IV IL
LA VIE AU FOND DES MERS, PAR LE PROFESSEUR REGNARb.
« L’eau est vivante », disait Michelet : cela n’a jamais été nié pour les couches superficielles de la mer, jusqu’où peuvent pénétrer les rayons du soleil et l’action de l’atmosphère. Mais en dessous, dans les abîmes profonds, la science biologique disait qu’il ne peut plus y avoir de vie animale là Où les conditions de cette vie manquent. La pression atmosphérique devant nécessairement écraser tout être vivant. D’ailleurs la lumière absorbée par des épaisseurs de plusieurs kilomètres ne devant plus y faire parvenir un seul rayon, l’obscurité la plus complète et un froid constant devaient régner dans ces déserts sous-marins. Cependant des pêcheurs de Selobal, au sud du Portugal, étrangers à la science, pèchent de grands poissons dans des profondeurs où les zoologistes prétendaient qu’il ne pouvait en exister. En 1818, un amiral anglais qui pratiquait des sondages à grandes profondeurs, retira des sortes de méduses dont lés tentacules avaient enlacé la sonde. Il fit part de ce fait aux savants : cela ne les embarrassa point, et ils prétendirent que ces méduses provenaient de couches habitables de la mer et s’étaient accroché à la tige de la sonde dans le passage. Quant 'aux corps d’animaux morts trouvés souvent au fond des mers, ils l’ex-
pliquént par la même fin de non-recevoir, c’est-à-dire qu’ils provenaient des couches superficielles.
En 1865, un incident singulier força les mêmes savants à sortir de leurs opinions préconçues. Le câble reliant l’Algérie à la France s étant rompu, on avait envoyé un navire spécial draguer le fond de la Méditerranée pour ressaisir les bouts et les rattacher. L’opération ayant réussi, on remarqua avec étonnement que ces bouts qui'avaient séjourné au fond de la mer, pendant des années, à plusieurs milliers de mètres étaient couverts d’êtres vivants qui s’y étaient fixés fortement comme sur un rocher. M. Milne-Edwards à qui ces bouts furent soumis reconnut que ces animaux ne provenaient pas des couches superficielles de la mer, celles-ci n’en présentant pas les équivalents. Le doute n était donc plus possible, seulement il fallait multiplier les expériences. Les Anglais s’y appliquèrent tout d’abord,par des navires spécialement affectés à ce genre de recherches, et*furent suivis par les Français. Ce sont les résultats de ces explorations que le professeur Regnard nous a fait .connaître. Toutefois c’est à un savant norwégien, Michaël Sars, qu’appartiennent les recherches faites au moins dix ans avant. Par suite des grandes profondeurs des golfes ou fjords, il y avait plus de facilités pour draguer au moyen de simples barques de pêcheurs et par conséquent d’éviter les dépenses que la maigreur des budgets universitaires ne comportait pas. Après avoir exposé les difficultés de ces recherches sous-marines et fait connaître les engins y affectés, M. Regnard a étudié un certain nombre de types des habitants des grandes profondeurs et spécialement 1 une des conditions physiques qui agissent sur eux, c’est-à-dire la pression des couches qui les surmonte, pression qui atteint 400 et même 600 atmosphères, c’est-à-dire vingt fois la pression des machines à vapeur. Il a fait à ce sujet un grand nombre d’expériences, dont il a exposé les résultats, à partir des êtres inférieurs, ou les ferments.
Quand on soumet à une pression de plusieurs centaines d’atmosphères les liquides contenant les ferments les plus énergiques, ceux-ci perdent toute leur activité; ils s’endorment pour ainsi dire, mais sans mourir, puisqu’ils se réveillent lorsque la pression a cessé. Ainsi la fermentation putride, ou ce qu’on appelle vulgairement la « pourriture »,est impossible sans des pressions considérables. Les cadavres d’animaux qui tombent au fond des abîmes sous-marins ne peuvent donc s’y corrompre, et fournissent toujours une nourriture en bon état aux animaux vivants qui hantent ces profondeurs.
La fermentation qui décompose le sucre et produit l’alcool en dégageant de l’acide carbonique, est arrêtée de la même manière. Sur des animaux
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
plus élevés dans l’échelle, les effets de la pression ne sont pas moins curieux; les crevettes, par exemple, manifestent leur inquiétude dès que la pression atteint 100 atmosphères; puis, quand cette pression augmente, ces petites bêtes sont animées de mouvements irréguliers, et à la pression de 400 atmosphères tombent à travers de l’eau, comme les pluies d’étoiles d’un feu d’artifice. Mais ce n’est qu’un simple engourdissement, car lorsque la pression diminue les crevettes se réveillent, et reviennent à la surface quand la pression cesse. La grenouille présente des phénomènes analogues; c’est elle qui sert aux physiologistes pour leurs expériences à cause de leur ténacité pour la vie. M. Regnard explique ces phénomènes par l’imbibition des tissus animaux sous l’influence de ces pressions exorbitantes. Quoi qu’il en soit, il est certain que les animaux des couches superficielles des eaux profondes ne peuvent y vivre, et qu’il y a ainsi dans l’Océan deux faunes superposées : une faune des grandes profondeurs et une faune archaïque, représentant d’ordinaire un état plus ou moins ancien do la vie animale, qui a persisté dans les abîmes sous-marins, à l’abri des luttes pour l’existence, comme les peuples indigènes des montagnes ou des îles.éloignées de toute civilisation.
La conclusion que nous, médecins, nous pouvons tirer de ces faits de . longévité, c’est que nous désespérons trop tôt de la vie de nos malades, et qu’il faut soutenir les forces vitales au lieu de les affaiblir, comme font les allopathes.
DK LANTISEPSIE INTESTINALE.
On connaît les idées de M. le professeur Bouchard, qui considère l’intestin comme un évier (pour ne pas dire une fosse, d’aisance) où se précipitent les substances fermentescibles et se tuent les micro-organismes. Il insiste donc sur l’emploi du naphtol comme n’ayant pas des inconvénients des autres antiseptiques, tels que la naphtaline, le salicylate de bismuth. Nous pensons qu’il est préférable de procéder chaque jour au lavage de l’intestin par le sulfate neutre de magnésie (sedlitz ou poudre rafraîchissante dont nous avons introduit l’usage hygiénique), tant dans l’état de santé que dans l’état pathologique. Tenir son intérieur propre est la première condition de santé.