MORTE OU ENDORMIE
Un événement étrange est rapporté à l’Étoile belge par son correspondant d’Écaussines-Lalaing :
« La femme d’un tailleur de pierres de cette localité, Louise Mary, mourait la nuit de jeudi à vendredi ; elle souffrait depuis quelques années de l’asthme. Elle recevait les soins de M. le docteur Bellanger, un jeune médecin qui a fait un séjour au Congo belge et qui est venu s’établir aux Écaussines.
» M me Mary, avant de mourir, exprima le désir de receyoir les secours d’un prêtre. M. le curé d’Écaussines-Lalaing se rendit aussitôt à l’appel de la mourante. La confession terminée, Louise Mary dit au prêtre quelle se sentait envahie par un invincible besoin de dormir. M. le curé l’engagea à résister à ce besoin jusqu’à ce qu’elle eût reçu le sacrement de l’extrêmeonction et, pour l’aider à lutter contre le sommeil, ordonna qu’on lui fît Une tasse de fort café. Lorsqu’on voulut faire boire le breuvage à la malade, elle s’était endormie et elle ne s’est plus réveillée depuis.
» Il pouvait être alors cinq heures du matin. Le sommeil se prolongeant et se présentant sous une forme inquiétante, on alla quérir M. le docteur Bellanger. Celui-ci examina longuement le corps et finit par déclarer que la mort avait fait son œuvre.
» Jusqu’ici rien de bien extraordinaire. Mais voici bien autre chose ;
les journées de vendredi, de samedi et de dimanche se passèrent et le corps bien qu’envahi par le froid, ne présentait aucun caractère de la rigidité cadavérique. Les membres, au contraire, conservaient, au moins en partie, leur souplesse et leur élasticité; rien de changé dans la physionomie, ni dans le teint du visage; aucune odeur, pas la moindre apparence de décomposition.
» Était-ce la mort? était-ce le sommeil? M. le docteur Bellanger se livra à des expériences répétées. Il sonda le corps avec sa lancette sans recueillir une goutte de sang; il brûla les extrémités des mains et des pieds avec un fer chaud sans pouvoir découvrir un symptôme de vie et, encore une fois, il conclut au décès.
« Cependant les funérailles étaient annoncées pour lundi, à neuf heures et demie. Un second médecin fut mandé dès la première heure du jour et confirma, en tout points, les appréciations de son confrère. L’enterrement fut alors résolu. L’incertitude était néanmoins encore telle que le cercueil ne fut pas vissé et que le menuisier fora des trous dans le couvercle de la bière pour permettre l’usage des facultés respiratoires, si la prétendue morte s’était simplement trouvée en léthargie.
» La messe terminée, le clergé conduisit le cercueil au cimetière et prononça les dernières prières liturgiques.
» Après la cérémonie, le bourgmestre, M. Courtois, mû par un scrupule fort honorable et fort louable, s’opposa à la sépulture.
» Quand les parents se furent éloignés et que la foule se fut écoulée, le cercueil fut transporté d abord à 1 église et ensuite à la maison communale d’Écaussines-Lalaing. Là, il fut (ouvert et le corps déposé sur un lit de camp, dans une salle où deux personnes le veillent constamment. »
Réflexion. On s étonne que des médecins aient pu donner l’autorisation d’inhumer alors qu’il n’existait aucun signe de mort : c’est-à-dire la putréfaction, seul indice de la décomposition du cadavre.
Traitement de la phthisie pulmonaire par l’air surchauffé. (Assemblée générale des'médecins suisses, mai 1889.)
Le docteur Giaconi (Berne) fait une démonstration de l’appareil Weigert
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.
et dit qu’il n’emploie cette méthode que chez un seul malade jusqu’à présent, et qu’il a obtenu, après cinq-semaines, une légère amélioration.
Le docteur Turbon (Davos) ne pense pas que l’air surchauffé, même à line température de 160 à 180°, puisse arriver à la surface pulmonaire en conservant une température si élevée, car il doit notablement se refroidir en passant par les bronches, ii ne croit pas d’ailleurs que cet air surchauffé puisse avoir une influence directe sur les bacilles de la tuberculose. Les améliorations obtenues à la suite de ce traitement sont dues plutôt à la ventilation sèche opérée sur les bronches et la surface pulmonaire. Cette ventilation d’air chaud produit sur toute la surface pulmonaire une forte sécrétion, qui peut avoir une heureuse influence sur le processus pathologique. A cela le docteur Giacomi a répondu : que l’air expiré pendant les séances d’inhalation à encore une température de 65° c- à sa sortie, preuve qu’il a pénétré à une haute température dans les alvéoles pulmonaires.
Le docteur Bemme (Berne) n’a pas encore employé lui-même ce nouveau mode de traitement; mais il a été appelé auprès d’un malade qui a eu, à la suite d’inhalations d’air surchauffé, une forte hémoptysie. De l’air à la température de 180°, doit être très pénible à respirer. Les malades, au bout d’un quart d’heure, sont très fatigués. Il en est de même après un bain trop* chaud (40-42°); indépendamment du danger de congestion, l’eau empêchant l’évaporation cutanée. On connaît les expériences d’individus qui se sont placés dans un four chauffé pour la cuisson du pain. Or, nous ne pensons pas qu’on puisse traiter les phtisiques de la même façon. La phtisie confirmée ne se guérit pas. C’est tout au plus si on peut la prévenir, ou la ralentir dans sa marche par un régime tonique et l’emploi des médicaments dosimétriques : strychnine^, aconitine, digitaline, arséniates d’antimoine, de potasse, de soude, de fer, d’après les constitutions et la marche de la maladie.