‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 82 sur 246 · TRÉPANATION DU CRANE DANS LES CONTUSIONS ANCIENNES · texte numérisé non relu

TRÉPANATION DU CRANE DANS LES CONTUSIONS ANCIENNES

On sait qu’un jour Dupuytren, en plein amphithéâtre, trépana un malade chez lequel des accidents cérébraux étaient survenus suite de contusion. Tous les signes de la compression existaient et de plus ceux de la suppuration. Mais comment atteindre le foyer? Dupuytren après s’être recueilli un instant, comme c’était son habitude, ouvrit la boîte crânienne, puis incisa la dure-mère. Rien ! L’opérateur—comme Galilée—se dit : Et cependant les signes y sont! Il plonge son bistouri dans la substance cerebrale jusque contre le corps calleux et le pus jaillit, aux grands applaudissements de auditoire. Ce qui a pu paraître une témérité à cette époque, est la règle ujourd’hui. C’est-à-dire que les abcès intracérébraux doivent être ouverts temps, si on ne veut voir périr son malade. Il en est de même des accidents nerveux ou épileptiformes. M. le docteur Révillon vient de communiquer à la Société de chirurgie de Paris, un fait de ce genre, c’est-à-dire une céphalalgie persistante avec amaigrissement progressif du sujet, guérie par la trépanation ; mais comme il n’existait aucune lésion profonde, le tout se réduisit à un simple débridement de la dure-mère. « Tout est bien qui finit bien. » Cependant il ne faudrait pas généraliser et ouvrir le crâne sans avoir préalablement essayé la médication interne par les alcaloïdes défervescents.

Dans la trépanation crânienne, la difficulté réside dans le diagnostic. Ainsi nous avons vu chez un de nos blessés par suite d une plaie contuse de l’occiput être pris d’accidents cérébraux fort violents. Comme il était dans le coma traumatique, il ne nous fut pas possible d’en tirer des renseignements. La mort survint d’ailleurs inopinément; à lautopsie, nous trouvâmes la partie frontale desdeux hémisphères cérébraux profondément contusée et réduite en bouillie par contre-coup. A quoi eût servi la trépanation occipitale?

Dans ce cas, on pourrait trépaner avec deux pôles opposés de la boîte crânienne. Mais que d’incertitudes !

Quoi qu’il en soit, il ne faudrait pas s’exagérer les dangers de là trépanation crânienne. Les anciens chirurgiens étaient plus hardis que nous. On cite entre autres un comte de Nassau, auquel on appliqua seize couronnes de trépan et qui survécut à ses blessures. Le danger est plutôt dans les lésions profondes, difficiles sinon impossibles à diagnostiquer. C’est donc à la grâce de Dieu, comme disait Ambroise Paré.

Page 1