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LA STRYCHNINE DEVANT LA CODR DASSISES DU BRABANT (BRUXELLES

Il s’agit d’une tentative d’empoisonnement par le mari sur sa femme avec laquelle ij vivait dans (Je mauvais rapports. Le pharmacien est venu dé-

clarer que la dose délivrée sans prescription de médecin, n’était pas suffisante pour tuer la femme. Sur ce dire étrange, le jury a apporté un verdict de non-lieu. Nous n’examinerons pas - cet acquittement extraordinaire. Notre intention est seulement de faire voir que la vente des substances réputées poisons, ne présente nulle garantie au public, puisque deux fioles ontété produites à la séance par le chimiste-expert, l’une contenant 25 centigrammes de sulfate de strychnine cristallisé, l’autre, 25 centigrammes dë la même substance en poudre, recueillie dans le potage que la femme n’avait pas pris à cause de la forte amertume qu’elle a ressenti à la première cuillerée, qui fut rejetée. Sur quoi donc reposait la déclaration du pharmacien pris en faute?

Ayant fait de la strychnine le cheval de bataille du médecin, nous allons passer brièvement en revue les expériences qui ont été faites pour déterminer les quantités auxquelles on peut l’administrer sans crainte d’empoisonnement.

Ce sont, comme on sait, les expériences de Magendieet Delille, Fouquier et Andral, qui ont éclairé l’histoire physiologique et m'édicale de la strychnine. Deux à trois centigrammes suffisent pour tuer un chien de forte taille, dans des accès de tétanos qui en se prolongeant finissent par amener l’asphyxie. Quand la dose est plus forte l’animal périt dans les convulsions, et quand on le touche du doigt on éprouve des secousses comme dans la décharge d’un machine électrique. Cet effet se produit à chaque contact nouveau jusqu’à ce qu’il y ait mort réelle. La décollation n’empêche point ces effets électriques. C’est ce caractère qui distingue l’action des strychnées, à laquelle nous avons donné le nom d’ct^électricité végétale ».

Voici maintenant les expériences qui ont été faites sur l’homme.

La strychnine et ses sels sont rapidement résorbés par le tissu souscutané et les différentes muqueuses. L’absorption se fait le plus rapidement par la voie hypodermique, puis dans le rectum, l’estomac et les autres muqueuses. Schüler (cité par Hüsemann) a vu se produire des symptômes toxiques après l’introduction de 30 milligrammes de strychnine dans le canal lacrymal. La muqueuse de la vessie paraît ne la résorber qu’iricomplètement. D’après Robert cependant (cité par Hüsemann) 100 milligrammes introduits dans la vessie d’un homme, auraient donné lieu à l’intoxication. Plugge est d’avis que l’élimination lente du poison, même à doses légères, détermine à la longue une accumulation suffisante pour donner lieu à des phénomènes d’intoxication. Nous objecterons que cela dépend du mode de préparation. Ainsi les pilules du Codex français, composées de : strychnine pure : 1 déeigramme, conserve de cynoglosse 2 grammes pour 24 pilules, à prendre 1 oii2 par jour, ces pilules, di§ons-nous, étant insblublcs.

finissent par s’accumuler et ainsi donnent lieu à des phénomènes d’intoxication. Avec les granules dosimétriques de strychnine pure ou ses sels (sulfafe ou arséniate), on n’a rien à craindre, parce que la substance toxique est promptement éliminée avec les urines.

