‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 103 sur 165 · AVEC DES TABLES CONSTRUITES SUR CBS PRINCIPES · texte numérisé non relu

AVEC DES TABLES CONSTRUITES SUR CBS PRINCIPES

I. est des études qui n'augmentent point les connoissances, ov dumoins ne les augmentent, qu’en écartant ces obstacles dont la bizarrerie’

des hommes en a hérissés la route de toutes parts. Telle est l’étude

des langues, utile si on la méprise, dangereuse si on l’admire. La différence des poids et des mesures est un nouveau langage, aussi barbareet plus ridicule que les autres. Les idées décident des mots. Mais pour ces signes d’institution les idées sont ou seroient facilement les mêmes. Cependant puisqu'il est établi, apprenons-la (cette langue) en murmurant. Elle nous servira d’interprète dans la géographie, le commerce, et l’économique des anciens, objets intéressans dont la connoissance nous empéchera de voir dans les anciens des sauvages ou des demi-dieux.

J'écris en François, parcequ’ on y a assez besoin de quelque chose sur ce sujet, pour ne pas me chicaner sur sa bonté. Je me sers sans’ facon des idées qui m'ont plues chez mes devanciers. Je les ai enchassées dans les miennes. On n’aura pas de peine à les reconnoitre. Voici les principaux auteurs chez qui j’ai puisé.

M. Greaves sur le Pied et Denier Romain, en Anglois. Petit livre mais excellent. M. Greaves possédoit les talens d'un bon faiseur d’expériences. Exact jusqu’à la superstition, patient, laborieux, habile, et sincère, il croyoit n’avoir rien vu dans un objet qu'il n’y eut tout vu. On peut cependant faire plus de fonds sur son témoignage que sur sa critique.

M. Eisenschidt de Ponderibus et Mensuris Veterum. La première

| | partie

partie est fort bonne. Les poids y sont traités avec une exactitude qui ne laissent rien à désirer. Mais l’auteur s’y est épuisé. Il a cro- ‘qué les mesures en apprenti. Rien de plus abrégé et de plus vague que ce qu’il en dit. L'ouvrage est pourtant estimable par la comparaison de toutes les mesures et les poids de nos jours.

M. Freret, Essai sur les Mesures longues des Anciens. Voici un nom Fasarr.. qu’on ne doit proférer qu’avec respect. M. Freret ne démént point sa réputation-par cet ouvrage. On y voit une’ érudition sûre qui em-. brasse toute l’antiquité, une sagacité qui sait concilier. les apparences les plus contradictoires, et un esprit systématique qui réunit tant de. particules éparses dans un corps bien lié et bien soutenu. :

' - M. de la Barre, sur la Livre Romaine, et sur les Mesures anciennes." Dx vs Barnes. Le rival et le contre-part de M. Freret. Il avoit plus d’affèctation

que d'art, et plus d’obscurité que de profondeur. Son grand défaut

est une méthode des plus embarrassées ; son grand mérite consiste en. quelques idées neuves et hardies..

M. Arbuthnot, Table des Poids, des Mesures, et des Monnotes- des ARBUTHNOT: . ‘Anciens, en Anglois.Ÿ Auteur sans prétensions mais non sans mérite.

‘Hi ne veut point donner les principes, mais son livre peut fournir des. détails fort utiles. -

M. PEvéque Hooper. Inquiry into the State of the. Ancient Measures, voorm.. particularly the Jewish, en Anglois. WL’ouvrage de cet habile homme répand de grandes lumières sur le sujet qu’il traite. Quelquefois trop subtil dans ses recherches il.prête aux anciens sa propre exactitude.

De la cube d’une mesure longue mal définie, il déduit, souvent sans au-

torités et par les calculs les plus délicats, leurs poids et leurs mésures . créuses. ‘ Je lui reprocherois aussi d’avoir corrigé ses auteurs-pour se fonder sur ses changemens comme sur leurs propres paroles. Tl est: singulier que les esprits du premier ordre ayent paru ignorer cette.

règle fondamentale de la critique.

