‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 62 sur 246 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Gand, 25 août 1890.

Mon cher Confrère,

Je réponds à votre honorée du 15 courant. Et tout d’abord, je vous sais gré de la démarche que vous voulez bien faire auprès de moi pour votre entrée dans la voie dosimétrique, mais un voyage à Gand n’aurait pas d’objet: d’abord parce que depuis plus de vingt ans je n’appartiens plus à la Faculté de médecine, ayant pris mon éméritat après un enseignement de près de soixante ans ; ensuite parce que la susdite Faculté est restée réfractaire à la dosimétrie. Il en est d’elle comme de l’enseignement officiel et monopoleur en général. « Leur siège est fait », non celui où les Chevaliers de Rhodes résistèrent avec tant de vaillance aux Turcs, mais le siège infiniment plus commode du budget. Quand on émarge de gros appointements, à quoi bon vouloir changer ce qui coûte si peu de peine et ce qui rapporte tant? Il y a près de vingt ans que je mis en avant la réforme de la médecine. Il ne s’agissait nullement de la démolir, mais, au contraire, de la reconstrup;esur la base de l’Hipppcratisme, c’est-à-dire l’art venant en aide à la nature, sans s’écarter de ses lois. Cette réforme venait d’autant plus à son temps, que la chimie organique nous en fournissait les moyens, c’est-à-dire les alcaloïdes, dont deux à peine, la morphine et là quinine, étaient employés en thérapeutique, les autres étaient relégués dans l’armoire aux poisons des pharmaciens. Quel médecin aurait osé administrer à ses malades la; strychnine, l’atropine,Thyosciamine, l’aconitine, la vératrirte, la digitaline (à propos de laquelle on discute tant encore), etc.? Aussi ce fut un toile général quand on me les vit introduire dans mon service de chirurgie ! , On alla jusqu’à me dénoncer à l’administration, disant que j’empoisonnais mes malades. Grâce au Ciel, j’avais prévu le coup et pris ma retraite pour conquérir mon indépendance. Dès ce.jour, n’appartenant plus à renseignement officiel, j’ai pris le bâton de l’apostolat pour m’adresser au corps médical tout entier. J’ai fait comme le philosophe ancien, c’est-à-dire la démonstration de mes idées en marchant. Avec le bâton de l’apôtre j’ai pris

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la plume du publiciste, car depuis ce moment je n’ai cessé un seul jour de lutter contre la guerre du silence, c’est-à-dire le mauvais vouloir des uns, l’indifférence ou l’inconscience des autres. Je vous dis cela, mon cher Confrère, non pour vous détourner de votre route de Damas, mais pour vous dire que cette route n’est pas la ville de Gand, mais bien le monde tout entier, car il n’y a pas un seul pays où la dosimétrie nait pénétré. A New-York, elle compte de nombreux partisans ; elle a des organes de publicité, des dépôts des médicaments de là maison Chanteaud, de sorte que pour vous initier à ma doctrine il n’est pas même besoin de vous déplacer et de passer les mers. Quoi qu’il en soit, je me mets entièrement à vôtie disposition, et vous fais envoyer quelques-unes de mes publications, qui pourront vous'être utiles dans la voie nouvelle où vous aspirez dentrer.

m CAS DE MONOMANIE TRAITÉ PAR LA MÉTHODE DOSIMÉTRIQUE.

Rasquières, le 17 août 1890;

Cher Maître, :

Vous me permettrez de venir soumettre à votre appréciation un cas de monomanie guéri en. quelques ' mois par un traitement essentiellement dosimétrique. J’étais bien loin de croire à un pareil Succès.

Mop intention "n’étant que celle’de relater un fait brut, je laisserai de côté'toute polémiqué à ce sujet.

./Celte affection, hélas ! que trop commune dans ce. siècle de travail intellectuel et d’alcoolisme, prouvera une fois de plus combien la dosimétrie peut /rendre de services avec ides armes aussi sûres que précises quelle met entre les mains du praticien. « Aux maladies chroniques, un traitement chronique, » avez vous dit, c’est-à-dire lent et longtemps continué.

