INFLUENCE DE LAIR CONFINÉ SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA PHTISIE
Tel est le titre d’une communication faite par M. Brown-Sequard à l’Académie des sciences, dans la séance du 21 septembre 1887, et qui doit donner à réfléchir à nos hommes d'JÉtat. Nous la donnons textuellement :
« J’ai fait, il y a déjà longtemps, un certain nombre d’expériences que je vais reprendre avec M. d’Arsonval, sur la respiration des phtisiques, et qui feront l’objet de plusieurs communications. Dès aujourd’hui, ce que je puis dire avant d’enLrer dans le vif du sujet, c’est qu’il est plus difficile qu’on ne le croit généralement, de faire respirer de l’oxygène pur à des phtisiques, l’oxygène seul étant un agent dangereux. En effet, pour peu qu’il soit respiré pendant plusieurs heures de suite, il indispose les malades et même les sujets bien portants. Si ces inhalations sont répétées plusieurs fois de suite ou pendant plusieurs semaines, leur acLion est absolument neutre. Au contraire, les inhalations d’un mélange dans une certaine proportion d’oxygène et d’acide carbonique, sont utiles et sans danger. Mais c’est là une question sur laquelle je reviendrai plus tard. Vous savez combien la phtisie pulmonaire est meurtrière sous presque tous les climats, surtout là où la population.est dense. Là, au contraire, où la population est rare, la mortalité est bien moindre. De même partout où les ateliers renferment un grand nombre d’ouvriers, dans un espace clos et restreint; de même dans toute caserne où les hommes sont également accumulés en grand nombre, la phtisie fait des ravages considérables. Pourquoi? Parce que l’air confiné, incessamment respiré par les mêmes poumons, est un danger continu de voir apparaître ou se développer la phtisie.
» Les résultats des expériences que j’ai faites en 1869 et 1.870, m’ont tellement surpris, que j’ai attendu jusqu’à ce jour pour en parler; mais ils sont si décisifs que je n’hésite plus à les communiquer à l’Académie. A ceLte époque, j’ai inoculé, par la voie sous-cutanée, la tuberculose à une centaine de cobayes sans en perdre un seul. Pourquoi? Parce que ces animaux furent placés dans des conditions meilleures de liLière, d’alimentation et d’aération; ils vivaient, en effet, à l’air libre, sous un hangar donnant dans le jardin et où la litière était fréquemment renouvelée. C’est ainsi que sur
eux l’inoculation de la tuberculose n’eut aucun résultat fâcheux, la phtisie aucune prise; et tous, au nombre de plus de cent, restèrent très bien portants. Mais il n’en fut pas de même d’une autre série d’animaux inoculés delà même façon, mais qui restèrent dans des laboratoires clos, où l’air était confiné : presque tous moururent phtisiques.
» A ces résultats, qui prouvent d’une manière irrécusable l’influence détestable de l’air confiné et l’action bienfaisante, au contraire, d’une large aération, qui permet de prévenir le développement de la phtisie pulmonaire, j’ajouterai les trois observations suivantes qui se rapportent, à l’homme :
» l re observation (Stokes ). — Il s’agit d’un malade chez lequel on avait constaté l’existence des vastes cavernes dans le lobe supérieur des deux poumons, et qui fut condamné pour ainsi dire à vivre et à coucher pendant deux années consécutives à l’air libre, à l’abri, bien entendu, de tout refroidissement. Au bout de ces deux années, les cavernes étaient cicatrisées et il était complètement guéri.
» 2 e observation (Blake ).— Phtisique, porteur d’une grande caverne pulmonaire, consécutive a un abcès tuberculeux. Vie au grand air, guérison. Mort beaucoup plus tard à la suite d’une autre maladie sans rapport avec la tuberculose.
» 3 e observation (Brown-Sequard). — Jeune homme présentant des cavernes pulmonaires ; état déplorable. Existence à l’air libre, quelques heures de la nuit seulement à la maison. Guérison. Mort, vingt-sept ou vingt-huit ans après, d’une maladie autre que la phtisie pulmonaire.