. * Mém. de l’Académie des Belles-Lettres, tom. vin. p. 372,.et tom, xix, p. 512. - … ¥-In Ato. London. 1727,

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Nous avons trois choses à rechercher afin de fixer nos idées. 3. Le rapport des mesures anciennes avec celles de notre pays; 2. La proportion de celles de chaque peuple de l'antiquité entr'elles ; et 3. Leurs parties aliquottes. Il n’y a que nos yeux et nos instrumens qui puissent nous instruire du premier rapport. Il leur faut des objets sensibles qui portent encore l’empreinte des poids ou des mesures anciennes. Alors le parallèle devient facile et assuré. Si ces monumens étoient assez nom. breux pour nous faire connoître toutes ces mesures et tous ces poids, leur proportion réciproque en découleroit d’elle-même. Ce n’est que notre disette qui nous oblige de recourir aux auteurs, et en parlant de quelque monument ancién, comme d’un point fixe, de calculer leur valeur positive par leurs rapports mutuels. En suivant cette méthode nous n'avons point à craindre des erreurs grossières, mais. il faut aussi renoncer à une exactitude bien poussée. Ces proportions étoient rarement l’ouvrage d’une recherche attentive et éclairée. Etablies par les besoins de la vie, adoptées par l’ignorance, consacrées par le tems, elles se reseentoient de la grossièreté de leur origine. D'ailleurs les anciens (disons-le sans façon) étoient moins exacts que nous. Peu rompus dans le calcul, génés par la forme incommode de leurs caractères numéraux, ils négligeoient les fractions, et ne rendoient que les nombres entiers. On ne doit pas cependant les confondre dans une même classe. L’imagination enflammée du poéte se refroidera-t-elle par une attention à des : objets bas, stériles, et pour elle inutiles. Elle n’en parle jamais, ou si elle en parle, les idées populaires sont les siennes. Les orateurs, et les historiens (plus orateurs que les nôtres) méritent un peu plus d’égard. Leur but les a souvent engagés à s’instruire plus à fond dans'ces sujets

gans lesquels les affaires publiques et l'histoire ne sont qu’un chaos. Mais ce sont ceux, à qui leur intérêt ou leur curiosité ont rendu nécessaires des idées plus approfondies : les arpenteurs, les architectes, les médecins, les mathématiciens, qui ont les droits les plus décidées sur notre confiance. Cependant ceux-ci mêmes doivent s’évanouir à l’approche d’un monument original. Ces auteurs n’avoient que des yeux,

, nous en avons aussi, et il vaut mieux nous fier aux nôtres qu’aux

leurs. - . Les

Les parties aliquottes ne peuvent guéres souffrir de difficulté. L’autorité les établit, la nation les connoit, et les écrivains ne sauroient va- . Tier à leur égard. On ne les verra ordinairement que dans les tables.

IT

Il semble qu’on devroit fixer sans peine les poids des Grecs et des ‘Romains. Ces poids étoient les monnoies. C’étoient autant de divisions exactes de la mine et de l’once.

: M. Greaves, qui avoit examiné plusieurs’ centaines ‘des deniers qui

sant encore conservés dans les cabinets d’Italie, les trouvoit générale. ment dû poids de 67 grains Anglois (74+). Le Père Bouteroue en pesa depuis qui alloient à 75 grains, et puisque le tems et la cupidité des -hommes diminue le poids des monnoies plutôt qu'ils n’y ajoutent, on doit toujours s’en tenir à la plus forte évaluation comme à celle qui nous est parvenue avec la moindre altération. ,: L'once Romaine étoit composée de sept deniers. Les Romains les plus éclairés, Celse, qui vivoit du tems de Tibére,* Pline, pour qui, l’anti. -quité Romaine n’avoit rien d’inconnue, sont ceux qui nous en assurent. L’once doit donc peser 525 grains.

On a voulu conjecturer que le premier denier Consulaire n’étoit que la sixième partie de l’once. Lorsqu'on m’en produira de nouvelles -preuves, l’on m’y trouvera docile; car les ‘passages dont on a voulu .s’appuyer me paroissent des plus vagues et des plus équivoqués.

Mais quoiqu'il en soit de ce grand denier, il est eonstant qu’il y en a eu de plus légers que le septième de l’once. Pline nous apprend qu’on commencoit à diminuer ce poids.t On s’y prenoit insensiblement et ‘comme à la dérobée, Peu-à-peu le denier n’étoit.plus que la huitième partie de l’once. Le consentement des anciens ne permet pas d'en douter. .

