs, non que ces moyens doivent être rejetés, mais employés à bon escient, au lieu d’une manière systématique.
La dosimétrie n’admet pas les spécifiques, l’agent morbigène lui étant la plupart du temps inconnu. On parle beaucoup de microbes, mais avant qu'ils eussent été expérimentés, on connaissait l’action des préparations arsenicales, de l’iode, du mercure, du quinquina, de même qu’aujourd’hui la dosimétrie est venue nous apprendre à employer les alcaloïdes, ces prétendus poisons de la pharmacopée classique.