‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 59 sur 246 · CV1II · texte numérisé non relu

CV1II

DE l’aMBLYOPIE TOXIQUE.

Le docteur Maurice Letulle, dans une communication à la Société des hôpitaux dans sa séance du 12 août 1887 sur l’hystérie mercurielle dit : « Le titre que j’impose au présent travail est une observation ; j aurais pu, pour être plus explicite, l’intituler : Des manifestations névropathiques de nature hystérique survenant dans le cours de Vintoxication chronique par le mercure et leur relation avec ce poison métallique . »

11 s’agit, en effet, du tremblement mercuriel survenant chez les travailleurs en ce métal. L’auteur donne la relation d’un de ces malades et de ses jours de séjour dans différents hôpitaux, dont ci-joint le relevé .

En 1881, à Lariboisière, sept mois.

En 1884, à la Pitié, cent jours.

En 1884, à Tenon, quatre mois.

En 1886, encore à Tenon, vingt et un jours.

En 1886, chez M. le docteur Moutard-Martin, trois semaines.

En 1887, chez M. le docteur Brault, à Broussais, quinze jours.

Ce qui donne pour six ans et demi consécutifs, un total dau moins cinq cent seize jours connus de séjour dans différents services hospitaliers! Le point d’exclamation \u’est pas de nous, mais do 1 auteur.

Ceci dit, voici le résumé des diverses observations recueillies sur ce malade; elles comportent leur enseignement :

S... (Michel) avait quarante-huit ans au mois de mars 1884, lorsqu il entrait à la Pitié, mais comme le début de. sa maladie datait de l’année 1881, c’est à cette époque que nous allons le prendre. 11 y avait à peine dix-huit mois qu’il travaillait au sécrétage des peaux de lapins et n’avait éprouvé qu’une légère gingivite, lorsqu’au bout de quelques mois de tremblement localisé aux membres supérieurs et à la langue, un jour du mois de février 1881, il eut une brusque attaque d’apoplexie et demeura une demi-heure sans connaissance. En revenant à lui, il était aphasique, hémiplégique et

hémianesthésique de tout le côté gauche ; la langue était déviée de ce côté. 11 est bon de noter que précédemment le malade avait constaté uu affaiblissement de la vue prédominant à gauche (amblyopie). Il resta en traitement sept mois dans le service du docteur Constantin Paul et il en sortit bien amélioré, la sensibilité et le mouvement étaient presque entièrement revenus; mais la faiblesse musculaire était extrême ; il semble môme qu’il ait été alors atteint d’un tremblement hémichoréique gauche qui dura quelques nuits, au dire du malade. Deux ans plus tard (en juin 1883), bien que S... n’eût pas repris le même travail, tout en continuant son métier de sécréteur, survint une seconde attaque d’hémiplégie gauche, motrice et sensitive, avec aphasie, mais non précédée, cette fois, d’apoplexie. Il resta neuf mois en traitement chez lui, et rentra, en mars 1884, à la Pitié, où le docteur Marchai l’observa et recueillit son histoire. A cette époque, on constatait : 1° une hémianesthésie gauche presque complète; les seuls points du côté gauche du corps qui fussent encore à peu près sensibles, étaient une plaque de la largeur d’une pièce de cinq francs sur l’aile gauche du nez; une bande étroite, étendue le long de la face externe du bras et de l’avant-bras ; une plaque longeant le bord interne de l’omoplate; enfin la moitié externe de la circonférence du membre inférieur présentait un très faible degré de sensibilité. Détail capital : les muqueuses et en particulier la cornée étaient absolument insensibles; le réflexe palpébral manquait; 2° l’analgésie la plus absolue accompagne les zones d’anesthésie ; 3° la perte du sens musculaire était complète pour le côté gauche du corps ; 4° l’hémianesthésie sensorielle gauche était aussi parfaite que dans l’hystérie amblyopique : rétrécissement concentrique du champ visuel, acromatotisie, anacousie, agustie (ce dernier phénomène était presque bilatéral, car les sensations gustatives étaient très obscures à droite); 3° enfin hémiplégie motrice quiest,'comme l’a bien démontré le docteur Debove, le satellite obligé de toute hémianesthésie partielle, était alors notable, mais n’empêchait pas la marche; la face était libre, mais la langue se déviait encore à gauche. Pour compléter ce tableau déjà chargé, le côté droit du corps était le siège d’un tremblement oscillatoire arythmique, exlrême au niveau du membre supérieur, moindre au membre inférieur. L’auteur ajoute que les réflexes n’étaient pas exagérés et que les réservoirs fonctionnaient normalement. Je passe sur tous les autres détails qui n’ont pas grande importance, et je ne veux metLre en relief que la phase de guérison, phase inévitable dans ces diverses incarnations du même malade et de la même maladie, et sa remarquable évolution. Entré le 13 mars, c’est le JO juillet, cent jours après son admission, que le ûialade commence à récupérer la sensibilité, et le pouce exécute quelques

