‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 54 sur 246 · PAR M. LE PROFESSEUR LEPEUR (DE LYON · texte numérisé non relu

PAR M. LE PROFESSEUR LEPEUR (DE LYON

(Académie de médecine, octobre 1887.)

Si nous nous en prenons souvent aux professeurs des Écoles, c’est parce que leur autorité fait souvent loi — Mugister dixit et qu ainsi ils peuvent induire en erreur les praticiens que leur position ne met pas à même de contrôler les doctrines professorales. Que de mal n’a pas fait à cette pauvre humanité l’esprit de système ! Aujourd’hui on ne saigne plus, mais on fait de l 'antipymme, à la façon des extincteurs...

Nous laisserons d’abord parler l’honorable professeur de Lyon et nous y intercalerons nos remarques. Nous désirons qu’on ne nous applique pas l’adage : ln cauda venenum, quoiqu’on nous ait fait maintes fois le reproche de vulgariser les poisons.

« Un grand progrès a été réalisé dans le traitement de la fièvre typhoïde : de 20 p. c. environ, le chiffre de la mortalité est tombé bien au-dessous de 10 p. c., écart considérable qu’on ne peut expliquer par une prétendue atténuation de la gravité de la maladie et dont il faut faire honneur à la thérapeutique moderne (?). Celle-ci d’ailleurs n’a pas dit son dernier mot et il y a encore à trouver le spécifique (sic), capable de s’opposer

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

au développement du bacille typhique. (Toujours ce pauvre bacille ! B.)

» En attendant, il importe de fixer les praticiens sur la valeur des principales ressources qu’ils ont actuellement à leur disposition : les bains froids, les médicaments antipyrétiques et l’antisepsie intestinale. (À l’heure qu’il est, les praticiens savent à quoi s’en tenir sur ces méthodes. B.)

» I. Un moyen simple de se décider serait de s’en rapporter aux statistiques; mais quel médecin digne de ce nom s’y fiera exclusivement? Une statistique, en effet, n’est absolument probante que pour celui qui l’a faite : lui seul connaît la valeur des éléments dont elle se compose, et les statistiques personnelles sont, le plus souvent, un peu trop restreintes pour avoir une signification générale et absolue, la gravité des maladies infectueuses variant — comme on sait — suivant le temps et suivant le lieu. Cependant je ne veux pas nier l’utilité des statistiques en pareille matière, du moins comme élément d’information. Or, pour la plupart, elles sont favorables à la méthode des bains froids. (Le contraire a été démontré. B.). Je fonde cette opinion non seulement sur un certain nombre de statistiques allemandes, mais surtout sur celles de nos collègues des hôpitaux de Lyon, attendu que je connais, ayant pu l’apprécier de près, le soin méticuleux et l’honnêteté scrupuleusé avec laquelle elles ont été dressées. (En médecine, l’esprit de système aveugle même les plus scrupuleusement honnêtes, sans cela il faudrait supposer que ceux qui professent une opinion contraire sont de malhonnêtes gens. B.)

» Sans accepter en entier la doctrine du professeur Liebermeister sur le danger des hautes températures, je suis d’avis qu’il faut bien compter sur elle. Or, le bain froid, en sa qualité de réfrigérant, modère en général d’une manière suffisante la chaleur fébrile, et à ce titre remplit une utile indication. {Éteindre serait plus juste, et c’est là le danger, à cause de la dépression vitale. Aussi Liebermeister a-t-il préconisé le système mixte, par les antithermiques et les antipyrexiques (digitale, vératrine, quinine à hautes doses. Voir l’examen que nous avons fait de cette doctrine dans le premier volume du Répertoire, 1871-72. B.). Il agit de plus comme tonique sur le système nerveux et autant qu’il fait cesser le plus souvent les accidents ataxiques (s’il ne les augmente pas, B.). Aucune autre médication à cet égard ne peut lui être comparée ; mais il ne s’oppose pas au développement du processus typhique ; il n’empêche pas la production de complications, bien qu’on l’ait prétendu à tort.; quelquefois il est, pour des causes diverses, inapplicable; ou bien il ne donne que des résultats insuffisants, ce qui ne saurait étonner, la balnéation à l’eau'froide dans la fièvre typhoïde n’étant qu’un cas particulier de la méthode hydrothérapique. (Avec ses seulements, le professeur de Lyon nous ferait croire que l’hydrothérapie

n2 MISCELLANBES

même est une méthode insuffisante, ce que nous croyons, du reste. B.). (Au reste, le professeur de Lyon n’entend pas préconiser les bains froids comme une méthode exclusive, mais comme un expédient. B.) Il reconnaît ce que cette médication a de pénible pour les malades et préfère aux bains froids les bains tièdes, qui sont presque les bains froids, parce qu’ils exposent les malades à des complications catarrhales ou rhumatismales et à pire encore : des pneumonies, des pleurésies, etc.

