‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 191 sur 246 · SUR LA VACCINATION PRÉVENTIVE DU CHOLÉRA ASIATIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA VACCINATION PRÉVENTIVE DU CHOLÉRA ASIATIQUE

(Note de M. N. Gamaleïa, lue à l’Académie par M. Pasteur) (1).

En attendant que l’expérience se reproduire cette note :

soit prononcée, nous croyons devoir « Odessa, 12 août 1888.

Le travail suivant n’est qu’une simple et fidèle application de la méthode expérimentale qui a été créée au laboratoire de M. Pasteur et qui a déjà donné de si beaux résultats pour le choléra des poules, le charbon, le rouget des porcs et la rage.

» L’auteur n’a pas besoin de rappeler quel obstacle cruel s’est opposé,

(1) La note du jeune physiologiste russe est reproduite ici telle qu’elle a été écrite en français, jov)t eptiè|’e de «a jpajn, (Note de M, Paetepr.j

il y a cinq ans, à l’application de cette méthode au choléra asiatique. Cet obstacle a forcé M. Pasteur de laisser cette maladie pour les recherches de ses futurs élèves.

» Or, l’auteur, comme nous l’avons dit, n’a fait qu’appliquer au choléra deux grands principes de la « méthode expérimentale » : celui de la virulence progressive et celui des vaccins chimiques.

» Il est connu que les. cultures ordinaires du vibrion cholérique n’ont qu’une virulence minime, à ce point que M. Koch, qui les a découvertes, a cru, après de nombreux échecs, que le choléra n’était pas inoculable aux animaux. De l’autre côté, les élèves de M. Pasteur, lors de la mission française en Ëgyple, n’ont qu’une fois réussi à donner le choléra à une seule poule.

» Or, il est facile de douer le vibrion cholérique d’une virulence exlreme : il ne faut pouf cela que le porter sur un pigeon après un passage par le cobaye. Il tue alors les pigeons en leur produisant un choléra sec (avec l’exfoliation de l’épithélium intestinal). Ce qui est plus important encore, le microbe apparaît aussi dans le sang des pigeons qui ont succombé. Après quelques passages, ce microbe acquiert une telle virulence que le sang des pigeons de passage, en dose d’une ou deux gouttes, tue tous les pigeons frais dans l’espace de huit à douze heures.

» Ce virus tue aussi, avec des doses encore plus petites, les cobayes.

» Il est important de noter que tous les animaux de ces deux espèces, sans exception, succombent à l’infection virulente.

» Avec ce virus absolument mortel, nous avons pu constater l’existence d’une immunité cholérique. Ainsi, nous avons-inoculé un pigeon deux fois avec une culture ordinaire (non virulente) du choléra : la première fois, dans les muscles pectoraux; la deuxième, dans la cavité abdominale. Ce pigeon est devenu réfractaire à l’infection réitérée parle virus le plus virulent, lesang des pigeons de passage. Le fait de l’immunité a été ainsi acquis.

» Maintenant, si l’on cultive ce virus de passage dans un bouillon nutritif et si l’on chauffe ensuite cette culture à 120° pendant vingt minutes, pour tuer sûrement tous les microbes quelle conlien-t, on constate alors que le chauffage a laissé subsister une substance très active dans la culture stérilisée. Cette culture, en effet, contient une substance toxique'qui détermine des phénomènes caractéristiques chez les animaux d’expérience.

» Inoculé en quantité de 4 c. c. à un cobaye, le bouillon stérilisé produit un abaissement progressif de la température et la mort en vingt à vingt-quatre heures (à l’autopsie, on trouve une hypérémie prononcée de l’estomac et des intestins, et, comme de raison, une absence complète des microbes cholériques),

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

» Les pigeons succombent aussi avec les mêmes phénomènes morbides. Seulement, ils sont plus résistants vis-à-vis de ce poison, et leur mort n’arrive qu’à la suite d’une dose de 12 c. c., injectés à la fois.

» Si, au contraire, on leur introduit cette même quantité de 12 c. c., mais en trois, quatre ou cinq jours (en injectant, par exemple, 8 c. c. le premier jour et 4 c. c. le surlendemain, on ne les tue plus.

» Sur ces pigeons, on constate, en outre, un phénomène de la plus haute importance : ils sont devenus réfractaires au choléra.

» Le virus le plus virulent, le sang d’un pigeon de passage, inoculé même en quantité de 0 c. c., 5, n’est plus capable de les tuer.

