L'ORATOIRE
En 1602, le Cardinal de Bérulle fondait Tordre de TOratoire approuvé par le pape Paul V Tannée suivante. En 1618, Jacques Gastaud, prêtre de la Congrégation, natif de Niort, achetait de M. de Saint-Gelais Tauberge de la Médaille ou du Grand Mare (1) rue du Saumon, dans le but d'y fonder un couvent. Les disciples du Cardinal vinrent à Niort en 1624 et établirent dans cette maison, on ne sait où, une chapelle provisoire ; la première pierre de la chapelle définitive fut bénie en 1650 (2), mais ce triste bâtiment peu solide, n'était achevé qu'en 1653 (3). On sait que depuis la construction du nouvel Hôtel de Ville (4) la portion subsistante de cette chapelle et le bâtiment de la rue Saint-Nicolas, sont les derniers restes de l'Oratoire Niortais.
Le collège longtemps attendu, ouvert enfin en 1716, fut autorisé par arrêt du Conseil d'Etat du 30 avril 1720.
Les Oratoriens, fort mal installas dans Tancienne auberge, firent de vives instances après la fermeture du
(1) Les conférences pour la trêve ouvertes à Saint-Bris le 13 décembre 1586, reprirent à Fontenay et échouèrent définitivement à Niort où Catherine de Médicis s'entretint au château avec Turenne, représentant d'Henri de Navarre. Une tour fut ouverte et on lit un pont allant du logis de la Heine mère au château. La nouvelle porte de la citadelle, située en face de la rue du Saumon, plus tard de i'Oratoire, aujourd'hui de la Bibliothèque, subsista longtemps. Elle se trouvait à proximité de Tauberge de la Médaille, ce qui a fait croire que la Reine mère y était descendue.
(2) Au mois de mai 1068, le Pape Clément IX passa à Niort et logea chez les Oratoriens, se rendant à Poitiers au devant de Louis XIV, pour l'engager à traiter avec le Roi d'Espagne. Après la visite pontificale, la rue de l'Oratoire porta quelque temps le nom de rue Saint-Clément.
Le Hoi Louis XIIl, enfin, descendit à l'Oratoire le 2S mai 1621. (Briquet- Hist. de Niort, I, 371).
(3) Affiches du Poitou du 16 septembre 1774.
(4) Construit de 1807 à 1900.
Couvent des Franciscaines, pour qu'il leur fui attribué, et se croyant sans doute surs d'y parvenir, chargèrent en 1776 leur architecte, le sous-inj^énieur Mathieu, d'en dresser le plan afin de prévoir à loisir au nouvel aménagement. Ce plan a été heureusement découvert par M. Henri Clouzot aux Archives Nationales (1).
L'affaire traîna en longueur, un arrêt du Parlenrient du 9 août 1784, demandait Favis des directeurs de l'Hôpital général sur l'abandon du Couvent aux Hospitalières. Une décision favorable leur permit d'entrer bientôt après en possession. Il est vrai de dire qu'elles acquirent de nouveaux droits à cette faveur, en reconstruisant à grands frais leur nouvelle maison. On paraît avoir invoqué contre l'Oratoire, le danger résultant pour leurs élèves de la proximitéde l'Hôpital général.
Dès 1777, les enfants de Bérulle, incertains sans doute du résultat de leur demande, avaient pensé à transporter leur établissement dans les allées hautes de la Brèche. Le manque de ressources personnelles et le concours toujours précaire de Téchevinage no furent sans doute pas étrangers à l'abandon de ce sédui'^ant projet.
Dans de telles conditions, il n'y avait plus qu'à se résigner à rebâtir sur place. On eu chargea encore Mathieu. Sou plan, envoyé le 27 février 1780, au R. P. Dupleix, Procureur général de la Congrégation, a été aussi découvert aux Archives Nationales par M. Henri Clouzot.
Dès le 28 juillet 1778, l'administration municipale avait consenti à payer annuellement î).400 francs aux prêtres de l'Oratoire à la charge de rebâtir à leurs frais leur collège, mais ce ne fut que le 15 avril 1780 que le Conseil d'Etat prit un arrêt conlorme. On voit que leur architecte
CD Les motifs de cette suppression sont peu connus. Ces religieuses ont-elles été soupçonnées de Jansénisme ? On ne sait où prendre leurs archives.
Dans le même temps, un autre Couvent de femmes était fermé à Poitiers ; cette fois la maison passa à la ville, c'est aujourd'hui la caserne Ste-Catherine.
Cfr. R. P. Marie-Philippe Fontalirant des frères prêcheurs Monogr. du mon. des Dominicaines de Sie-Cathcr.nc à Poitiers, 1628-1783. Mém. de la Soc. des Anti<|. de ro , 2* s'* XXXVIII.
était déjà prêt. Les travaux furent terminés en 1784. Cependant, la Révolution trouva inachevé le bâtiment séparé situé à l'angle de la rue Saint-Jean et de la rue Saint-Nicolas, siège actuel de la Société historique et archéologique et de beaucoup d'autres, alors destiné à une infirmerie et au logement des pères autres que les préfets de pension, le souterrain qui devait le réunir au bâtiment principal resta même à Tétat de projet.
Pierre Mathieu, sous-ingénieur des Ponts et Chaussées en Poitou, fils de Joseph Mathieu, bourgeois de Virecourt au diocèse de Toul, épousa à Niort le 20 septembre 1767 Florence Pétronille Laine.
Ceux qui, comme moi, ont longtemps vécu dans l'ancien collège municipal, seront sans doute peu disposés à louer sa science architecturale. On admirait fort cependant les magnifiques bâtiments de Tancien Oratoire an temps des bals donnés dans les appartements de TEcîole Centrale au commencement du dernier siècle, il est vrai de dire que la ville n'avait alors rien de mieux à offrir.
Nous trouverons bientôt Mathieu chargé en 17G9 du plan des promenades de la Brèche.