» II. Les agents médicamenteux dits antipyrétiques modèrent au moins aussi bien, si ce n’est mieux, que les bains, la chaleur fébrile : aussi ont-ils pris la plus grande place dans le traitement ge la fièvre typhoïde. A la quinine, seule connue pendant de nombreuses années, douée, comme l’ont prouvé les recherches modernes, d’une certaine spécificité contre le bacille typhique, au moins dans les cultures, et douée également d’une certaine action tonique, mais présentant quelques inconvénients (On voit que le professeur est l’homme des seulements et des mais. B.), sont venus s’ajouter des agents nouveaux, possédant en général un pouvoir antipyrétique plus énergique, et parmi lesquels se recommandent l’antipyrine, la thalline, l’acélanilide'. Chacune de ces substances a son action spéciale, mais toutes produisent, en somme, l’abaissement de la température centrale, à la fois en diminuant la production du calorique et en augmentant plus ou moins la dépense. C’est par cette double action régulatrice qu’elles tendent à ramener au taux normal la température déréglée.» (Oui ! mais à la manière des hydrocarbures en général, c’est-à-dire en éteignant les globules rouges du sang. L’honorable professeur de Lyon oublie que c’est dans le sang veineux qu’a lieu l’augmentation de la température et non dans le sang artériel, de sorte qu’en donnant l’antipyrine, la thalline, l’acétanilide, on augmente encore la vénosité du sang. S’ils abaissent la température, c’est comme dans les asphyxies en général : de là leur danger dans des affections aussi déprimantes que les fièvres typhoïdes, surtout chez les personnes d’âge. B.)

Nous ne suivrons pas l’honorable professeur dans son panégyrique de l’antipyrine, de la thalline, de l’acétanilide, mais dans celui d’un nouvel antipyrétique, la pliénacitine, qui, par sa composition, se rapproche de l’acélanilide (ce qui n’est pas'en faire l’éloge ; il est vrai que l’honorable professeur dit que son expérience ne date encore que deux mois. — Alors pourquoi tant se presser? On sait que cette nouvelle substance a été essayée dans les services du professeur Bamberger, à Vienne. Son assistant, le docteur Kobler, a fait paraître, il y a peu de temps, une note sur son emploi dans diverses maladies fébriles. Plusieurs la préfèrent à l’antipyrine. Cependant à forte dose (6 grammes par jour), elle produit consécutivement à son emploi de la cépbalagie et un peu de cyanose. Voyez ce un peu : ne

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 113

dirait-on pas un intrus qui se fait petit pour pénétrer en bonne compagnie? Mais n’avons-nous pas les alcaloïdes que la nature nous donne au lieu de produits de laboratoire? Pour peu que cela dure, c’est à la chimiatrie que nous reviendrons, comme si le corps de l’homme était un appareil à réactions chimiques.

Reste l’antisepsie. On sait que l’idée du professeur Bouchard est de désinfecter les matières intestinales dans l’intestin même, au lieu de les évacuer. C’est là encore une de ces idées qui ne peuvent venir que dune sorte de suggestion. Au fait, la plénitude du gros intestin par des matières fécales ou gazeuses porte à la tête et suggère des idées saugrenues.

DES MODIFICATIONS DE L’ACTIVITÉ DE RÉDUCTION DE LOX.YHÉMAGLOBINE DANS LES TISSUS CHEZ LES CHLOROTIQUES ET LES ANÉMIQUES, PAR LE DOCTEUR HEUVEQUE.

(Société de biologie, novembre 1887.)

La chlorose est caractérisée par la diminution de l’activité des échanges, en même temps que par l’abaissement de la quantité d’oxÿlïémaglobine. Il y a dans la chlorose non seulement anémie, mais aussi affaiblissement persistant de l’énergie des échanges et en particulier de la consommation d’oxygène. L’étude comparée de quarante cas de chlorose et d’anémie démontre cette proposition. Dans vingt et un cas de chloro-anémie, la moyenne de l’activité de réduction de l’oxyhémaglobine ont été de 0.41, le minimum 0.19, le maximum 0.65. Dans dix-neuf cas d’anémie de causes diverses les variations ont été plus étendues; la moyenne s est élevée à 0.78, le minimum a été de 0.35, le maximum de 1.50. En d’autres termes, dans la chlorose, l’activité des réductions est moitié moindre que dans les anémies correspondantes, si l’on compare les chlorotiques ayant moins de 9 p. c. d’oxymaglobine avec les anémiques présentant la même diminution dans la quantité d’oxymaglobine. Ces faits démontrent que les modifications de l’activité des échanges dans la chlorose, ne sont pas la conséquence nécessaire de l’anémie. En effet, dans les anémies passagères ou consécutives des hémorragies, l’activité varie entre 0.65 à 1.50, c’est-à-dire de deux tiers à une fois et demie la normale.

Page 1