‘On a conclu avec beaucoup de vraisemblance. que les Rémains, à imitation des Grecs, avoient fait leur monnoie d’or, leur aureus, le

st Sed et antea sciri volo in unciA pondus devariorum esse septem. . Cels. I. xv. ç. 17. + Miscuit denario triumvir Antonius ferrum ; alii e pondere substrahupt cum sit justum oetoginta quatuor e libris sighari—Plin. Hist. Natur. I, xxxiii, c. 9.

VOL. le | 3 G double

dotible du denier quant 4 son poids. Comme il # est éonservé beaucôup de ces aurei, nous en tirerons des inductions fort utiles. Le premier établissement des aurei étoit de quarante à la livre. Les plus pesans que rides connoissons sont de 1244 grains Anglois (1473.) On prévient ma conclusion; ces aurei étoient le double des deniers les septièmes de l’once. Du tems de Vespasien et de ses succésseurs, nous trouvons des aurei de 108, 110, et 114 grains Anglois. Les deniers doivent être alors de 54, 58, et 57 grains. Lé premier de ces nombrés nous donne le huitième de l'oncé. Depuis le régne de Gordien, les empereurs, du plutôt les tyrans ses successeurs, avilirent de plus ert plus la gloire et les tionnbies des Rorhaïns. Probus, qui paroît comine restaurateur dé Petnpite dans les historiens aussi bien que sur les médailles, voulut les relever, Elles retombérent après sa mort. Si nous prenons le poids moyen des ard depuis Gallus à Heraclius dus atirohs 68 grains Anglois. Celui du denier séroit de 34 (401) un ett plus dé 14 moitié de Fancien dentur, et pas lu troisième partie de l’once. J'ai peiné à éroîre cependant que le denier, comme poids, ait suivi toute la bizartetie de ces révolutions; Lés auteurs pardissert n’en avoir connu que deux. Il étoit le septième de Fonce. - Il en fut ensuite le huitième. Il perdit peu ‘après sont égalité avec le deniér monnoie, demeureiit fixe pendant que cëhii:cf changeoït d’un jour à Pautre. Il en a été ainsi dans tous les pays de l'Europe. Du tems dé Charlemagne une livre de compte valoit une livre pesante d'argent, aujourd’hui elle n’en vaut pas la centième partie.

Douxe onces faisoient la livre Romaine. La belle occusion d’étaler de l’érudition, puisque la chose est des plus claires et des mieux connues. Un savant du sièclé passé ne leit pas népligée. Je me contenterai de dire qu’une telle livre seroit de 6300 grains, ou de 10 ONES 540 grains.

Le talent etoit composé de seirante mines. Tous les talens, tras dif. férens les uns des autres, gardoient cépendant la même. proportion entr’eux. Le talent pesera cinquante-deux livres et 528 grains. -

Les historiens nous ont conservé ce traité orgueilieux que les Romains firent signer à Antiochus. On lui impose un grand tribut qu’il doit payer en talens Attiques. On stipule que le talent pesera 80 livres Romaines, Nous aurons un talent de 54 livres onze onces. La dif. ‘férence est d’une livre et environ dix onces. Je conçois que les Romains,

- aussi

aussi éolairés sur leurs intérêts que les Germains, préférèrent les vieilles espèoss comme les plus pesantes, mais la hauteur, la franchise de leur conduite envers Antioebus n’auroit jamais pu descendre 4° une supercherie de banquier, Il a donc dû exister un talent Attiqué du poids de quatre-vingt livres Romaines, Sa drachme de 84 grains me paroit même la drachme de Solon, quoiqu’elle perdit un peu de son poids dans les tems les plus reculés.

