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C. Attribution des mômes facéties à des localités diverses

Il est assez naturel que dans les quolibets échangés entre villes voisines, les mêmes galéjades ne se reproduisent, guère. C'est ainsi que Croutelle héritait seulement de la force de la porte Chalon à Saint-Maixent, avec son pont Jaît ici, détail important que rappelait aussi, disait-on, la dédicace du fameux portail (i).

Quant aux finesses de CrouicUe — qui ne furent pas toujours cousues de fil blanc — c'était le souvenir d'une industrie trop célèbre jadis pour que le proverbe, pris ou non en mauvaise part, put s'appliquer à. toute autre localité du Poitou (2). Ces finesses, nous les retrouverons bien loin de cjiez nous, à Dieppe où il s'agit d'ivoire délicatement ouvré (3 et dans les Cévennes — même cette fois avec le fil blanc — sans que nous ayons pu savoir en cette occasion, quelles étaient ces autres petites merveilles (4).

Si Saint-Maixent fut particulièrement en butte aux railleries des Poitevins, on sait qu'il n'est guère de province où quelque localité n'ait le désagréable privilège de servir ainsi de plastron aux autres, cela se voit à l'étranger, on en trouve de nombreux exemples jusque dans l'antiquité classique. Le

(i) Des inscriprions analogues sont mentionnées partout. On trouve dans un roman de Paul de Kock : « Ce hehédère fut fait ici ».

Nous en avons lu une toute pareille sur une maison de campagne du canton de Champdeniers bâtie au xix« s«. La plus jolie nous paraît être celle qu'on voyait dans Téglise de Pantin, près de Paris, dédiée à Sainte- Marguerite, au bas d*un vitrail :

« Les Marguilliers de Sainte Marguerite.

Ont fait bouter cette verrière icyte. »

Hist, de TalUmant des Réaux, Edon Monmerqué. Techener 1862, VI, p. 347, n« 141.

(2) Cfr. Léo Desaivre. Les finesses de Crouteîk, Niort 1891.

(3) Con de M. Auguste Tolbecque.

(4) Blason populaire, 192.

Journal Le Français, du 17 janvier 1880, a commencé à reproduire des Saint'Maixentiade^, la série se poursuit dans Milusine, revue de folk-lore (cfr. notamment la livraison du 5 juillet 1885), nous n'y reviendrons plus. Pendant longtemps ces joyeux devis ont monumenté tous les événements mémorables de la petite cité Poitevine, et peut-être serait-il imprudent d'affirmer qu'il ne s'en produit plus.

Il appartenait au Blason populaire de montrer que les mêmes drolatiques aventures se répètent trop souvent pour ne p4s rendre manifeste la pauveté d'invention des railleurs.

Si Saint-Maixent a son pendu auquel on met une belle chemise blanche à l'occasion du passage du roi Louis XIII (i), déjà un autre pendu^ avec sa chemise changée, se retrouve à Douai» lorsque l'empereur Charles Quint fait son voyage en France (2), mais malheureusement le point de départ de ces anecdotes burlesques est presque toujours impossible à déterminer. On ne saurait dire par exemple, où l'on eut pour la première fois, l'idée du monument /ai/ ici.

Feu Bonsergent, dans son second anicle sur les finesses de Croutelle, (3) nous apprend que dans le Perche, où le petit village Poitevin n'est guère connu, son nom a été pris pour un nom d'homme. On prétend que M. de Groutelle, lorsqu'il vit les clochers de Chartres, exprima ainsi son admiration : « Oh ! les jolis clochers, ils ont sans doute été faits à Paris I » c'est la contre-partie des prétendues inscriptions de Saint- Maixent, de Croutelle et de tant d'autres lieux, elle nous semble assez joliment trouvée. Peut-être aidera-t-elle à comprendre ce que signifie fait ici, ce serait quelque chose comme nobis da gloriam^ non aliis. Nous tenons pour notre part qu'il n'est point d'ineptie qui n'ait quelque raison d'être.

(i) Tallemant des Réaux, VI, 355, reproduit dans les Bons mots et joyeusetés des pendus . Paris 1734, (Go» de M. Alfred Richard.)

(2) Béroalde de Verville, Moyen de parvenir, pet. in-12, nulle part^ 1000 700 39, T. 2, 249.

