PAR LE DOCTEUR REGINALD HARRESON
Conférence faite à la Société de médecine de Londres, Littsomian Lectures, janvier 1888.)
Nous donnons ici, d’après la Semaine médicale, l’analyse de cette lecture, à cause des fausses applications auxquelles elle pourrait donner lieu :
« L’auteur admet que la portion antérieure de la prostate constitue un véritable sphincter urétral dont l’action est indépendante de celle de la vessie. Les fibres musculaires sont, non pas contractées, comme après la mort, mais étalées en forme d’entonnoir à pointe tournée en bas; elles forment un plancher résistant pour la vessie et son contenu. L’action de la prostate est aussi continue que celle du cœur, et l’on peut facilement
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s’assurer par le toucher rectal ,que l’expansiou des fibres musculaires varie avec la quantité d’urine renfermée dans la vessie. L urètre peut être incisée jusqu’au sommet de la prostate sans qu il en résulte aucune incontinence d’urine. Lorsqu’au contrairele couteau divise, même partiellement, les fibres musculaires prostatiques, l'incontinence se produit et persiste jusqu’à ce que la cicatrisation ait atteint un degré assez avancé. Dans les cas où la prostate n’exerce plus son action de sphincter, elle ne se développe pas comme à l’état normal. Ainsi dans l’extrophie vésicale, on ne constate jamais l’hypertrophie de la prostate, bien que l’appétit sexuel puisse être normal. La prostate peut être partiellement détruite par une suppuration aiguë ou mutilée par une opération, sans que les fonctions de la procréation soient altérées en aucune façon. Chez l’homme, le contenu de la vessie exerce son maximum de pression dans la direction de l’ouverture de la vessie, tandis que chez la femme la vessie distendue repose en grande partie sur la portion pubienne du bassin ; il est donc nécessaire que 1 homme soit muni d’un sphincter énergique ; les fibres de la prostate jouent un rôle important dans l’émission du sperme. Les animaux qui se tiennent habituellement debout, comme les singes et les marsupeaux, ont une prostate relativement plus développée que les autres. On est en général trop disposé à considérer l’hypertrophie de la prostate comme un processus nécessairement nuisible. D’après Sir Henry Thompson, elle existe chez 34 p. c. des hommes âgés de soixante ans et plus, mais elle ne produit des symptômes manifestes que dans 15 ou 16 p. c. des cas. Un certain degré d’hypertrophie prend une forme irrégulière chez les gens qui restent longtemps sans uriner. En revanche, lorsque l’hypertrophie prend cette forme, les lobules qui font saillie dans la vessie causent une irritation très marquée. Chez l’enfant la vessie est un viscère abdominal : avec l’âge elle s’enfonce de plus en plus dans le bassin ; en même temps sa paroi postérieure forme souvent une sorte de dépression ou de prolapsus partiel, et dans ce cas on trouve en général entre les orifices des uretères un faisceau de fibres musculaires qui fait saillie dans la vessie. Il est probable que l’hypertrophie des fibres musculaires de la prostate est surtout fréquente chez les gens qui, par habitude ou par nécessité, ne vident leur vessie qu’à intervalles très longs. Beaucoup de malades atteints d’hypertrophie de la prostate peuvent continuer l’usage du cathéter pendant fort longtemps sans aucun inconvénient; chez d’autres on voit survenir des symptômes d’irritabilité vésicale très pénibles, que l’usage très fréquent de l’instrument soulage à peine; chez d’autres encore, le cathétérisme est difficile ou s’accompagne habituellement d’hémorragie. Dans les cas de ce genre, on a recommandé diverses opérations: telles les ponctions rectales, sus-pubienne ou perinéale, avecT’intro-
duclion d’un canal à demeure ; il vaut mieux cependant pratiquer l’opération suivante, qui a donné d’excellents résultats à M. Harreson : Il incise le périnée, ouvre la portion membraneuse de l’urètre sur un conducteur, passe le doigt dans la portion prostatique et divise les parties hypertrophiées au moyen d’un bistouri boutonné courbe glissé le long du doigt ; il introduit ensuite dans la vessie un tube à drainage, qu’il laisse pendant cinq à six semaines. L’incision prostatique doit être pratiquée un peu à droite ou à gauche de la ligne médiane. Une fois le tube périnéal enlevé, on laisse la plaie se fermer, si l’introduction facile du cathéter fait espérer que la miction se fera plus tard sans difficulté. La guérison est parfois complète et le malade cesse d’être obligé de se servir du cathéter ; d’autres fois il ne peut pas s’en dispenser, mais il l’introduit facilement. Parfois on est forcé de tenir béante l’ouverture périnéale, mais le malade urine bien, et l’irritabilité vésicale disparaît. Dans quelques cas, enfin, l’amélioration nest que temporaire. M. Harreson a pratiqué trois fois avec succès l’incision d’une portion plus ou moins considérable de la prostate. Jusqu’ici il a choisi la voie périnéale, mais à l’avenir il se propose d’ouvrir la vessie au-dessus du pubis, ainsi que le conseille M. Mac Gill. » D' Zeketkr.