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mouvements. Le lendemain trois antres doigts se meuvent. Quatre jours plus tard, la flexion de la jambe sur la cuisse est possible. Le 20 juillet, les doigts se fléchissent et le mouvement du bras^et de 1 avant-bras sont revenus. Bref, le 26, en quinze jours, l’amélioration était si considérable, que le malade quittait l’hôpital, le membre inférieur encore un peu faible, les appareils sensoriels étaient encore obnubilés. La force musculaire était revenue aussi grande d’un côté que de l’autre. J’ai insisté quelque peu sur certains détails qui vont nous servir de point de comparaison à propos des différentes pérégrinations de notre malade dans les hôpitaux. Le 8 mars 1886, S... fait sa réapparition, cette fois dans le service de M. Ilanot, à Tenon, où il ne se passe pas un mois pendant lequel on n’y trouve au moins deux sécréteurs de peaux de lapins. Un aveu est obtenu, le malade fait volontiers l’abus habituel du vin ; ses nuits agitées, entrecoupées de cauchemars, viendraient à l’appui s’il en était besoin. On apprend encore que sa mère était rhumatisante et son père alcoolique, et le malade porte cette fois encore les stigmates hémianesthésiques, sensoriels et sensitifs ; mais l’aveu qu’on ne peut lui arracher, c’est tout le passé que je viens de résumer précédemment ; il déclare qu’il est pris pour la première fois de cette paralysie gauche motrice et sensitive. On retrouva cependant trace de son voyage circulaire dans les hôpitaux, car il déclare, ce qui est confirmé, avoir été soigné en 1884, pendant quatre mois, pour un tremblement mercuriel à Tenon, dans le service de M. le docteur Roques. Chez i\I. Henot, l’hémianesthésie demeure, au niveau de la tête, distante de la médiane d’environ 4 centimètres; le nez tout entier est sensible, une autre plaque sensible existe à la face interne de la cuisse au-dessus du genou, dans une étendue de la largeur de la main ; toute la ligne des apophyses épinières est sensible et la plante du pied n’est que légèrement hyperesthésique; le réflexe rotulien gauche est presque nul; le réflexe plantaire gauche affaibli. Quant aux appareils sensoriels, c’est le même état qu’il y a deux ans, avec ce détail que la muqueuse de la narine gauche contraste par son anesthésie avec la sensibilité normale de la peau du nez. Poür ce qui est de la vue, le malade avoue qu’il a eu, il y a quelque temps, de la diplopie. L’hémiplégie du côté gauche permet un faible mouvement de rotation du bras; elle est moindre au membre inférieur et la démarche est bien celle d’un hystérique. Le malade est signalé, en effet, comme marchant en jetant son membre inférieur gauche raidi. Il n’y a pas de paralysie faciale, et les deux orbiculaires des paupières sont pris simultanément de trémulation spasmodique, quand on entrouvre les yeux au malade. Ajoutons qu’il existait encore un tremblement hémiplégique du côté droit, et que ce tremblement, beaucoup plus faible au membre inférieur et au niveau

MISGELLANÉES

du tronc, était rythmique, le bras oscillant d’un large mouvement de latéralité combiné avec de légères pronations et supinations successives. L’intelligence était intacte et l’appétit excellent. Dès son entrée le malade avait été soumis à l’action combinée du bromure et de l’iodure de potassium. Le bénéfice de cette médication ne se fit pas attendre : le 21 mars, douze jours après son admission, le malade signalait déjà une diminution très notable du tremblement droit, en même temps que les mouvements renaissaient dans le bras gauche. Cinq jours plus tard, les mouvements sont décidément très étendus dans le bras et l’avant-bras, et la sensibilité se montre au niveau de la face postérieure du membre; le tremblement des membres droits est presque nul. Mais trois jours plus tard, le 8 mars, alors que les mouvements des doigts reparaissent, le transport spontané du tremblement soi-disant mercuriel, se produit de droite à gauche, et l’on constate, au grand désespoir du malade, qui depuis trois jours prend 3 grammes de bromure et autant d’iodure de potassium, que les muscles qui récupéraient si bien leur contractilité, sont atteints d’un fort tremblement, généralisé d’ailleurs à la totalité du côté gauche du corps. Le lendemain le malade quittait le service.