» Ces observations, jointes aux expériences relatées ci-dessus, démontrent : 1 ° la possibilité de prévenir le développement de la phtisie et même de la guérir, par une large .aération, par la vie à l’air libre; 2° le danger absolu de l’air conflué, tant au point de vue de l’apparition de la phtisie que de ses progrès chez les malades qui en sont atteints.
» L’appareil que je désire montrer maintenant à l’Académie a pour but de soustraire à la respiration l’air qui sort des poumons d’un phtisique. Il se compose de plusieurs parties, dont la plus essentielle est une sorte de hotte de forme conique, qui se place à une certaine distance de la tête du malade couché. Celte botte est portée par un tube deux fois recourbé, dont on peut faire varier la hauteur, et qui peut glisser le long d'une tige sur un pied court et triangulaire. L’extrémité inférieure de ce tube communique par un tuyau souple de gros calibre avec une cheminée d’appel en tôle, dans laquelle brûle une source de chaleur (gaz, bougie, lampe, etc.). Cette combustion détermine un appel d’air dans toute l’étendue du système
de tuyaux, de sorte que les gaz expirés parle malade sont immédiatement entraînés dans la hotte qui se trouve au-dessus de sa tête. En passant sur le foyer en combustion, ces gaz se débarrassent en partie des germes qu’ils peuvent contenir, et ce qui reste est rejeté au dehors. »
Réflexions. — Nous n’insisterons pas sur l’appareil lui-même. Ces sortes de ventilateurs isolés ont déjà été mis en usage, et on se rappelle les expériences de Bîchat. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, nous avons reçu à l’bôpittfl civil de Gand un convoi de blessés français, venant de la frontière belligérante, tous attaqués de la gangrène humide de leurs plaies, qui s’en allaient en lambeaux et répandaient une odeur épouvantable. Ne pouvant placer ces blessés chacun à part, ni à l’air libre, puisque nous étions en octobre, nous nous imaginâmes de disposer autour des moignons un appareil dans le sens indiqué par M. Brown-Sequard, dont les tubes communiquaient avec le foyer de la salle. Cela produisait 1 effet auquel on devait s’attendre, mais n’empêcha pas la contagion de s’étendre, l’atmosphère des salles étant chargée d’émanations délétères provenant d un trop grand nombre de blessés.
Maintenant, pour en venir aux phtisiques, nous dirons que ce ne sont pas des cobayes et par conséquent modifiables à volonté. Ce sont des êtres humains condamnés à une fin prématurée par une série de causes négatives morales et physiques : car ce ne sont pas seulement des ouvriers, mais les heureux de la fortune qui subissent ces conditions. La conclusion que nous voulons tirer des observations de M. Brown-Sequard, cest qu un grand devoir incombe aux pouvoirs publics : celui de soustraire la classe laborieuse aux influences délétères qui peuvent être écartées par de bonnes lois; par conséquent d’imposer aux chefs d'industrie des ateliers dans toutes les conditions voulues d’aérage, de même quaux propriétaires de maisons ouvrières pour leurs immeubles. Mais ce n’est pas tout, ou plutôt ce serait peu : la loi doit fixer un minimum de salaire, au-dessous duquel le maître ne pourrait aller sans encourir la peine qu’on impose aux usuriers. Nos industriels ne doivent pas être des Sylok. trafiquant de la chair humaine. On a parlé des maîtres d’esclaves; mais du moins eux sont intéressés à bien traiter leur bétail noir. Mais le bétail blanc, qui s en inquiète? En vérité! on dirait, en présence de l’énorme mortalité des ouvriers manufacturiers, que pour eux la quantité compense la qualité. G est le seul rappoit qu’à la rigueur on pourrait leur trouver avec les cobayes, agents essentiellement prolifiques.
Le monde politique a de la peine à s’asseoir, avec nos idées de liberté. C’est, parce que derrière le Tiers dont parlait l’abbé Sieyès à l’Assemblée
s de médecine dosimétrique.
nationale, il y a le Quart, dont jusqu’ici on n’a su que faire des prolétaires. Toujours l’histoire des cobayes. Nous soumettons ces réflexions à qui de