• Détruire un à un les symptômes qui. tombent sous les sens du praticien, en relevant la vitalité, la maintenir dans le chemin déjà parcouru et modifié, déblayer d’une manière continue la voie commencée jusqu à ce que le travail soif terminé : voilà la règle du dosimètre.

Confiant dans ces paroles et profondément dévoué à une famille que je soigne depuis vingt ans, j’ai senti mon cœur de praticien s émouvoir en face d’une, paceilléjsifjiatrpaw - . • - ■ •

Jetant un regard dans l’avenir, j’ai vu les conséquences fâcheuses qui pourraient survenir pour des enfants nés d’une pareille union, surtout si leur mère était forcée d’aller demander dans une maison d’aliénés une amélioration à son état.

Prenant mon courage à deux mains, j’ai, durant plusieurs mois, suivi les conseils du vénérable vieillard de Gand, et tous mes efforts ont été couronnés d’un plein succès.

Hommage et justice à celui à qui revient tout l’honneur d’une pareille guérison, et merci, une fois de plus, pour tous les services qu’il rend à cette pauvre humanité depuis tant d’années.

Voici l’état de la malade :

M me L., qui fait le sujet de cette observation, est une femme de cinquante à cinquante-deux ans, mère de deux enfants, et qui a toujours joui d’une bonne santé. A l’époque de la cessation des règles, la dame L. ne prit aucune précaution hygiénique, se confiant aux seuls efforts de la nature.

Des troubles nerveux survinrent deux ou trois ans après l’époque énoncée, elle ne s’en inquiétait pas, devint maigre, ses forces s’affaiblirent, son teint rosé se modifia et fit place à une pâleur extrême.

Sur cette anémie générale se greffèrent des troubles nerveux, qui prirent un état inquiétant, des idées fixes de suicide s’emparèrent de l’esprit de la malade.

Cet état s’aggravant, le mari me pria de venir à nouveau voir la patiente, mais il me fut impossible de l’aborder : à ma vue, elle prit la fuite à toutes jambes et alla se cacher dans les champs.

Toute prise de médicaments devenant impossible, cette pauvre femme resta dans cet état quelque temps encore.

Lorsque je la revis pour la troisième fois, elle refusa de prendre toute nourriture, voulant mourir de faim ou attenter à ses jours, disant qu elle était ruinée, que bœufs, cheval, etc., ne lui appartenaient plus et qu’il fallait mourir de faim ou se suicider.

Cette phrase terminée, elle la recommençait avec une volubilité extrême, jusqu’à ce que, exténuée, elle se mettait au lit sans forces et presque anéantie.

La pâleur de la face, des gencives, sa maigreur extrême, ses yeux hagards, ces crispations nerveuses, me firent comprendre qu’une aliénation mentale était greffée sur une anémie cérébrale, qui peut-être était une des causes de ce trouble mental.

Attaquer de front ces premiers symptômes, causes bien évidentes d’un manque d’équilibre physiologique, fut ma première pensée. Modifier les accès diurnes et nocturnes par la prise de quatre à cinq granules de valé-

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rianate de quinine associée aux granules de pliosphure de zinc, aux mêmes doses, ainsi que l’usage du sirop de sesquioxyde de fer, aux doses de trois à quatre cuillerées à café, durant la journée, contre cet état néoplastique, fut ma première ordonnance. L’acide phosphorique, uni à l’arséniate de strychnine, quatre granules de chaque (par jour), pour combattre cet épuisement des forces cérébrales, me parurent indispensables.

L’hyosciamine vint prêter main-forte contre cet éréthisme nerveux, aux doses de trois à quatre granules durant le jour et la nuit; le Sedlilz Chanteaud, à la dose de deux cuillerées à café tous les soirs dans un peu de café, vint rafraîchir un sang trop carbonisé.

Cette seule médication, qui a duré huit mois, a suffi pour avoir raison de cette terrible affection, et j’ai pu ainsi rendre à la mère ses idées premières, à l’époux une femme estimée, et aux deux enfants une mère dévouée.

