DES LAVEMENTS ET LA DOSIMÉT1UE
« De ses bouillons de bouche et des postérieurs n Tu prends soin. — De ma main il les trouve meilleurs. >* (Le Légataire universel.)
Autrefois les bouillons postérieurs, comme dit si spirituellement Regnard (1), étaient posés par les apothicaires, qui ne mettaient pas toujours dans leur fonction l’urbanité vouliie, à preuve cette réplique de Béràrd à M. Fleurant, dans le Malade imaginaire : « Allez, monsieur! on voit bien que vous iri’êtes pas accoutumé de parler à des visages. » Aujourd’hui, dails l’état de santé, on se rend ce service à soi-même avec l’appareil Eguisier; mais encore est-on exposé à se blesser, avec toutes ses
(1) Oh les a encore nommés bouillons pointus. p r g
DE MÉDECINE DO'SIMËTRIQUE. â47
conséquences. Puis cela dégénère en habitude, pârfcë que la plupart du temps la constipation n’est pas levée. Il y a quelques années — à la visite du docteur Demarqiiây, à l’hospice Dubois — nous constatâmes des pierres stercorales qu’il fallait briser comme des calculs vésicaux. Inutile de dire que c’étaient des gens qui avaient abusé de lavements. Aujourd’hui l’usage journalier du sel de magnésie permet des évacuations complètes, et on est moins sujet aux troubles gastriques oü cérébraux. Aussi, malgré les réclames pompeuses, on fait moins usage de « pilules de santé». Restent les lavements médicamenteux, qui ne sont pas sans danger, à cause de leur absorption rapide par les veines hémorroïdales. Nous citerons le cas suivant : A la suite d’une amputation de la cuisse sur un individu très nerveux, offrant une constipation opiniâtré, nous avions ordonné un lavement de feuilles de belladone. Ces feuilles étant peu demandées, le pharmacien se servit de vieilles feuilles prises dans üii tiroir, au fond de son officine. L’ordonnance portait une poignée, maniculum. Eh bien ! le lavement était à peine posé, que l’opéré fut pris de délire : vociférant, le regard furieux, l’écume à la bouche, et branlant son moignon dont il avait arraché le pansement. On comprend quel trouble cela jeta parmi les assistants; et ce lie fut qu’à grand renfort de café noir aiguisé de cognac que je parvins à m’en rendre maître. Dans les hernies étranglées, on a constaté des cas de mort à la suite de lavements de feuilles de tabac. Chez les enfants, les lavements opiacés peuvent également être mortels. C’est quon ne se rend pas toujours compte de la natüre de la constipation ; elle peut être matérielle et donner lieu à des erreurs de diagnostic. Nous citerons le fait suivant : Nous fumes appelé en consultation pour dé soidisant tumeurs du ventre. Le confrère nous dit què tous les évacuants avaient été sans effet. — Comme il n’y avait pas de ballonnement, on pouvait constater l’existence de tumeurs dures le long du côlon ascendant. Soupçonnant l’incarcération de matières fécales durcies, nous ordonnâmes de l’huile de ricin pour les ramollir, et après un granule d’hyoseiamine, de quart d'heure en quart d’heure. Comme l’effet tardait, nous fîmes ajouter à l’hyosciamine le sulfate dé strychnine, également et conjointement, un granule tous les quarts d’heure ; l’effet ne tarda pas cette fois et avec lui les tumeurs avaient disparu. Que de fois les lavements évacuants se buttent à des obstacles soit nerveux, soit matériels, qui peuvent déterminer la rupture de l’intestin et la mort. Dans le miserere, dans la colique des peintres, ces cas peuvent se produire à tous moments; aussi faut-il être prudent avec les purgatifs et les lavements, dans ces cas. Nos anciens, qui étaient suggestifs, associaient les drastiques et l’opium et jusqu’à des queues de vipère, comme dans la fameuse Thériaque d’Andromaque. La
strychnine et l’hyosciamine remplissent mieux le but en dissipant le spasme de l’intestin et en provoquant sa contraction péristaltique.
On sait que Georges Sand a été victime d’un étranglement interne que son médecin avait tenté vainement* de lever par des purgatifs et des lavements. S’il avait eu recours à la strychnine et à l’hyosciamine, la France aurait peut-être encore ce Génie littéraire. Cela fait voir combien les médecins qui se refusent à expérimenter la dosimétrie sont coupables. II y a des erreurs ou préjugés qui se continuent en médecine comme en politique, et qui s’opposent à tout progrès. Ainsi Thiers, qui était cependant un esprit très ouvert, ne voulait pas entendre parler de chemins de fer, Comme l’École de dosimétrie : et cependant chemins de fer et dosimétrie appartiennent désormais au présent et à l’avenir.