. Le commerce et l’empire d’Athènes donna un grand cours à ses poids et monnoies, et l’on convient que lorsqu’il est parlé de talens ou de drachmes, sans autre désignation exprimée ou impliquée, c’est toujours de celles de l'Attique qu’il faut l'entendre. Elles n’étoient ce. pendant pas les plus anciennes. Trois cens ans avant Solon, Phidon, tyran d’Egine et d’Argos, de la postérité d’Hercule, régla les poids du Péloponnèse et le premier fit battre de la monnoie.* Comme elle étoit unique alors, elle eut besucoup de réputation. Les Athénieas mêmes s’en servoient en la méprisant. Le drochæe d'Ægine étoit la paye qu’on desmoit per jour à un cavalier. Kile valoit dix de ces oboles dent Ia drachme Attique contenoit six Le talent dEgine pesoit quatre-vingt cing livres, onse onces cf S04 grains, et sa drachme 1814 grains. Le paide des rerradrachnes qu'on frappoit dans cette île sera de 5264. Vaici pourquoi j'ai rapporté cette dernière valeur. Il n’est guères pos. sible de s’ammser beaucoup à ces discussions, sans sacrifier quelquefois à ce goût de conjecture, la plus douce récompense de ses travaux. En considérant les poids Romains, leur état isolé me surprit 5 est-1l possible, me dis-je à moi-même, que ce peuple, ramas-de cent autres peuples, n’ait emprunté les mesures d'aucun que nous connoissons ? Les nations dont. le. sang toujours pûr a coulé sans mélange étranger n’ont pas dé. daigné ce commerce, si propre à fixer leurs idées chancelantes qui ne savoient où s'arrêter, La connoissance de la tetradrachme d’Egine me

# Saduuss. re Apyeiwy roparre, re Fa perpe monrarros Îlenotorrpeioint nat vSpicarvros payisd iy Exqer ovevrwy, os dasasywes tas Han cyapoberas, aures rar OAuuriy ayaxa sbyxe. Herodot. |. vi. c. 127.

| &udwr Apyus xparuy Lerpa was S'alua wporos speupey. Euseb.n. 1217.

* desdwy o Apysios ruioua apyupay ev rn Aiyivy swoincey. Marmora Arundel.

+ ‘Mensureé et pondera Phidon Argivus, ant Palamedes, ut maluit Gellius. Pin. L vil.

3a? les

les rappela ces réflexions plus vivement, Son égalité avec lence -Romaine à un trois centième près, me parut trop précise pour la rejetter sur le hasard. Je me confirmerois dans cette idée, en examinant les canaux par lesquels ce poids a pu pénétrer jusqu’à Rome. Ils sont tout ouverts. Quelques années après que Phidon eut reglé les poids du Pélo- ° ponnése, une colonie de Lacedémoniens passa dans le pays des Sabins. Rien ne relève autant nos idées de la discipline de Lycurgue que cette migration. Ces exilés aimèrent mieux s’expatrier que de s’y.seumetire, et cependant s’il parut des Sybarites à Sparta ils semblèrent des Spartiates à Cures. Les mœurs dures et austères qu’ils. communiquèrent aux Sabins furent longtems l’admiration des Romains. . L'union de ces. deux derniers peuples fut étroite dès le.commencement. Tatius et ses: Sabins s’encorporèrent aux Romains de Romulus. Si l’on trouve ce règne trop guerrier’ pour des arrangemens de police, Numa, son succes. seur, prince pacifique et Sabin, doit avoir réglé les poids, et s’il La fait, quel modèle a-t-il pu suivre que celui de sa patrie? - .

: Passons à la Palestine, petit pays, mais plus conna que Tes vastés © contréés de la Tartarie. Cette course paroit un écart, mais il-ne l'es point. Le premier peuple que nous trouvons sur‘ces côtes; ce sont Jen . Phéniciens, dont le commerce.et les colonies remplissoient toutes les mers depuis lés Indes jusqu’au delà des colonnes d’Hercule, et rendoient Tyr et Sidon les entrepôts de l’univers. Nous devons nous'attendre à trouver partout les vestiges de leurs poids. Un peuple :de guerriers peut mépriser ces détails, mais une nation de cominercans en sentira le prix, et travaillera à les établir partout. Le talent Zÿrien étoit ou double ou simple, celui-là composé de 12,000 drackmes, celui-ci de 6000. Hiéron, auteur estimé, et qui mérite de l’être, égale le talent Attique à celui de Tyr, et nous donne à connoître que c’étoit au simple} la drachme de la Phénicie aura le même poids que celui d’ Athènes. .. Il est assez vraisemblable que Solon, lui-même négociant, avoit cherché dans sa réforme des poids la plus grande facilité du commerce. . +

