DANSES ET JEUX
EN USAGE DAiNS U ANTIQUE EGYPTE (1),
Ils avaient à mon avis bien raison ces anciens, dont, quoique l'on dise, l'opinion conservera toujours une Irès-positive et très-haute valeur ; ils avaient, dis-je, bien raison de considérer la danse comme une dépendance immédiate de la musique; les modernes Font si bien senti , qu'en établissant les pouvoirs de ces deux filles de la nature, ils ont laissé à la musique une sorte de suprématie, de droit d'aînesse sur sa sœur, ne permettant môme jamais à la cadette de se montrer seule en public,
(i) Ce moireau est tiré d'un travail très-étendu sur l'histoire de la musique et de !a danse, que l'on espère livrer bientôt à
mprossion.
malgré la fermelé de ses allures, qui est pour elle une condition d'existence, malgré les mille moyens de séduction qu'elle a en elle-même et dans ses aimables organes. En effet, il lui faut absolument l'appui de la musique, sa compagne inséparable, qui, toujours auprès d'elle, règle tous ses mouvements, l'excite, l'anime, la modère selon les idées qu'elle doit faire passer dans l'esprit des spectateurs, s'il est question d'une danse mimique, et maintient l'égalité et le juste rapport de ses mouvements s'il s'agit de la danse ballatoire. La chose est si vraie, et la présence de la musique comme aide de la danse si nécessaire, que l'imagination s'est habituée de fait à ne les séparer jamais. Pour avoir de la nécessité de cette union une preuve irrécusable et dont chacun puisse se rendre compte , il suffit de se boucher les oreilles en assistant à une danse quelconque, à un bal, à une scène mimique , tous cesi mouvements qui intéressent par leur grâce, leur légèreté leur ensemble et leur à propos ne se montrent plus alors qu'insignifiants et ridicules. Pourquoi ? Parce que la musique n'est plus là pour tout régler : en cette occasion, quelque satisfait que soit le sens de la vue, l'ouïe veut l'être aussi ; il lui faut de gré ou de force entrer en part de jouissance. Le témoin d'une danse sans musique ressemble à un convive que Ton entourerait des mets les plus exquis et les plus abondants, iet auquel on refusera il à boire.
Cette connexion des deux arts autorise donc le musicien à traiter la matière , sinon précisément ex-professo, au moins de la môme façon qu'un peintre parle par exemple de la sculpture ou de la statuaire.
Il est d'ailleurs de nos jours si commun de parler de ce qu'on ignore, et la mode à cet égard paraît si bien établie, que ce serait presque se donner un ridicule de s'étendre en explications et en excuses sur un pareil sujet.
Du reste en recueillant ici quelques notions sur la danse et les jeux des anciens Égyptiens, on a eu surtout en vue de prouver que dans ce monde où nous croyons peut-être un peu trop facilement que tout change, le fond des choses reste presque toujours immuable, et que certains détails et accessoires, qui varient d'ailleurs à l'infini, se reproduisent plus souvent qu'on ne pense avec des analogies frappantes ; enfin que telles formes qui nous paraissent modernes, datent par fois des époques les plus reculées.
Ces vérités me semblent surtout applicables à la danse et aux jeux de l'Egypte.
En effet, quand on examine avec attention les monuments de cette antique contrée, la première réflexion qui se présente à l'esprit, c'est que les habitants du pays des Pharaons distinguaient comme nous deux sortes de danses, lune mimique, ayant pour objet de représenter une série quelconque d'id('es sars îe secours de la parole et
par le seul moyen de postures et de gestes , différenciés selon les exigences du sujet et en raison du mérite des artistes; l'autre purement ballatoire^ qui consistait surtout en exercices de grâce et d'agilité, et dans laquelle le corps se mouvait en divers sens , tandis que les pieds et les mains prenaient des positions convenues , d'où résultaient des pas ou changements de situation plus ou moins fréquents, plus ou moins rapides.
La mimique était préférée par les hautes classes, et l'on pense que les attitudes gracieuses, les gestes expressifs, les séduisants regards, les voluptueux sourires , essence ordinaire de cette partie de l'art, étaient fort agréablement diversifiés. On possède assez de monuments authentiques sur cette matière pour juger que ces sortes de danses avaient quelquefois , en Egypte , un charme que la Grèce même n'eût pas dédaigné, et remarquons bien qu'elles 'étaient fort anciennement connues, car on voit des représentations mimiques peintes sur des monuments qui remontent à 1450 ans avant l'ère vulgaire.