» La vaccination des cobayes réussit encore plus facilement : en introduisant le bouillon*toxique et vaccinal par la quantité de 2 p. c., on les vaccine en deux ou trois séances (en tout 4 c. c. à 6 c. c.). Ainsi, nous sommes en possession d’une méthode de vaccination préventive du choléra.

» De plus, cette méthode est fondée, comme on l’a vu, sur l’emploi des vaccins stériles. Et elle possède tous les avantages de la vaccination chimique : la sûreté et la sécurité, puisque le vaccin chimique peut être mesuré d’une manière tout à fait rigoureuse et introduit par des doses assez petites pour être entièrement inoffensif, tandis que la somme de celle-ci peut donner la quantité voulue, nécessaire pour une immunité complète. Ainsi, dans nos expériences, l’immunité est conférée sans danger et sans exceptions. Nous espérons, par conséquent, que cette méthode pourrait être appliquée à la vaccination humaine pour préserver les poputions du choléra asiatique. »

M. Pasteur, après la lecture de cette communication, s’exprime en ces termes :

Dans une lettre particulière que j’ai reçue en même temps que la note qui précède, le D r Gamaleïa s’exprime ainsi :

« Je vous autorise à déclarer que je suis prêt à répéter toutes mes expériences dans votre laboratoire, à Paris, en présence d’une Commission de l’Académie des Sciences. Je m’offre également à trouver sur moi-même la dose inoffensive et suffisante pour la vaccination humaine, comme aussi d’entreprendre un voyage dans les pays ravagés par le choléra pour prouver l’efficacité de la méthode.

Si vous jugez nécessaires quelques autres détails, je puis vous les donner dans une note complémentaire, où je pourrais vous parler de la durée de l’immunité, du mode d’infection, etc. »

J’ai l’honneur de prier M. le Président de l’Académie de vouloir bien renvoyer la note de M. Gamaleïa à la Commission du grand prix Bréant sur le choléra.

MISCEL'LANÉES

En ce qui me concerne, il est inutile de dire que j’accepte avec empressement que les expériences de M. Gamaleïa soient faites dans mon laboratoire, conformément au désir qu’il m’en exprime. M. Gamaleïa a déjà travaillé, à plusieurs reprises, au milieu de nous ; notamment dans l’année 1886, lorsqu’il fut envoyé à Paris par la municipalité d’Odessa, à la demande de la savante Compagnie des médecins russes de cette ville, afin d’étudier la pratique des inoculationspréventives de la rage, méthode dont il nous fait connaître aujourd’hui une extension et une application remarquable à la vaccination préventive du choléra asiatique. Mais, comme il le dit, avec toute la modestie d’un grand inventeur, il a joint aux méthodes de mon laboratoire les inspirations des pages publiées par moi sur le vaccin chimique de la rage dans le premier numéro des Annales de M. Duclaux, et des belles et décisives expériences du D 1 Roux sur le vaccin chimique de la septicémie, dans le numéro de décembre dernier de ces mêmes Annales.

Depuis les travaux que je rappelle, les découvertes grandissent et s’accumulent en ce qui touche les vaccins chimiques. On ne saurait douter que nous en posséderons bientôt beaucoup d’autres. Celui de la rage, par exemple, ne peut tarder à être connu et utilisé. Voici l’une des dernières expériences que j’ai faites avec l’assistance d’un de nos jeunes aides de laboratoire, Eugène Viala, qui a acquis dans l’art des trépanations une habileté particulière :

Le 16 novembre 4887, 15 centimètres en longueur de la moelle d’un lapin de cent soixante et onzième passage, mort rabique, ont été délayés dans 30 c. c. de bouillon stérile, après qu’on eut porté le cylindre de moelle pendant quarante-huit heures à la température de 35 degrés. Deux lapins trépanés et inoculés par cefte moelle diluée n’ont pas pris la rage, ce qui constitue la plus grande probabilité, sinon la certitude, que la moelle, par le chauffage au contact de l’air pur et sec, avait perdu sa virulence dans toute sa longueur.

Cependant les deux chiens traités avaient été rendus réfractaires à la rage; car, inoculés par trépanation, le 23 mai d888, avec la moelle bulbaire d’un chien mort de rage furieuse, ces deux chiens ont résisté et sont encore bien portants. La moelle chauffée rendue non virulente était donc vaccinale par un vaccin chimique. (Applaudissements.)