On a constaté la présence de la strychnine dans les urines d’un chien auquel on avait administré 30 milligrammes de cet alcaloïde, après neuf minutes déjà (Adam). Kralter (1882) trouva, une demi-heure après l’administration sous-cutanée de 75 milligrammes de nitrate de strychnine, des traces de l’alcaloïde dans l’urine d’un malade. L’élimination complète eut lieu dans les vingt-quatre heures, après une seule dose. On comprend ainsi comment, depuis plus de dix ans, c’est-à-dire depuis l’époque où l’âge a commencé à se faire sentir, nous pouvons prendre quatre granules dosimétriques de strychnine et autant d’aconitine et de digitaline, le soir, au coucher, pour équilibrer notre budget physiologique. Dans les commencements, 2 à 3 granules de strychnine suffisaient pour nous occasionner un léger trismus et opisthotonos, qui nous donnaient une certaine raideur dans la voix et notre démarche, au point d’être remarqué. Mais aujourd’hui tout se réduit à une grande fermeté des muscles, qui nous permet des exercices prolongés, et un grand calme de la circulation qui atténue la vivacité de caractère qu’on nous a reprochée. Si nous n’avions ces toniques que deviendrait-il de nous en présence des mille contrariétés que nos adversaires nous suscitent? Ainsi pour entretenir le ton des organes, 3 à 4 granules de strychnine, d’aconitine et de digitaline suffisent. Dans l’état pathologique, au contraire, il faut aller jusqu’à effet utile, et non se laisser effrayer par le mot «poison », comme font certains médecins trop disposés à médire de la dosimétrie. Avant cette dernière, on employait la strychnine comme un emplâtre sur une jambe de bois, c’est-à-dire dans les paralysies confirmées. Les expériences de Cl. Bernard ont fait voir que dans l’inflammation et les pyrexies, les nerfs vaso-moteurs ont cessé de fonctionner et qu’ainsi le sang n’étant plus vivifié prend des caractères veineux auxquels est due la surélévation d’un calorique morbide (39-40°, 41°) ainsi que Magnus l’a fait voir.

Nous donnons ici les effets de la strychnine sur les fonctions en particulier (à en juger sur nous-même).

Les fonctions cérébrales sont activées et on ne sent pas la fatigue de tête. Il en est de même des fonctions locomotrices dans les exercices prolongés.

La vue conserve son acuité, et la presbitie est ainsi écartée. De même pour l’ouïe (si nos adversaires prenaient de la strychnine, on ne dirait pas cjue pe sont des sourds et <jes aveugles c(e convention). Il es( bien enjendi}

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qu’il ne sagit point de désordres organiques, contre lesquels l’art est impuissant.

La respiration est pleine et l’on n’est pas exposé aux anhélations. Il en est ainsi des mouvements du cœur qui puise sa force dans son calme et sa régularité.

La digestion est facilitée et les indigestions (à moins d’excès) sont évitées. Il est donc rare qu’il y ait dyspepsie. La décharge du foie et la rate se fait régulièrement et prépare ainsi une hématose complète. Le sang est vif, rutilant et les inflammations'sont moins à craindre. Il en est de même quant aux reins et aux urines en ce qui concerne les diathèses rhumatismales, goutteuses, etc.

Quant aux microbes (si tant est qu’ils soient cause et non effet des maladies infectieuses), ils ne résistent pas à l’amertume de la strychnine, pas plus que les parasites vermiculés : tænia, lombrics, ascarides, etc.

Si de l’état physiologique nous passons à l’état pathologique et à la thérapeutique, nous trouvons que la strychnine s’applique à presque toutes les maladies en tant que tonique ou excitant vital. Mais qui avant la dosimétrie eût songé à donner la strychnine ou ses sels dans les inflammations les plus aiguës : méningites, cardites,pneumonie, péritonite, etc., dans les fièvres continues, rémittentes ou intermittentes, tandis que 'combinée à la quinine elle les jugule du coup, ou du moins les modère au point de les rendre inoffensives et même quelquefois curatives. Cest ce qui avait fait dresser des autels à la-fièvre par les anciens (Febris diva). Aujourd’hui, ce culte est devenu du fétichisme, c’est-à-dire 1 adoration du Dieu du mal. Ce n’est pas cependant que depuis que la dosimétrie a fait lever le lièvre, tous les allopathes se soient mis à le pourchasser. Nous en citerons quelquesuns, des plus ardents, sinon des plus sincères, car ils n’ont garde de dire où ils ont puisé cette thérapeutique nouvelle.

Ainsi Magliano —cité par le professeur Binz. de Bonn, qui lui-même est un dosimètred’occasion — préconise l’emploi de petites doses de strychnine contre la dilatation du cœur. Après une administration journalière de 2 à 3 milligrammes, pendant une semaine, il a pu s’assurer que l’organe avait repris ses dimensions normales. Or, c’est ainsi que commencent la plupart des maladies organiques du cœur dont tant de médecins se laissent mourir souvent à leur insu.