11 paraît que la danse faisait, chez les Egyptiens, partie des cérémonies du culte, et que cet art s employait généralement pour honorer les dieux aux panégyries ou processions. L'on y voit en effet des hommes et des femmes marcher au son des instruments en prenant diverses attitudes; ils portent des branches d arbres et plusieurs espèce^ de tambours servant à marquer la mesure.
On aurait tort de s'étonner de cette relation de la danse avec la religion d'ailleurs fort grave des Egyptiens, car ces réjouissances se faisaient selon toute {)robabililé en dehors du culte proprement dit et précédaient ou suivaient des cérémonies plus essentielles.
Des divertissements de même genre accompagnaient aussi les fêtes civiles, et répondaient au goût que toute la nation montrait pour ces amusants et iiinocents s, ectacles. D'ailleurs les riches, dans l'intérieur même de leur famille, faisaient exécuter des jeux de tous genres dans lesquels particulièrement la danse et la musique s'unissaient pour charmer leurs yeux et leurs oreilîes. Quant aux gens moins favorisés de la fortune, ils s'efforçaient, selon leurs moyens, d'imiter les plus opulents. Les danses mimiques et ballatoires paraissent avoir été en usage chez les uns comme chez les autres, et à en juger par les monuments que nous connaissons, il semble que les postures bouiïonnes, les attitudes grotesques ou ridicules n'étaient pas les moins goûtées. La musique allait toujours unie à ces am ements : la harpe, la guitare, la lyre, la flûte double et les tambours et cymbales de toute sorte étaient d'ordinaire les instruments consacrés à l'accompagnement des danses. Pour rendre le rhythme plus sensible , on y joignait fréquemment des battements de mains.
Dans la danse purement ballaloire, on re( on-
naît que les attitudes des danseurs ressemblaient singulièrement à celles des temps modernes. Ainsi une peinture de Beni-llassan , nous prouve de la manière la plus positive que celte figure que nous appelons pirouette, dans laquelle le danseur se tient sur une jambe et tourne rapidement sur lui-même, son autre jambe faisant angle droit avec celle qui porte à terre, était en usage à une époque fort reculée. Une peinture de Thêbes représente un personnage détaché du sol , dans une position qui semble indiquer qu'il vient de faire ou qu'il va faire le battement de jambes connu sous le nom d'entrechat.
Les ballets se formaient comme les nôtres de solos, de pas de deux, trois, quatre, etc. C'est ainsi que l'on voit un danseur solo exécutant des pas convenus, suivi parfois d'un certain nombre d'autres qui répètent ses postures. Les solos de ce genre étaient dansés, soit par des femmes, soit par des hommes. On voit aussi des danseurs ou danseuses appareillés deux à deux , puis ces couples former ensuite un ensemble; on se réunissait encore en nombre considérable, de manière à représenter de véritables chœurs ballatoires.
Une des figures les plus goûtées paraît avoir été un certain pas de deux , dans lequel les deux partners, habituellement hommes, s'avançaient l'un vers l'autre face à face ; alors chacun se tenant sur un pied, exécutait une série de mouvements préalablement fixés, puis se retirait en
arriére dans une direction opposée, et enfin tous deux se prenant la niain , tournaient vis-à-vis ou dos-à-dos. Quelquefois aussi les danseurs, se tenant sur un pied , frappaient la terre avec le lalon de lautre pied, en changeant alternativement de jambe. N'y a-t-il pas ici une analogie évidente avec la danse burlesque du polichinelle français ?
Les danseurs et danseuses jouaient souvent euxmêmes la musique qui devait accompagner leurs pas ; dans les pas solos, c'était ordinairement de la guitare que l'on faisait usage , en d'autres cas on se servait de la photinge ou double flûte. Une, peinture de Thèbes représente un pas de sept, dans lequel trois danseuses musiciennes fléchissent un genou, tout en chantant et marquant la mesure par des frappements de mains ; une de leurs compagnes les suit jouant de la double flûte, et derrière celie-ci, trois autres se tiennent debout exécutant des mouvements uniformes, attendant sans doute le moment de venir prendre la place des trois premières, qui les remplaceront ensuite à leur tour.
