LA LONGÉVITÉ DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE
On peut citer le Nouveau-Monde comme modèle à l’Ancien. Tandis que dans ce dernier le struggle forlife bat son plein, dans le premier tout se règle, moins par la loi, que par le bon sens. La modération du fisc sur les aliments et les boissons fait qu’on a moins intérêt à les falsifier et à donner la préférence aux denrées insalubres sur les denrées salubres. Le régime alimentaire dans le New-England (1) consiste : en porc, beef, poisson, légumes au naturel ou simplement bouillis, des pâtisseries, pâtes azymes et gâteaux (cakes). Les deux tiers de la population boivent du thé et du café, et l’autre tiers du thé seulement. La grande minorité fait usage de spiritueux, et généralement les hommes fument ou mâchent du tabac. Plus du tiers des hommes et presque la même proportion des femmes n’ont jamais été malades depuis leur enfance. Nous ferons observer que la profession de médecin y est libre. Plus du quart des enfants, des hommes d’âge sont encore envie. Quatre-vingt-quinze pour cent de la population sont mariés ou l’ont été. Le nombre des femmes excède faiblement celui des hommes. Les mariages sont généralement féconds ; la moyenne des enfants est de cinq; et il n’est pas rare de la voir dépasser le chiffre de douze. La règle générale est de se coucher tôt et de se lever de bonne heure. Les heures des repas sont très régulières, et on dîne généralement à midi. Sur 1,000 habitants âgés de quatre-vingts ans et plus, on compte 461 fermiers, 92 charpentiers, 61 mariniers, 49 laboureurs, 42 cordonniers, 41 manufacturiers, 23 ecclésiastiques, 12 médecins, 12 avocats, 23 maçons ou tailleurs de pierre, 16 taillandiers ( bleacksiniths ), 16 banquiers. Huit cents femmes sur douze cents, étaient femmes de fermiers. On voit par là que dans ces pays on compte peu de déclassés, qui sont la lèpre de notre vieille Europe. Le travail y est honoré et 1 esprit de caste peu répandu. M. Hammond, d’après des fiches d’enquête (8,500), note ce fait : que le vieux peuple comptait beaucoup plus d’employées que d’employés, et tirait de là cette conclusion : qu’une certaine somme de responsabilité tend
(1) Le New-England comprenait au moment de la déclaration de l'Indépendance les six États anglais formant la partie N.-E. des États-Unis actuels : Maine, New-Hampshire, Massachusetts, Yermontj Rhode-Island et Connecticut.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
à la prolongation de la vie. 11 faut également admettre que le tempérament nervoso-sanguin est un facteur puissant de longévité. Mais 1 inaction est comme la rouille : elle use plus que l’action. (The Med. Record, de New- York.)
Faut-il pour cela passer au New-England, afin de vivre longtemps? Mais tout le monde ne peut aller à Corinthe, et ce serait erreur que d’y transporter des habitudes d’oisiveté et d’intempérance. 11 suffit d’éviter l’une et l’autre pour vivre longtemps n’importe où le sort nous a placé. Seulement il y a des moyens auxiliaires qu’il ne faut pas négliger. Ces moyens nous nous les appliquons à nous-même, et ils sont suffisamment connus pour avoir à les rappeler ici. Ce n’est pas que l’âge ne se fasse sentir chez nous, mais nous y parons par notre activité intellectuelle à défaut deTactivité physique. Lincoln sciait des planches, Gladstone abattait des arbres, mais ni l’un ni l’autre n’auraient pu continuer longtemps cette gymnastique. C’est la profession continuée au delà des forces naturelles qui tue. Nous avons eu le bonheur de secouer le bât médical avant que celui-ci nous eût mis sous terre; mais nous conservons nos habitudes de travail intellectuel qui nous sauvent en nous préservant des excès matériels. Ce sont ceux-ci qui usent le fourreau et non la lame.