Il n’y a point de difficulté à suppeser que Solon reçut ses poids des Phéniciens, dont il voyoit les vaisseaux tous les jours dans le port d'Athènes. Mais si l’on trouve ce trajet encore trop long, .on peut croire.qu’il les reçut en droiture de Pile d’Eubée, voisine de l’Attique, et dont elle tiroit beaucoup de bled. Tout au moins nous engage à

croire

croire que le talent d'Athènes, celui de PEubée, et le talent simple de Tyr, étoient tous les trois égaux. Car premièrement, lorsque Darius changea les dons gratuits de ses sujets en tributs réglés, il statua qu’ils payeroient l'argent en talens Babyloniens, et l’or en talens de l'île d’Eu: bée.* Pourquoi ce choix singulier? Un roi de France a-t-il jamais.fait payer la taille en argent de Suisse? L’Eubée étoit peu connue dans le monde ; bien loin:d’être sujette à Darius, elle lui étoit ennemie. Encore une fois, pourquoi ce choix? Ce ne peut être que le talent de quelque province de l'empire de Darius, talent célèbre, mais qu’Hérodote a mieux aimé exprimer par un talent Grec qui lui étoit égal. Cette’ province ne pouvoit être la Babylone. L'Egypte commercoit trop peu avec l'étranger pour qu'on préférât ses poids. La Lydie auréit de.grandes prétensions. Le Pactole rendoit son or célèbre; c’étoit même l'or du darique. Mais Hérodote avoit trop bien fait connoitre la. Lydie pour craindre l’obscarité en la nommant ici. D'ailleurs qu’elle liaison entre la Lydie et l’Eubée? Il y en avoit beaucoup entre cette île et la Phénicie. - Cadmus l’avoit côtoyé et s’étoit établi dans son voisinage. Palamède, dont. les inventions valurent plus a la Grèce, que la valeur dé cet écervelé Achille, étoit natif de cette fle. Il emprunta ses lettres de la: Phénicie, pourquoi pas ses poids? I=" .Les anciens ne frappoient de monnoies, surtout celles d’or, qui ne fusseat quelque partie’aliquotte de la livre du talent. “Le darique, égal à l'au. reus d'Athènes, étoit.la trois millième partie:d’un talent d’or Attique. Cependsnt les-rois de Perse n’ont jamais emprunté leur monnoie favorite d’une petite république. | Si le talent d’Athènes étoit celui de Tyr, il n’y a plus de difficulté. Ce n’est pas une preuve, mais c’est au moins un préjugé favorable. [I= .Le.talent d'Athènes étoit égal à celui de Tyr. Neus venons de le voir chez Hiéron. Soirante-dir mines At. tiques faisoient le‘ talent Babylonien. Pollux nous l’apprend. . Sosrantedix mines Euboiques faisoient le même talent Babylonien suivant Hérodote; la conséquence est toute simple.

On sero surpris que les Juifs eussent d’autres poids que ceux de leurs voisins, ceux de la Phénicie surtout. Grossiers et ignorans ils devoient tout aux autres peuples, et ne leur rendoient qu'un vrai mépris

* Herodot. 1. iit. c. 95.

de barbares. . Josèphe, Philon, et les Septante, tous instruits dans les usages. de leur nation, et plus en état que leurs concitoyens d'en faire la comparaison avec ceux des étrangers, égalent tous le skekel des Hébreux à la tetradrachme Attique, ou à la didrachme d' Alesandric. Trois mille shekels faisoient le talent Juif, qui ainsi étoit égal à 12,000 drachmes Attiques ou Tyriennés, c’est à dire au talent double de Tyr. M..Hooper, toujours profond, a voulu examiner l’évalumtion de Maimonides, il l'e trouvée n'être pas fort éloignée de celle de Josèphe ; et même il est parvenu à rendre raison de cette différence. . Mais ii faut voir tôht ce morceau, qui est un. chef-d'œuvre de la critique, dens l'ouvrage du savant évêque.