Remarques. —• On frémit à entendre parler de semblables opérations; heureusement que si les hypertrophies de la prostate sont fréquentes, ce n'est pas un processus nécessairement nuisible. Ce qui est nuisible, c’est l’intervention inopportune de l’art. A la moindre difficulté d’uriner, on sonde et on fait ainsi plus de mal que de bien. Le Répertoire en a donné de nombreux exemples, là ou quelques granules de strychnine, de cicutine, d’hyoseiamine, eussent suffi à lever l’obstacle plutôt dynamique que mécanique. D r
LA CRÉOSOTE DANS LE TRAITEMENT DE LA PHTISIE, PAR LE PROFESSEUR SOMMERBRODT.
[Rerliner Klin. Wochenschrift, 1887.)
Dans un précédent article, nous avons proposé d’établir des baraques créosotées pour les phtisiques, nous fondant sur ce fait que parmi les ouvriers employés au créosotage des billes des chemins de fer, malgré leur constitution
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chétive et les fatigues qu’ils endurent il n’y a pas de phtisiques, et même que ceux qui en présentent des indices en sont rapidement débarrassés. Ces vues viennent se confirmer par le docteur Sommerbrodt, de Berlin. Dans l’espace de neuf ans, il a administré la créosote à près de 5,000 phtisiques. Chez presque tous ces malades, cette médication a amené une amélioration des symptômes morbides. Font seuls exception à cette règle, les individus chez lesquels le processus pathologique était très avancé et avait envahi un grand nombre d’organes. Mais dans les cas relativement récents (hémoptysies initiales, catarrhes des sommets, infiltrations limitées), la créosote a donné des résultats surprenants : conservation des forces, diminution delà toux et de l’expectoration, augmentation de 1 appétit, amoindrissement des sueurs nocturnes et de la fièvre; enfin, dans un grand nombre de cas, disparition des signes physiques, notamment de la matité, et surtout chez les individus jeunes. Dans plusieurs cas, l’auteur dit avoir également obtenu la cicatrisation d’ulcères du larynx, bien que la tuberculose laryngienne se prête bien moins à la médication par la créosote. Enfin, ajoute l’auteur, les tumeurs scrofuleuses disparaissent rapidement. 11 ordonne à ses malades des capsules de gélatine contenant chacun 5 centigrammes de créosote et 20 centigrammes de sirop de Tolu. Le premier jour il leur fait prendre une capsule, le second deux durant huit jours, trois immédiatement après le premier repas. Dès la seconde semaine le nombre des capsules est porté à quatre; dans la troisième à cinq ; dans la quatrième à six; et cette dernière dose devra être maintenue pendant deux mois. Les malades arrivent ainsi progressivement à neuf capsules par jour. La durée du traitement est au maximum d’une année. Afin de ne pas fatiguer l’estomac, il importe de diminuer de temps en temps la dose de créosote ; ou mieux encore d’interrompre le traitement pendant quelque temps, parfois pendant quatre semaines. Enfin, pour ce qui concerne les femmes, le traitement doit être suspendu pendant tout le cours des époques.
Réflexions. — Nous ne voulons nullement ériger la créosote en spécifique : la phtisie est une de ces maladies qui ne pardonnent pas, parce quelle se rattache à des causes multiples, soit sociales, soit héréditaires. Mais nous pensons cependant qu’en cicatrisant les ulcères et les foyers purulents, elle doit, comme les balsamiques en général, donner de bons résultats. Cela n’empêche point d’instituer un traitement vital par les alcaloïdes et les arséniates, ainsi que le Répertoire en a cité de nombreux faits. D r B.
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