(3) Revue Poitevine, littéraire, scientifique et artistique, Poitiers. A. Dupré

Il paraîtra vraiment étrange que les élucubrations en apparence les plus originales et les plus typiques soient attribuées très souvent à plusieurs localités fort éloignées les unes des autres.

Le clocher sur lequel on tire pour le déplacer, Saint- Maixmtiade bien connue, se retrouve au moins dans 4 autres lieux : Giiranne, dans le Comtat-Venaissin, Morannes, dans l'Anjou, St-Saulge, dans le Nivernais, Ibos, dans les Hautes- Pyrénées, sans compter les habitants de Petra Curbara et de Siscu (Corse), à qui // ne faut pas demander, s'ils tirent sur le mont Qpoli « avec, une corde de poils. »

A Champlitte (Haute-Saône), c'est, il est vrai, un taureau et non une vache, comme à Saint-Maixent, qu'on hisse sur le clocher pour lui faire manger l'herbe.

Une toiture est mise sur le cadran à St-Saulge, déjà nommé.

L'histoire des barriques entassées pour monter au ciel, est aussi attribuée à Valentigney (Doubs).

Cairanne se voit encore gratifiée de la ^uterelle tuée d'un coup de fusil avec l'individu (ou sautereau), sur lequel elle s'est jetée.

L'inscription banc pour s asseoir aurait été vue à la Ferté- Gaucher (Seine-et-Marne), etc., etc.

C'est assez dire que les farces véritablement particulières à Saint-Maixent, sont assez peu nombreuses.

Cette ville, en somme, est bien moins à plaindre que Niort.

D. La Hoirie d'Ardemborch en Suède

Nous n'avons même pas le monopole des mairies, il faut cependant aller jusgu'en Suède pour en retrouver une cinquième (i).

(i) Faut-il rappeler que nous avons celles de Poitiers, Saint-Maixent, Niort et Fontenay-lc-Comte.

Huet, dans son lier StUsicum, raconte la plaisante façon dont on procédait à l'élection du bourguemestre d'Ardemborch.

Il est difficile de mettre la main sur Ylter Suesicutn, mais le curieux épisode est heureusement reproduit dans le glossaire des Noëls Bourguignons de Gui Barozti — lisez La Monnoye — à la page 3^7 de l'édition d'Abraham Lyron de Modène, Dijon 1720.

Le fait est trop intéressant pour hésiter à reproduire les vers latins du futur évèque d'Avranchcs :

Mox Hardenbergam sera sub nocte venimus.

Ridetur nobis veteri mos ductus ab sevo.

Quippè ubi deligitur revoluto tempore Consul, Barbati circà mensam sutuuntur acemam, Hispidaque imponunt attend menta Quirites.

Bestia, pes, mordax, sueta inter crescere sordes, Ponitur in medio, tùm cujus numine Divûm Barbam adiit, festo huic gratuntur murmure Patres At que celebratur subjecta per oppida Consul.

On ignore si le docte Huet, alors qu'il était précepteur du Dauphin, mit sous les yeux dfe son élève ce beau récit goûté sans doute de la reine Christine.

Ainsi à Ardemborch, les pairs étalaient leurs barbes autour d'une table, on lâchait un pou au milieu du tapis et celui dont il gagnait l'inculte toison était acclamé.

L'académicien Huet avait beaucoup lu, il se pourrait bien qu'il n'eut fait qu'un pastiche de l'une de nos moiries. Remplacez le pou par Tâne et pensez à Niort :

Ma té o ton Niort quond gle grêlant Tavenne Davont deux bourriquets voure tous les pairs son Et quond gl'ant tput mengé, vessi pas la chanson Su quio que gle mugnont, le fant-eils pas le moire ? (i)

C'est avec un plaisir véritable que nous adressons, avant de finir, l'expression de notre vive reconnaissance à tous ceux

(i) La moine. Edition Richard. 23.

qui ont apporté à cet humble travail, leur bienveillant concours, notamment à MM. Henri Clouzot, conservateur à la bibliothèque Forey à Paris, toujours appliqué à l'histoire du pays natal, Paul Sébillot, directeur de la Revue des Traditions popuiatres, P. Rambaud, pharmacien en chef de THôtel Dieu de Poitiers, etc., etc., si connu par ses laborieuses recherches, Alfred Richard, archiviste de la Vienne, Alphonse Farault sousbibliothécaire à Niort et patoisier.

Imp. GouMillan et Chebrou •- Niort.

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LËO DESAIVRE

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