Le 27 octobre 4886, nous le retrouvons dans le service de M. le docteur Moutard-Martin. Ici nouvelle incarnation : le malade entra uniquement désireux de faire soigner son tremblement mercuriel bilatéral, plus marqué cependant dans le membre supérieur droit. Les oscillations céphaliques ressemblent parfaitement au tremblement sénile; les membres inférieurs ne tremblent pas à l’état de repos, la marche est difficile, ataxiforme; mais les réflexes rôtulienset plantaires sont conservés, aucune trace d’anesthésie. La vue est trouble, affaiblie de chaque côté, sans dyschromotopsie ; le malade n’avoue d’autre séjour à l’hôpital que les quatre mois passés à guérir son tremblement dans le service du docteur Rocques, en 1881, à Tenon.

Nous arrêtons ici les pérégrinations du malade, toujours déclaré parfaitement guéri et cependant continuant de tituber d’hôpital en hôpital. Ce qu’il nous importe de constater pour Je moment, c’est le traitement par le bromure et l’iodure de potassium. Nous médecins dosimètres nous donnons dans ces cas l’hypophosphite de strychnine, jusqu’à vingt granules par jour progressivement, et nous devons dire que le tremblement mercuriel et hystérique si on veut, résiste rarement à cette médication.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

DE LEMPLOI DES MÉDICAMENTS CHEZ LES NOURRICES, PAR LE DOCTEUR II. FËHLING.

. (Revue d'hygiène, 15 juillet 1887.)

On a souvent objecté à l’emploi des médicaments dosimétriques chez la femme enceinte ou qui nourrit, le danger quil peut en résulter pour son enfant; les expériences du docteur Fehling doivent complètement rassurer à cet égard. L’auteur a étudié l’influence des narcotiques : la teinture d’opium administrée à la mère, à la dose de 25 gouttes, n’a amené chez l’enfant ni somnolence, ni constipation. La morphine en injections hypodermiques, aux doses de 2 à 3 milligrammes, n’a que rarement influencé l’enfant; le chloral, un peu plus souvent, surtout quand la tetée avait lieu peu de temps après la prise du médicament. L’atropine, aux doses de 1 à

5 milligrammes, n’a rien causé chez l’enfant, si ce n’est de la mydriase.— Par contre, le salicylate de soude, administré à la nourrice à la dose de 1 à 3 grammes, se retrouve dans l’urine de l’enfant, de même que fiodure de potassium. Le ferro-cyanure de potassium, aux doses de 1 gramme, 3 ou

6 grammes, en trois fois, n’a pas été retrouvé dans l’urine de l’enfant. L’iodoforme, appliqué en pansement à la mère, se retrouve à l’état d’iode dans l’urine de l’enfant (du troisième au quatrième jour). Dans aucun de ces exemples, il n’y a eu d’accident chez l’enfant. Le passage du mercure dans le lait est irrégulier.

L’auteur est d’avis qu’il faut continuer l’allaitement malgré la fièvre de la mère, excepté dans les cas d’érysipèle, de scarlatine, etc.

Nous ferons observer que ces alcaloïdes étant des composés plus stables se décomposent rapidement dans l’économie de la mère et que son enfant ne saurait ainsi qu’en avoir les effets sédatifs ; à cette condition, on peut laisser l’allaitement se continuer dans la fièvre, puisque les alcaloïdes défervescents ont pour effet de la combattre. Quant aux diathèses arthritiques, rhumatismales, syphilitiques, tuberculeuses, etc., il y a tout intérêt à faire le traitement de l’enfant par la mère, soit pendant la grossesse, soit pendant l’allaitement. Aussi nous sommes d’avis, qu’à moins de circonstances majeures, il faut laisser la mère nourrir son enfant. On aura eu soin de l’y préparer par l’entraînement puerpéral. D 1 B.

MISCELLA.NÉES

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