Veuillez, vénéré Professeur, croire à l’expression de mes meilleurs sentiments.

S. Birabent, inspecteur.

LA STRYCHNINE CONTRE LALC00LISME, PAR LE DOCTEUR POMBRAK.

(Med. Obozz., 1890.)

Les journaux de médecine qui à l’endroit de la dosimétrie

« Gardent de Cocrard le silence prudent »,

s’empressent de relater tout ce qui la concerne pourvu que le nom n’en soit pas prononcé. On dirait un mot d’ordre. Pourquoi? On ne saurait le dire, puisqu’ils l’approuvent au fond. Voici qu’un docteur Pombrak nous apprend ce que le Répertoire universel de médecine dosimétrique ressasse depuis dixhuit ans, c’est-à-dire l’emploi de la strychnine contre l’alcoolisme. Il rapporte sept cas : quatre alcoolismes chroniques, trois dypsomanies, traités par cet alcaloïde. Il n’a échoué, dit-il, que dans un cas. Dans tous les autres, les résultats furent superbes; les malades ont cessé de boire et dans un cas cette amélioration dure déjà depuis neuf mois. L’auteur croit que la strychnine peut être employée avec avantage dans la dypsomanie aussi bien que dans l’alcoolisme chronique invétéré. (Il cite un malade qui buvait depuis douze ans.) Il insiste sur ce fait que le traitement doit être

prolongé ; sa durée doit être proportionnelle à l’intensité de cette affection. Il considère la dose de 1 milligramme par joür comme insuffisante. Dans les cas d’intensité moyenne, il fait administrer en injections sous-cutanées, 2 centigrammes par jour, tandis que dans les cas graves et invétérés il faut monter jusqu’à 4 centigrammes par jour. C’est par l’insuffisance de la dose, employée qu’il explique les échecs qu’ont éprouvés quelques médecins; Quant à savoir si ce traitement guérit complètement et pour toujours ou seulement temporairement, les données qu’on possède jusqu’à présent ne permettent pas encore de répondre affirmativement à cette question. En tout cas, on connaît déjà des malades qui ne se sont plus adonnés à la boisson, même deux ans après le traitement. La névrite périphérique, très fréquente, d’après l’auteur, chez les alcooliques, peut aussi rétrocéder parfois sous l’influence de la strychnine. (Nouveaux remèdes, mai 1890.)

En vérité, les bras vous tombent devant pareille outrecuidance. Ne dirait-on pas que la médecine est une forêt de Bondy où les auteurs se volent les uns les autres. Voici dix-huit ans que le Répertoire existe et ne cesse de répéter ce qu’on vous donne aujourd’hui pour du nouveau. Heureusement qu’il a les reins forts et que ces plagiats lui sont charge légère. L’auteur plaisante quand il nous apprend que dans les cas invétérés, il faut pousser la strychnine en injections hypodermiques jusqu’à 4 centigrammes par jour. Nous le défions de ne pas produire ainsi du tétanisme. Les granules Chanteaud au demi-milligramme peuvent être donnés impunément jusqu’à effet et il faut souvent associer la strychnine à l’hyosciamine, comme dans le délire nerveux, et s’il y a menace de congestion à l’aconiline, la digitaline. Il est vrai que les médecins pèchent souvent par excès de prudence, ils restent, comme on dit, en chemin, laissant la maladie marcher jusqu’au bord de la tombe, se faisant ainsi complice du fossoyeur. Hamlct philosophant sur un crâne rejeté de la fosse, aurait eu fort à dire sur des crânes ayant appartenu à des malades traités allopathiquement.

CONSEILS AUX JEUNES PRATICIENS OU MOYENS DE RÉUSSIR DANS LA PRATIQUE, PAR LE PROFESSEUR CHEEVER, DE BOSTON.

(Boston med. Journ.)

Voici en quoi consistent ces moyens :

« D’abord travailler : la volonté, le zèle, la ténacité, c’est la voie la plus sûre d’arriver. »

Oui, si la voie était libre, et non encombrée grâce au monopole de: l’École qui multiplie les médecins hors de toute proportion avec les: malades... à moins d’en faire.