Il n'est pas douteux que, dans toutes ces danses le talent de mouvoir les mains avec grâce et convenance ne fût un des points les plus importants. L'art ne se bornait pas, ainsi qu'il arrive trop souvent chez les modernes, à la simple agilité des jambes, ou à la seule force du jarret. L'impor-
tance attachée à la partie du geste a été générale dans l'antiquité.
Lesdanseursneportaientd'autre vêtement qu'un simple caleçon ; quant aux danseuses, on les voit souvent vêtues d'une robe très-longue qui leur tombe sur 4es pieds; elle est quelquefpis serrée au-dessus des hanches au moyen d'une étroite ceinture formée de boules pareilles aux grains d'un chapelet ; les plis flottants de la robe laissent la liberté de suivre sous l'étoffe le mouvement des jambes. En d'autres circonstances, elles ont une courte jupe exactement semblable à celles que portent les danseuses de nos théâtres. Souvent les personnages dansants ornaient leurs bras et leurs têtes de guirlandes, de glands, de rubans, et particulièrement de ces mêmes boules enfilées dont on se servait comme de ceintures. La coutume d enfiler des fruits secs et d'en faire des ornements, tels que colliers, bracelets, guirlandes , etc., et de danser avec tout cet attirail, existe encore en plusieurs lieux, et notamment à Naples , parmi les gens du peuple et les paysans, au jour des différentes fêtes si bien adaptées aux habitudes et au climat de ce beau pays. C'est surtout à la fête de Notre-Dame de l'Arc que l'on peut admirer ces parures naturelles, qui semblent avoir aussi leur part dans les réjouissances publiques : on accourt de tous côtés en pèlerinage à une église située derrière la montagne de Soma , l'un des flancs du Vésuve , et l'on en re-
( 161 ) vient chargé de pampres, de branches d*arbres, de fleurs et de fruits, dont on orne aussi les chevaux et les chars rustiques, hommes et femmes attachent de tous côtés à leurs habits des amandes de noisettes enfilées en chapelets; on chante, on danse tout le long de la route, au son du tambourin^ auquel se joint parfois la cornemuse et un instrument de percussion appelé le triquevarlacque. 11 est pour le moins fort vraisemblable que cette fête se rattache à quelque cérémonie du paganisme. Nous connaissons tous l'admirable tableau que l'infortuné Léopold Robert a tiré d'une scène de cette fête, qu'il a su embellir de toutes les grâces et de toute la fraîcheur de son aimable et chaleureuse imagination.
Tous les exercices dont je viens de donner une idée, s'exécutaient à la cour des princes et chez les particuliers , servant ainsi à réjouir les amis de la maison en quantité de circonstances. Plusieurs monuments prouvent à quel excès ce goût était porté. Ainsi l'on voit des personnages traînés par des esclaves dans une sorte de chaise, précédée de danseuses ; on observe aussi dans une autre peinture, un individu porté en litière, devant lequel on exécute des tours d'adresse et de force. Au reste, il se pourrait que ces monuments annonçassent seulement une circonstance particulière et inusitée, telle que celle où un homme perclus des jambes se serait fait porter à un lieu de divertissement, ou bien encore le cas
où il aurait fait arrêter sa chaise pour être témoin de danses exécutées par quelque raison fortuite; enfin l'on peut n'y voir autre chose qu'une affectation de luxe et de magnificence, plutôt qu'un véritable goût pour l'art lui-même. C'est ainsi que dans nos temps modernes les riches créoles de l'Amérique espagnole conservèrent longtemps l'habitude de faire marcher quatre violons en avant du palanquin qui promenait leur fastueuse et oisive mollesse.
Les danses ci-dessus décrites n'étaient pas le seul plaisir pour lequel les Egyptiens montrassent un goût prononcé ; à la suite des repas surtout, ils se plaisaient à offrir aux convives des divertissements de toute espèce, tels que concerts de musique , tours de force et d'adresse, tours de gobelets et de prestidigitation, jongleries, etc.
C'est à une scène de ce genre que doivent être rapportées ces peintures où l'on voit des femmes se penchant en arrière seules ou deux à deux, et pliant le corps à la renverse de telle façon que leur tête vienne se poser sur la ligne de leurs pieds sans que ceux-ci quittent la terre. Xénophon a décrit un exercice usité en Grèce, tellement semblable à celui ci, que l'on pourrait croire qu'il a eu sous les yeux la peinture égyptienne, qui à son époque avait plus de \ 300 ans d'existence.
