UN CROC-EN-JAMBE AUX MICROBES, PAR LE DOCTEUR CROCQ
(Académie de médecine de Belgique, séance du 29 juillet 1890.)
Voici comment l’honorable académicién s’est exprimé :
« Parmi les microbes que l’on a accusés de produire la pneumonie, il faut citer d’abord le B'acillus pnéumoniæ deFriedlânder. Or, ce microbe est banal ; il se rencontre dans de nombreuses sécrétions souvent normales. Comme il fallait trouver le microbe, on a remplacé celui de Friedlânder par le Diplococcus pneuinoviœ, de Frankel et Weichtelbom, deux autres auteurs allemands. L’inoculation de ce microbe, d’après ces auteurs, procure une immunité contre les inoculations postérieures; or, précisément c’est le contraire pour la pneumonie, dont une première attaque prédispose à une seconde. En effet, les récidives de pneumonie sont fréquentes ; j’ai, pour ma part, injecté dans les poumons de quatre lapins des crachats pneumoniques dans lesquels j’avais constaté au microscope la présence du diplococcus en question : or, ces quatre lapins n’ont eu aucune atteinte de pneumonie. Dans un cas récent de nature douteuse, mon interne de clinique ayant constaté dans les crachats la présence du Diplococcus et le malade étant mort consécutivement, l'autopsie a démontré qu'il ne s'agissait point de pneumonie (1). Je n’ai jamais rencontré la contagion de la pneumonie : Finckler a rapporté, en 1888, un cas de contagion à cinq personnes, seulement il s’agissait d’une erreur de diagnostic; il n’y avait pas de pneumonie dans les cas de Finckler. Si le microbe de Frankel est la cause de la pneumonie, celle-ci n’est pas contagieuse, car il se rencontre dans d’autres affections que la pneumonie. On a accusé encore d’autres microbes de produire la pneumonie ; on n’a pas réussi à établir la preuve de ces allégations ; en effet, on rencontre de nombreux microbes dans les cas de pneumonie et nous ignorons si l’un d’eux est cause de l’affection. On ne peut donc se baser sur l’origine infectieuse de la pneumonie pour nier l’efficacité de la saignée dans cette affection. Pour moi, je déclare que je jugule les inflammations par la saignée. Ce moyen employé au début donne toujours la guéri-
(1) Qu’on vante alors la certitude du diagnostic.
DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 55
son au bout de huit jours au plus... Je ne me suis jamais repenti davoir pratiqué une saignée, mais j’ai souvent regretté de m’en etre abstenu. »
On ne saurait être plus explicite : la bactériologie existe en fait, puisque tous les produits vivants renferment des infiniment petits, infusoires ou autres. Ce sont, à proprement parler, des dépôts de vie, car celle-ci n’est efficace que par ceux-là. Le sperme nest fécondant que pour autant qu’il contienne des spermatoçoaires. Il en est de même du vaccin et de tous les liquides préservateurs. A plus forte raison doit-on les trouver dans les liquides pathologiques, sans qu’on puisse dire : « Ceci tuera cela. » Reste la question de la saignée dans la pneumonie. Cette question a été jugée par ceux qui l’ont poussée aux extrêmes. La saignée est un moyen mécanique, insuffisant par lui-même si on n’y joint les excito-moteurs. Les malades qui guérissent par la saignée seule sont ceux qui ont assez de force en euxmêmes pour se relever de la paralysie respiratoire ; mais donnez-leur en même temps la strychnine, la vératrine, l’aconitine, la digitaline, et il ne faudra pas même huit jours pouf les mettre hors de danger. D r B.