M. le Président. — Je remercie, au nom de l’Académie, M. Pasteur de son importante communication. Il appartenait à notre éminent collègue d’annoncer au monde savant cette découverte, qui constitue une nouvelle et brillante application de sa méthode si féconde des vaccinations préventives, découverte qui, quoique incomplète, illustrera le nom déjà célèbre dq M. Gamaleïa. ( Applaudisseirients .)

LA SALPINGITE.

On parle de courses au clocher, mais la course aux ovaires est bien autrement intense. Si cela continue, ce sera une castration générale et la population deviendra ce quelle pourra. Presque à chaque séance des sociétés de chirurgie,c’est à qui fera connaître le nombre d’ovaires extirpés; mais du traitement dosimétrique qui aurait pu prévenir ces graves mutilations, il n’est pas question. Que les exérèses intra-abdominales soient aujourd’hui moins dangereuses qu’autrefois, grâce au mode opératoire, — nous ne le contestons pas, — mais pourquoi en faire une règle générale? Un aveu à consigner, c’est celui de M. le professeur Trélat à la Société de chirurgie dans sa séance du 26 décembre dernier (1888).

« Dans la salpingite, les points principaux sont : la longueur de la maladie, les poussées fébriles, la gravité de l’état général. Or, le traitement de la métrite,chez une de mes malades, a fait disparaître — momentanément du moins — deux gros foyers de salpingite. »

Pourquoi alors ne pas tenter le traitement dosimétrique bien plus sûr que le traitement allopathique? Mais ce ne serait plus de l’École et « Périsse l’humanité plutôt que le principe » !

DE LA NÉCESSITÉ ET DE LOHGANISATION DUNE ACTION INTERNATIONALE CONTRE LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES ET DES BOISSONS, PAR LE DOCTEUR TH. BELVAL.

On connaît la gigantesque publication de Baudrimont et Chevalier. Maintenant que ces deux bénédictins de la science chimico-médicale sont morts, les empoisonneurs de la santé publique se donnent carrière au point de rendre nécessaire l’espèce de croisade dont le docteur Belval s est fuit le Pierre l’Ermite, Mai§ jl aurait du comprendre daqs lq coali?

tion les falsifications des médicaments et surtout la vente des remèdes secrets. Quand nous avons créé la maison Chanteaud pour la fabrication de nos médicaments dosimétriques, au risque de nous attirer le reproche de mercantilisme, c’est que nous étions convaincu qu’il y allait de la viabilité de la grande réforme thérapeutique que nous entreprenions. En effet, il eût suffit de quelques échecs ou accidents pour attirer sur elle les foudres officielles. Ce n’est pas qu’on ne les ait provoquées par des délations anonymes, mais les enquêtes instituées contre nos médicaments n’ont fait que mettre au grand jour leur pureté et la précision de leur dosage. C est à ce ■ point que feu le regrettable Baudrimont donnait souvent nos granules à ses élèves comme sujets de leurs analyses tant qualitatives que quantitatives; et toujours elles ont été trouvées exactes d’après leurs indications. On ne pourrait en dire autant des remèdes secrets que les académies et certains médecins ont le tort de prendre sous leur patronage.

L auteur a fait 1 historique de la question et a suivi les discussions qui ont eu heu à ce sujet devant les Congrès de Bruxelles (1875 et 1885), d’Amsterdam (1879), de Genève (1882), de La Haye (1884) et de Vienne’(Autriche) 1887. Ce qui fait voir que les congrès se succèdent et se ressemblent, c’est-à-dire qu’ils sont également improductifs. L’auteur propose l’installation de laboratoires provinciaux et de charger les commissions médicales de donner des instructions à l’effet d’indiquer la marche à suivre dans la poursuite des falsifications alimentaires. Ces laboratoires et les instructions existent, mais n’ont pas donné les résultats qu’on en attendait. On s’est retranché derrière la liberté du commerce, et d’ailleurs les difficultés d’exécution sont telles qu’on recule devant les ennuis et la perte de temps quelles occasionnent. Ajoutons que les pénalités sont illusoires et encouragent les falsificateurs plutôt que les effrayer. « La fin légitime les moyens », c’est-à-dire le lucre. Où est le remède? Nous n’en voyons d’autre que d éclairer le public pour qu’il puisse se tenir en garde contre ces fraudes. Nous pensons qu’une action internationale ne ferait que reproduire 1 impuissance des congrès; ou plutôt ce serait un rouage bureaucratique de plus.

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