Un autre monument nous offre un exercice dans
lesquels les deux partners se Irouvenl face à face> l'un place sa lete entre les jambes de Tautre; ils se soulèvent ensuite alternaliveinent , de telle façon que lorsque l'un est sur ses pieds, l'autre ait la tête en bas. C'est là, comme on le voit, un jeu que plus d'un d'entre nous aura pratiqué dans son enfance. Il en est de même de cet autre dans lequel nous voyons un équilibriste égyptien se tenir droit sur la tête, les pieds en l'air sans le secours des mains, et faire ce que nous appelons la cheminée.
Dans d'autres exercices d'adresse et de force, deux hommes placés côte à côte tenaient deux femmes par les mains, de telle sorte que les mains de chacune fussent entrecroisées avec celles des hommes ; alors elles rapprochaient leurs pieds, abandonnaient leurs corps à la renverse, et tournaient dans cette position, tenues par les mains des hommes qui tournaient avec elles, comme si tout le groupe eût été posé sur le sommet d'un pivot.
La lutte paraît avoir été en Egypte spéciale aux militaires, et n'avoir servi ni d'exercice pour la jeunesse, ni de spectacle pour le puhlic; elle différait d'ailleurs singulièrement dans ses principes de celle qui était usitée en Grèce. Mais les Egyptiens connaissaient et pratiquaient de la même manière que nous, quantité d'exercices et de jeux tels par exemple que les joutes sur l'eau. Ils s'exerçaient à la course, et nous voyons dans
rhistoire Sésostris, élevé avec "les enfants nés en en Egypte le même jour que lui, ne recevoir de nourriture qu'après avoir parcouru un espace de cent quatre-vingts stades.
Ils s appliquaient au tir de l'arc, visant au blanc, précisément comme nous le faisons.
Chez eux on rencontrait aussi des bâtonistes qui:, dans les jeux de ce genre , se servaient de cannes tenues de la main droite, le bras gauche était garni jusqu'au coude d'une pièce de bois destinée à parer les coups de l'adversaire.
Un autre exercice consistait à lever des poids. Le corps que Ton voulait ainsi mouvoir, était pris à terre; on le soulevait à bras tendu ; on le portait au-dessus de la tête, et enfin on le remettait en place.
Dans d'autres peintures égyptiennes, on voit des personnages s'exerçant à planter des pointes ou couteaux dans une pièce de bois, au centre de laquelle est un point dont il s'agit d'approcher le plus possible. Pour augmenter la difficulté, l'on plaçait quelquefois des pointes qui, fixées aux extrémités de la pièce de bois, venaient se croiser dans le milieu où elles formaient un obstacle.
Le jeu si connu de la main chaude, celui de la murra, si répandu dans l'Italie méridionale, étaient familiers aux anciens habitants de l'Egypte, chez lesquels les tours de gobelets, de prestidigitation et de jonglerie étaient aussi fort en usage comme je l'ai déjà indiqué.
C'est aux Egyptiens que l'on doit l'invention du jeu de balle. Chez eux il n'était pas comme chez nous abandonné aux enfants du sexe masculin : une peinture fort intéressante de Beni-Hassan, nous prouve que les femmes s'y adonnaient aussi et le pratiquaient en diverses manières. L'une des plus singulières consistait dans la disposition suivante : il fallait être au moins quatre personnes; deux joueuses, placées à distance convenue, montaient sur le dos des deux autres, et se lançaient successivement trois balles, qui devaient être sans interruption reçues et renvoyées jusqu'à ce qu'une d'elles tombât à terre ; la joueuse maladroite remplaçait alors celle qui avait servi de monture.
Il est à remarquer que dans cette manière de jouer, on ne poussait pas la balle par un coup de main qui la rechassât vers le côté d'où elle était partie, on se bornait à la saisir entre les doigts et à la renvoyer immédiatement. On a trouvé dans les tombeaux de Thèbes des balles servant à l'exercice qui vient d'être décrit; leur diamètre est de soixante-seize millimètres ; elles sont couvertes de peau et remplies de son comme les nôtres ; la peau en est taillée en côtes, qui se réunissent sur un môme axe aux deux extrémités, ainsi qu'il se pratique encore aujourd'hui.