Yulpian (encore une des victimes de l’allopathie) était d’avis que la strychnine peut rendre des services dans certains cas de dépression des propriétés physiologiques et, par suite, du fonctionnement de la substance grise de la moelle épinière. Ainsi, il lui, avait paru que la strychnine avait hâté le retour des forces, dans plusieurs cas où l’emploi du bromure de

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potassium à haute dose (10 grammes) avait déterminé, au bout de quelques jours, par suite de l’action dépressive puissante qu’exerce ce sel sur l’activité de la substance grise de la moelle épinière, un affaiblissement tel que les malades, non seulement ne pouvaient plus se tenir debout, mais même rester assis sur leur lit; qu’ils avaient de l’incontinence nocturne d’urine, etc. ( Leçons surïaction physiologique des substances toxiques , 1882.) Qu’on veuille bien remarquer que nos essais avec la strychnine, tant sur nous-même que sur nos malades, datent de 1872. Vulpian a donc eu dix ans pour se recueillir :

“ Sic vos non vobis velleïa fortis oves. »

Et dire que les allopathes continuent à prescrire le bromure de potassium à tour de bras !

Le professeur Lulon, de Reims, a érigé la strychnine en spécifique contre le delirium tremens des buveurs : pourquoi a-t-il omis nos travaux, antérieurs également aux siens de plusieurs années? Mais « ce qui est bon à prendre est bon à garder » — comme dit... Basile.

Mais ce à quoi les allopathes n’ont pas songé, c’est à combiner la strychnine aux mydriatiques : hyosciamine, atropine, daturine. Ils ont confondu le synergisme physiologique avec l’antagonisme pathologique, Ainsi quand dans un étranglement intestinal les médecins dosimètres donnent ensemble la strychnine et l’hyosciamine, c’est que dans le spasme il y a également paralysie et que c’est cette dernière qu’il faut lever, si on veut rétablir le cours des matières intestinales. Qu’en eût dit Gubler, lui qui voyait de l’antagonisme partout!

Il en est de même dans les spasmes douloureux ou névralgies qu’on combat par la strychnine, la digitaline, la cicutine. Hugo Schutz et Peiper, dans leurs expériences concernant l’action du bromhydrate de conicine dans l’empoisonnement par la strychnine ou la brucine {Archives de pathologie et de pharmacologie, 1885) n’ont fait qu’enfoncer, une porte ouverte, ou plutôt ils n’ont pas compris l’action synergique de ces substances soidisant antagonistes. C’est ainsi que dans la gastralgie nous donnons simultanément ces alcaloïdes pour faire cesser le spasme douloureux.

Mais à quoi bon revenir sur ces redites? L’École ne continuera pas moins à professer que ce qui est blanc est noir... dans son esprit.

Pour en révenir au titre du présent article, nous dirons que les empoisonnements criminels par la strychnine sont difficiles à cause de l’extrême amertume de cette substance qui met la victime en éveil ; et que quant aux empoisonnements thérapeutiques, ils sont nuis avec la dosimétrie.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

ACCIDENTS DUS A LANTIPYRINE.

(Revue médicale de la Suisse romande, 1888.)

Nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer sur l’action asphyxiante de l’antipyrine. Voici un cas qui le confirme : Femme de 28 ans, atteinte de sciatique. Les crises douloureuses avaient à peu près disparu, mais en prévision de leur retour, quelques prises d’antipyrine avaient été résolues. La femme en ayant pris, 1 gramme, .ressentit une douleur brûlante à l’estomac, eut des vomissements et tomba comme morte ; les lèvres étaient violacées; le pouls, petit et rapide. Dans la journée, la cyanose alla en augmentant, S’étendit aux joues, les lèvres devinrent presque noires et toute la surface du corps se couvrit d’une éruption avec de vives démangeaisons. Le lendemain tout était rentré dans l’ordre. Mais à supposer qu’au lieu d une dose la malade en eût ingurgité deux ou trois, c’en eût été fait d’elle. Conclusion : Ne jouons pas avec les extincteurs du sang.

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