HOTEL SAINT-VAISE
Nous empruutons aux Affiches du Poitou n°^ des 3 et 10 juillet 1717, le récit des deux passages du Comte d'Artois à Niort, 25 et 30 mai de ladite année, que Briquet a reproduit en l'abrégeant dans son Histoire de Niort (1).
« Mgr le Comte d'Artois est arrivé de Nantes en cette ville le 25 mai à 8 heures (2) du soir au bruit de l'artillerie du château et aux acclamations d'un peuple considérable qui témoignait ainsi sa joie de voir ce Prince. Le régiment de cavalerie Royal-Navarre, ayant à sa tôte M. le Marquis de la Roche- Aymon qui en est le colonel commandant, avait été ainsi que la Maréchaussée, à sa rencontre, au delà du faubourg du Port, et précéda et suivit sa voiture jusqu'à la maison de M. Delavault (3), Receveur des Consignations, rue Saint-André (4) où M. de la Roche-Aymon avait peu de jours auparavant pris son logement pour y recevoir Son Altesse Royale, Phôtel ayant, à cet effet, été préparé, ainsi que pour plusieurs seigneurs de sa suite. Mgr le Comte d'Artois voulut bien descendre de voiture à la porte du Pont où il fut reçu par M. le Comte de Lastic, maréchal de camp, commandant en second des troupes de la division, et par M. de la Pommelye, lieutenant de roi, et se rendre à pied à
(1) T. 2 p. îh6.
(2) Briquet Hist. de Niort, dit que le Comte d'Artois dina à Saint-Fulgent.
(3) Michel Noël Delavault, S' de Saint- Vaise et de Souche, tils de Michel t). S' du Fief et de Madeleine-Elisabeth Piet, né le 28 septembre 1720. (Paul Beauchet-Filleau. Lettre du 17 avril 1908). Aubugeois de la ville Dubost. Mémoire de la famille de l,açault. Poitiers, Oudin, 1894.
(4) Appelée Hôtel Saint- Vaise, rue Saint-André, 6 et 8.
son hôtel. La compagnie des grenadiers de la ville^ et les officiers de la Troupe Bourgeoise en uniforme, ayant à leur tète M. Rouget de Gourcoz, Maire, en cette qualité colonel, en uniforme d'officier de ce grade, bordaient la haie depuis la porte du Pont jusqu'à riiôtel. Son A. R. fut saluée par les drapeaux et les officiers. Elle eut la bonté de témoigner à M. le Maire sa satisfaction de l'ordre et (le la tenue de cette Troupe. Le Prince a soupe avec tous les seigneurs qui raccompagnaient et a admis à sa table M. le Marquis de la Roche-Aymon, M. le Marqqis do Monbel, colonel en second, M. de Rosamel, lieutenantcolonel, et M. de la Pommelye, lieutenant de Roi. Le lendemain 26, à \ heure de l'après-midi, S. A. R., après avoir diné avec toutes les mômes personnes, est montée dans sa voiture pour se rendre à La Rochelle. En passant devant le château, elle a été saluée par l'artillerie de la forteresse. La compagnie des Invalides, qui y est en garnison, s'était mise en bataille sur la place. Les grenadiers et la milice Bourgeoise bordaient la haie depuis la place du château jusqu'à la Porte de' la Brèche. La cavalerie précédait et suivait la voiture du Prince qu'elle a accompagnée jhsqu'au delà du faubourg Saint-Jean.
« Le 30 mai, à 2 heures de l'après-midi, Mgr le Comte d'Artois est repassé en cette ville, revenant de Rochefort. Il est descendu au môme hôtel où il avait couché le 25. Il a élé reçu par M. le Marquis de la Roche-Aymon et y a diné avec la même compagnie qu'il avait admise à son premier passage. Les grenadiers de la ville et la Troupe Bourgeoise était sous les armes dans les rues et bordaient la haie, les Invalides étaient en bataille devant le château ; la cavalerie qui avait été à sa rencontre hors le faubourg l'a accompagné jusqu'à son hôtel d'où il est parti à 4 heures pour aller coucher à Poitiers. Le peuple qui avait eu le bonheur de le voir une première fois, n'avait eu que plus denvie de le revoir une seconde, il se portait en loulé sur son passage. Les sentinelles qui
étaieDt aux portes de son hôtel et de ses appartements laissaient entrer tout le monde successivement par ordre du Prince. Il y eut certainement très peu de personnes qui ne purent le voir, chacun s'y présentait avec empressement et avec cette curiosité respectueuse qui marque Tamour et la joie. Au moyen de cela et de la vigilance et de l'attention honnête des sentinelles, il n'y eut ni désordre, ni accident. L'empressement général redoubla surtout au moment du départ qui fut marqué par les cris de vive le Roi et Mgr le Comte d'Artois.