C’est surtout en chirurgie que la méthode nouvelle importe, pour prévenir la fièvre. Ainsi feu le professeur Chassaignac instituait avant ses opérations ce qu’il nommait « l’entraînement chirurgical », au moyen de l’alcoolature d’aconit, médicament dangereux parce qu’on ne sait ni ce qu’on donne, ni combien on donne. Aussi a-t-on signalé des, cas mortels. La dosimétrie sert encore à éclairer le diagnostic, comme dans le cas cité plus haut. Le médecin traitant ne se serait pas trompé grossièrement s’il avait connu la dosimétrie,'c’est-à-dire l’emploi des médicaments antagonistes. Gubler était dans le faux quand dans se's Commentaires il prêchait l’emploi des moyens congénères. Supposons une rétention d’urine : est-ce un spasme ou une paralysie? Le plus souvent ce sont les deux à la fois. Nous en avons cité de nombreux exemples dans le Répertoire, ce journal que l’École redoute comme le miroir d’Armide, parce quelle craint de s’y reconnaître. Nous disons que, le plus souvent, il y a spasme et paralysie, l’un n’allant pas sans l’autre, à moins d’une extinction complète de la sensibilité et de la contractilité. Or, en même temps qu’on dissipe le spasme du col de la vessie par l’hyosciamine, il faut provoquer la contraction du corps par la strychnine. Au reste, c’est ce qui a lieu normalement dans le travail de l’accouchement. Un professeur libre d’obstétrique, et par là même libre de préjugés et un des initiateurs de la dosimétrie, le docteur Hamon de Fresnay, a appliqué le mot heureux « ocytocie » à l’emploi de la strychnine e.t de l’hyosciamine pour accélérer l’accouchement. Or, combien de fois la femme en couches n’est-elle pas victime de manœuvres prématurées? De même dans la rétention d’urine, le cathétérisme forcé et dans la hernie étranglée le taxis prolongé. Nous rappellerons ici le fait suivant : Dans notre clinique à l’hôpital civil de Gand, on nous amena, un jour, un individu déjà âgé (entre 60 et 70) atteint de hernie inguinale engouée. Le taxis prolongé avait été institué, en ville, au point que la tumeur
menaçait de gangrène. La hernie, était ancienne et l’anneau externe large. Soupçonnant un spasme de l’anneau supérieur, nous fîmes donner des granules d’hyosciamine : un toutes les dix minutes, et au bout de trois quarts d’heure, la réduction de l’intestin à laquelle on avait travaillé pendant trois jours, s’opérait d’elle-même. Qu’on ne dise donc pas que la dosimétrie est à prendre ou à laisser, puisqu’il s’agit de la vie du malade. Encore s’il y avait une autre méthode, même moins expéditive, mais qu’on se garde d’expédier les malades.
Et maintenant une dernière remarque, qui est radicale. Faute d’arguments sérieux, on a voulu présenter la dosimétrie comme une panacée, c’est-à-dire du charlatanisme, et on a voulu ainsi la mettre en contradiction, puisqu’elle ne guérit pas tout. Nous mettons nos adeptes en garde contre ce piège. La dosimétrie n’est pas une panacée applicable à toutes les maladies : son rôle est plutôt d’arrêter les maladies dans leur période dynamique, afin de n’avoir pas à les combattre dans leur période organique. C’est la nature seule qui guérit; mais il faut lui en donner le temps; ou plutôt employer les moyens quelle nous donne, sans cela la médecine n’existerait pas. Où en serions-nous sans la quinine? Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les alcaloïdes en général.
Nous voici bien loin des lavements : ne les répudions pas, comme au reste les autres moyéns allopathiques, mais n’en faisons pas le pavé de l’ours.
VOMISSEMENTS INCOERCIBLES DE LA GROSSESSE, PAR LE DOCTEUR ARMAND ROUTH.
On sait que ces vomissements sont d’ordre réflexe et surviennent généralement dans la deuxième période de la grossesse, quand le foetus a déjà pris un certain volume : du troisième au sixième mois. Ils sont parfois tellement violents qu’ils menacent à la fois la vie de la mère et de son fruit. Dans une séance de l’Académie royale de médecine de Belgique, l’accouchement prématuré sinon l’avortement a été.posé en principe.
Depuis, la dosimétrie a fait songer qu’avec l’iodoforme, la strychnine, l’hyosciamine, le moyen extrême qui peut être fatal aux petits êtres sera évité. C’est dans ce même sens que le docteur Armand Routh emploie des embrocations sur le col utérin, d’iode, d’iodure de potassium à parties égales. [Répertoire universel d'obstétrique et de gynécologie.) D r B.
EMPLOI DU NAPHTOL ET DU SALOL CAMPHRÉS DANS LA DIPHTÉRIE, PAR LE DOCTEUR TROUSSART (DE PARIS),
Parce qu’un médecin a trouvé un remède utile contre certaines maladies, .ce n’est pas une raison d’en faire une panacée et d’en rester là. Ainsi des badigeonnages de la gorge préconisés par le docteur Fontaine (de Bar-sur- Seine). D’autres topiques sont également utiles, entre autres le tannin qui a l’avantage de se répandre dnns toutes les premières voie& par la pulvérisation.
Le naphtol et le salol camphrés sont dans le même cas et doivent être employés de préférence aux acides phénique et salique, comme n’occasionjiant pas de douleur et étant en même temps aseptiques. On les prépare en chauffant lentement le naphtol ou le salol dans une capsule avec parties égales de camphre en poudre.