« Cultivez les bonnes manières ; soyez retenu dans vos paroles. Ne pensez pas tout haut, cela éloigne la confiance. ».

C’est-à-dire soyez gourmé dans la forme, afin qu’on croie à la réalité du: fond (sans s).

« Soyez prudent dans les opinions que vous exprimez. Si vous parlez peu, vous aurez moins à vous dédire; si vous voyez la confiance du'airalade faiblir, prévenez votre abandon en demandant une consultation. »

Et si le Confrère refuse, comme dans le cas du docteur Bourdon?

« Montrez toujours une figure souriante dans la chambre du malade ; l’effet sur le patient en est incalculable. »

Non pas ! Soyez au contraire grave et sérieux. Le singe seul a le sourire de l’homme, mais ce sourire stéréotypé est plutôt une grimace.

« N’abandonnez jamais un malade tant qu’il respire. Procurez-lui une mort douce, mais seulement avec l’assentiment de ses amis. »

Mystère! Quels sont ces moyens puisqu’il faut l’assentiment des amis? Hufeland s’est prononcé pour l’opium ; et on sait que Mirabeau en réclama à son médecin Cabanis, en disant : « Mourir, dormir! » La dosimétrie, elle, emploie les névro-sténiques.

« Restez chez vous ; soyez prompt à l’appel des malades. Ne vous faites pas connaître autrement que comme docteur. »

Le conseil est bon. Le cabinet du docteur est son sanctum sanctofum.

« Commencez par faire de la pratique générale ; vous pourrez continuer ainsi avec honneur et profit (?). Vous ne serez jamais un spécialiste sérieux

si vous n’avez pas fait de la médecine générale. Prenez tout ce qui vous vient et faites de votre mieux. »

Pour être un bon spécialiste il faut être spécial. « Fabricando fabri fimus. » Mais le spécialiste doit être médecin avant tout, à moins de tomber dans le métier.

« Choisissez avec soin la localité où vous vous établirez, et ce choix fait, tenez-vous-y. Identifiez-vous avec votre localité. Si vous n’avez pas de capital, ne commencez pas par une grande ville, à moins que vous puissiez y gagner de l’argent par quelque autre occupation. Dix ans dans une grande ville, cinq ans dans une petite, un à deux ans dans un village, représentent le temps nécessaire pour arriver à une situation satisfaisante. »

Malheureusement le jeune médecin, pressé d’arriver, n’a pas l’esprit de Jules César. Son amour-propre le pousse dans une grande ville où souvent il végète toute sa vie. L’auteur parle de gagner de l’argent par quelque autre occupation; mais quelle? Voudrait-il ramener la médecine au temps de Gil Blas de Santillane?

cc Voilà pour le côté matériel de notre profession. A cela nous ne pouvons vous soustraire, mais ce point de vue n’est pas élevé. S’il n’y avait pas autre chose dans la médecine, nous ferions mieux d’y renoncer ; mais heureusement il y a quelque chose de plus. La médecine n’est pas un commerce, c’est la plus noble des professions. Pénétrez-vous de cette pensée : ne perdez jamais de vue l’amour de votre état, le soulagement de la pauvre humanité, la culture de la science pour elle-même. Plus vous nourrirez la flamme sacrée de l’ardeur professionnelle et scientifique, plus vous serez soutenus, réchauffés, élevés contre la calomnie, les revers, les désillusions. Si vous êtes justes pour vous-mêmes, tâchez de l’être aussi pour vos confrères. Soyez gentlemen et non des êtres âpres, grossiers, avides. Respectez les droits des autres et vous serez respectés. Je me persuade de plus en plus qu’aucun effort n’est jamais perdu, que tout travail a sa récompense. Maintenez votre honneur, votre talent et votre santé et vous n’aurez rien à craindre. »

Hélas! combien ce tableau est loin de la réalité ! Invidia medicorum pessima.

El il en sera ainsi tant qu’une Haute-Cour pour la collation des diplômes n’aura pas égalisé la position entre l’offre et la demande. D r B.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

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