‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 60 sur 246 · DU RÉGIME DES FIÉVREUX · texte numérisé non relu

DU RÉGIME DES FIÉVREUX

Extrait du livre de MM. G. Sée et le docteur Labadie-Lagrave, 1 vol. in-8° de 750 pages. Paris, 1887.

C’est une grave question que celle s’il faut nourrir les fiévreux. Hippocrate a dit : Gorpora impura plus nutrias plus lædas. D’où il résulte qu’il faut les empêcher de devenir tels, c’est-à-dire qu’ils aient la fièvre. Dans ees conditions, toute maladie aiguë est un accident qu’il faut prévoir et empêcher. Le peut-on? Avec l’allopathie, non; avec la dosimétrie, oui. Il est certain que le premier effet de la fièvre cest le dérangement de la digestion : l'haleine est échauffée, et la vue seule de l’aliment pousse à la révolte de l’estomac. La chaleur animale est devenue morbide, c’est-à-dire que la respiration ne rafraîchit plus le sang : celui-ci acquiert des caractères de vénosité surabondants (38-39-40° c.), les grands émonctoires (peau, reins) ne fonctionnent plus et l’évaporation est suspendue; le corps brûle et on dit que la chaleur est mordicante. En présence de ces phénomènes exagérés de combustion, il est évident que toute alimentation ne serait que jeter de fhuile sur le feu. Laissons maintenant parler les auteurs du livre qui forme le tome Y de la Médecine clinique :

« Deux graves questions surgissent : l’une au sujet de l’alimentation des fiévreux, l’autre à l’occasion de leur genre de régime.

» Alimentation en général des fiévreux. —De tout temps on s’est demandé s’il faut tenir les fiévreux à la diète ou si on doit leur accorder une certaine nourriture. « Chaque apport d’aliment, disent les partisans de l’abstinence, est suivi d’une augmentation de chaleur, comme si on jetait l’huile sur le feu. » Or, il n’existe pas un fait qui prouve une telle assertion ; et serait-il même avéré, on ne saurait en déduire la nécessité de supprimer aux fiévreux toute espèce de nourriture. En effet, l’ascension thermométrique dans ces cas douteux peut tenir au mauvais choix de la nourriture, à son état de condensation, et surtout à la faiblesse de l’acte digestif chez les fébricitants. Dans tous ces cas, l’élévation de la chaleur fébrile n’est pas durable, elle est généralement en rapport avec la digestion et cesse avec elle. S’il en était autrement, si l’absorption des aliments et leur pénétration

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 129

dans le sang déterminait un excès d’oxydation ou de combustion, la chaleur devrait se faire sentir à une période ultérieure, après la digestion accomplie, pendant un temps plus ou moins long. Mais si des aliments mal appropriés ou grossiers viennent porter aux organes digestifs un grave et persistant, dommage, il en résulte une augmentation prolongée du mouvement fébrile. Dans ce cas, on pourrait croire que la chaleur corporelle monte parce que l’intensité des oxydations s accroît par 1 apport dune plus grande quantité de matériaux; comment se fait-il cependant que, à l’état normal, la production de la chaleur qui s’exagère par suite de l’ingestion d’une nourriture plus abondante et par l’activité musculaire bien développée, ne s’accuse jamais au thermomètre que par quelques fractions de degré? La réponse à cette objection est très facile. Dans la fièvre les appareils régulateurs qui président à l’état normal pour maintenir une chaleur constante, refusent leur concours. On-est d’accord pour admettre que dans la fièvre la régulation n’est jamais qu imparfaite. »

Nous répondrons, à notre tour, que c’est parce que le calorique animal est étouffé qu’il s’amasse et produit cette explosion spontanée qui constitue la fièvre. Voilà pourquoi il faut donner.aux fiévreux de l’air : « De l’air, de l’air! » comme s’écrie le docteur Baudens dans son beau livre La Guerre de Grimée, ouvrir ses émonctoires (peau, reins), reveiller l’action des nerfs vaso-moteurs, etc., avant de songer à le nourrir. Voilà pourquoi la dosimétrie est venue apporter toute une révolution dans lart de guérir par ce grand principe : « Aux maladies aiguës, un traitement aigu », c’est-à-dire le principe de la jugulation, si peu compris par l’École. Jusque-là il ne faut pas songer à nourrir les fiévreux, mais plutôt à abattre leur fièvre. Il nous semble que les auteurs ont confondu l’alimentation avec la diététique. C’est une erreur de croire que dans l’état pathologique tout se passe comme dans l’état physiologique. Le fiévreux ne sent pas la faim; et quand celle-ci se fait sentir, c’est que la fièvre s’en va. Accélérez, facilitez ce départ et vous pourrez nourrir vos malades dont vous n aurez pas fait des fiévreux, comme cela se fait en allopathie. Les auteurs du livre dont il est question ici, disent : « Quels principes alimentaires doivent protéger l’organisme fébrile contre l’usure envahissante de ses tissus, et en même temps restituer ce qu’il perd sans cesse? » Cela n’est pas tant qu’il y a fièvre (nous entendons la fièvre idiopathique et non la fièvre symptomatique), puisque l’alimentation ne ferait qu’augmenter la première. Aussi les auteurs se hâtent-ils d’ajouter : « Tout ceci ne peut se faire que partiellement, car une nourriture complète est impossible à cause de l’état anormal du tube digestif, qui se révolterait contre un travail exagéré, soit mécanique, soit chimique; il faut donc épargner l’estomac et arriver, autant que possible,

à l’absorption directe des liquides aqueux ou alimentaires sans l’intervention des organes digestifs. » C’est là, comme nous le disions, de la diététique, ou, si l’on veut, de l’hygiène thérapeutique dont le corps bien portant ne se contenterait pas. L’estomac est le grand ressort de l'économie : quand il languit, tous les autres organes tombent dans l’alanguissement; quand il se relève, tous se relèvent également. Voilà pourquoi il faut, avant tout, faire tomber la fièvre et non la nourrir, comme le dit le père de la médecine dans son aphorisme : Corpora impura, plus nutrias plus lœdas.

Nous aurons encore occasion de revenir sur le livre de MM. G. Sée et Labadie-Lagrave. D' B.

Page 1