Cet exposé dans lequel on a cherché à grouper quelques faits intéressants, prouve de la manière la plus évidente que les anciens habitants
de l'Egypte avaient des danses fort semblables aux nôtres, et qu'ils connaissaient une foule d'amusements que l'on s'étonne, au prime abord, de trouver si anciens; et en vérité l'on éprouve quelque plaisir à voir d'antiques et graves personnages occuper leur enfance à ces mêmes jeux qui font encore le charme de la nôtre. Mais si les Egyptiens se plaisaient aux mêmes divertissements que nous, il faut nous féliciter d'avoir, en bien des occasions, considéré les arts sous un point de vue tout autre qu'ils ne le faisaient. En effet, ces peuples si sensibles en apparence aux charmes de la danse et de la musique, tenaient si peu decomptedes artistes qu'ils ne les distinguaient pas des simples artisans, reléguant les uns et les autres dans la dernière classe de la hiérarchie sociale. Or l'on sait que les individus faisant partie de cette dernière classe, étaient par cela seul déclarés incapables de tout emploi public, et devaient forcément adopter le métier ou la profession de leurs ancêtres; il s'ensuivait que fort souvent les arts n'étaient point cultivés par instinct, par goût, par suite de dispositions naturelles, mais uniquement p^ nécessité.
Une autre conséquence de la classification dt^s artistes, c'est qu'il n'existait en Egypte persoï^ne qui cultivât les arts en simple amateur; on se seait cru déshonoré si l'on eût soi-même pratiqués rces exercices dont on aimait tant à repaître se yeux et ses oreilles. 11 faut se féliciter que les
Grecs n'aient point à cet égard adopté les idées égyptiennes ; ils avaient Tintelligence trop vaste et l'esprit trop éclairé pour ne pas considérer la musique et la danse comme des professions on ne peut plus honorables pour les artistes qui s'y adonnaient , et comme une récréation utile et agréable pour ceux qui s'en faisaient un amusement. Chez eux tout citoyen pouvait, sans dérogation, chanter, danser, jouer des instruments , les éléments de ces arts étaient une partie essentielle de l'éducation de l'homme distingué, et les personnages les plus respectables, Epaminondas et Socrate , par exemple , ne craignaient pas de s'y adonner.
Voyez aussi quelles furent les conséquences de l'idée que les Egyptiens et les Grecs se faisaient des beaux-arls. Chez les premiers, le goût fut purement individuel ; on avait de la musique et des danses pour soi et chez soi, au moyen d'artistes que Ton méprisait et que l'on se procurait moyennant salaire. Chez les Grecs, au contraire, toute la population semble être artiste j c'est pour cela que de bonne heure nous voyons chez eux ces belles institutions de jeux publics, ces concours de chant, de poésie , d'exercices gymnastiques de tout genre, où l'on accourt de toute part et que chaque ville reproduit sur une petite échelle; là il est déshonorant pour tout homme bien élevé d'être étranger aux arts consolateurs de la vie, tant à ceux qui ont pour but d'élever
( 168) Tâme, qu'à ceux dont l'objet est de fortifier le corps. C'est dans celte manière de voir et dans la délicieuse imagination des Grecs qu'il faut rechercher la source de tant de belles inventions auxquelles il n'étail pas donné anx Egyptiens d'atteindre. Ceux-ci n'ont jamais eu rien qui ressemblât à ces brillantes représentations dramatiques où les arts se donnent rendez-vous pour charmer, ravir, enivrer les spectateurs : ces institutions admirables ne pouvaient prendre naissance que sur le sol fécond de la Grèce , y briller promptement du plus vif éclat , puis de là se répandre et se transmettre d'âge en âge, et servir encore après plusieurs siècles à inspirer le talent et le génie. Telles ces plantes nées dans un terrein que la nature et les soins de l'homme ont rendu merveilleusement fertile , sous l'influence d'un soleil protecteur , elles arrivent bientôt à maturité, et leurs premières pousses, soigneusement entretenues, ne tardent pas à offrir une abondante récolte de fleurs et de fruits, source intarissable d'une éternelle reproduction.
NOTICES
SUR
JACQUES TRITTO