« Ce Prince témoigna dans tous les moments par son affabilité, toute la satisfaction qu'un pareil sp' ctacle donnait à son âme sensible. Il est triste que pendant le court séjour qu'il a fait dans cette ville, il ait continuellement tombé de la pluie. On s'attendait qu'il aurait visité le château et les casernes ; dans cette idée une partie du peuple s'était placé dans les rues où on comptait qu'il passerait. Il serait difficile de peindre le regret de ceux qui ne l'ont pas vu et de ceux qui comptaient le revoir encore. Outre la table du Prince, M. le Marquis de la Roche-Aymon en a fait servir trois autres pour la noblesse et les autres personnes de distinction. Le 2 de ce mois, le colonel a encore donné un souper à la noblesse, à la suite duquel il y a eu un bal qui a duré toute la nuit. On peut dire que pendant huit jours, depuis le 25 mai jusqu'au 2 juin, toute la ville a été en fêtes. Les deux passages de Mgr le Comte d'Artois y avaient attiré un concours prodigieux de personnes des villes et campagnes voisines » (l).
L'hôtel de Saint- Vaise, centre du fief de ce nom, était eu 1777 la maison la plus vaste que Niort peut offrir à ses hôtels de marque, elle porte le n° 6 et 8 de la rue Saint-André et s'étend jusqu'au n« 29 de la rue Basse.
<1) Briquet L. C. dit que les rues de Niort furent sablées et qu'on remit au Comte (JTArtois une copie des Lettres patentes de création du régiment de Royal-Niort, en 16Î1.
Michel Noël Delavault est regardé comme le premier membre de sa famille qui ait pris le titre de S^ de Saint- Vaise et de Souche. Il mourut célibataire et le vaste hôtel fut l'objet d'un partage vers 1800 entre ses cousins de même nom. La partie Sud, aliénée en 1883, appartient à la Loge Ma(;onnique, l'autre portion a encore pour propriétaire mon ami Antonin Delavault (1) auquel elle a été transmise par hérédité. Mais pas plus que les acquéreurs de 1883, il ne possède de titres anciens.
L'hôtel Saint-Vaise est fort antérieur au receveur des Consignations. On croit qu'il lui parvint par acquisition (2).
Sans titres de propriété, date, ni inscription d'aucune sorte, il parait à peu près impossible de découvrir le nom de l'architecte, mais il est évident que le propriétaire qui fit bâtir était titulaire du fief de Saint-Vaise.
M. Henri Clouzot (3) cite Philippe Boursault, S' de Saint-Vaise, en 1609. En 164-2, ce fief est passé à Samuel Boursault que nous ne croyons pas devoir identifier avec Samuel Boursault aussi S"" de Saint-Vaise, ancien de la R. P. R., 1671-1675 (4).
' Saint-Vaise appartint ensuite à Jacques Boursault vivan! encore en 1708, pair et sous-lieutenant au régiment royal en 1702, d'après Tarmorial Bonneau.
Le style de l'hôtel de Saint-Vaise dénote le règne de Louis Xllly et si Ton en croit la tradition, ce prince y est descendu ; il serait donc antérieur à 1628. date du dernier passage après la prise de La Rochelle, et aurait été construit par un membre de la famille Boursault (5).
(1) C'est dans cette portion que Mesdames (>)rnay, Guyot et Dépierris fondèrent en 1841 un pensionnat de demoiselles qui existe encore (Voy. hôtel Marcardière).
(2) La seule maison anciennement possédée par la famille Delavault s'étendait entre la place du Pilori et la rue Rochette parallèlement à la rue du Faisan.
(3) Cens et rentes dûs au Comte de Poitou à Niort au XIII" siècle. Mém. de la Soc. des Antiq. de PO., 2« s", XXVII, 472, n-4.
(4) Nous ignorons son degré de parenté avec François Boursault, notaire royal, pair de la commune en 1661. (Armoriai Bonneau).
(5) On n'a pu découvrir jusqu'ici aucun lien de parenté entre les familles Boursault et Delavault.
Il est à remarquer que Briquet père, loge Louis XIII chez les pères de l'Oratoire le 22 mai 1621 (1), sans indiquer dans quelle maison il séjourna par la suite (2).
Ce que nous ne pouvons nous expliquer, c'est que la raison d'être de cet immense hôtel soit depuis longtemps inconnue. On ignore absolument dans quel but il a été construit.
(1) Hist. de Niort, 1, 871.
(2) 23 avrU 1622, 6 octobre 1627, 19 novembre 1628.