.. Ces poids ont-ils tpujours été les mêmes ? Les rabbins prétendent que pendant la captivité, ils empruntérent ceux des Babyloniens plus pesans que les leurs d’un sixième Cette adoption paroit natuxelle, nous verrons qu'elle a eu lieu pour les mesures. Mais comme Josèphe, Philon et les Septante, ne l’ont point connue, le témoignage de quelques rabbins postérieurs de cing ou six cens ans, et justement décriés pour leurs critiques, ne peut point leur être opposé,

. Tout ce qu'on peut alléguer en faveur du sentiment des rabbins, ce sont quelques shckels conservés, dont le poids est égal à 319 grains #Angloës (2583), un peu moins d’une demie-once Ramame. Mais ces . pièces sont renvoyées par les savans aux derniers tems de Ja nation Juive. Alors comme leur tribut aux Romains se payoit en shekels, il étoit de leur intérêt d’en baisser le poids, et rien ne seroit autant la pillule aux yeux de leurs maîtres, que de leur faire croire qu'ils rétablissoient le shekel de leurs anciens rois, shekel dant le paids était pré. cisément là demie-once Romaine. Ij n'en falloit pas davantage à un antiquaire pour faire sortir les deux nations d'une même souche, ‘Felle est la conjecture de M. Hooper. Elle est ingénieuse, Mais je dente que les Romains se fussent si fort enorgueillis de cette parenté, © :

,* Kcoutens Cicéron; que cet orsteur uqus juttryise des seotimens des Romaine à l'égard de ce penple ohoisi. “ Stantibus Hierosplymie, paeatisque Judæis, tamen istorum religio sacrorum a splendore bujus imperii, gravitate nominis nostri, majorum institutis, abhorrebat. ‘Nunc vero hoc magis, quod illa gens, quid de imperio nostro sentiret, ostendit armis: quam cara Diis immortalibus esset ostendit armis, qudd est victa, quèd elocata, quod servata.”’ Cicero pro Flacco, c. 28.

Lorsqu’

Lotsqu'Alexandre jetta les fondemens d’ Alexandrie il se proposoit d’y transporter tout le commerce du monde. Il vouloit la mettre à la place. de Tyr qu'il venoit de détruire. Pour que les nations ne s’appetcussent d’autve changement que de celui du lieu, il étoit naturel qu'il waltérat point les poids de l’ancien entrepôt, Il ne le fit point. Le talent 'Alerandrie contemoit deux fois celui d'Athènes et était égal au double talent de Tyr. | |

On verra dans les tables quelques autres talens moins connus, le Corinthien, le-Rhodien, le Byrien, &c. Je ne parlerai pas encore des talens d'Homére.

. Peut-être ne seroit-il. pas difficile d’étendre ses conquêtes, et en rassemblant. les: passages épars des voyageurs et des missionnaires, de fixer les poids des Turcs, des Arabes, des Persans, des Indiens, des Chinois, des Japponois, dc. mais à quoi aboutirait cette connoissance? Attendons que les travaux de nos savans ayent enrichi k littérature des . écrits de ces peuples. Alors cette connoissance deviendra nécessaire. Aujourd’hui elle seroit pénible et sans fruit. |

Arrétons-nous un moment. Quelques centaines de monumens, et deux proportions des plus simples, nous ont conduits à la connoissance de la livre Romaine. Comparons-la avec quelques livres de fer qui nous sont demeurées, La plüpart sont fort endommagées. Des deux les plus entières on déduiroit une livre de 10 onces 408 grains. La différence est de 132 grains. Elle ne m'étonne point. Ces livres, quoique les moins rongées, devoient néanmoins avoir perdu de leur poids.

Le conge Farnèse est célèbre parmi les antiquaires. Je ne le suis point assez pour croire qu’une providence toute particulière a veillé à sa conservation ; je sais seulement qu'il existe à Rome dans le palais des Ducs de Parme. Une inscription gravée sur le dehors nous apprend qu'il contenait le poids de dix livres, et les anciens sont d’accord. que c’étoit dix livres d’eau ou de vin pur. M. Auzout de l’Académie des Sciences l'ayant rempli d'eau de fontañie, trouva pour le posds de sa capacité, 62,760 grains. La livre Romaire en aura 6276 et Ponce 523. Cet accord, 735 à près, avec la livre trouvée par les deniers, doit faire

‘évanouir le moindre soupçon. S'il valoit la peine de choisir entre les ; deux

deux livres, je préférérois celle des’ deniers. ‘ L’epération est plus simple.

On vient de voir un système chair et suivi Il n’est fondé que sur les monumens, : combinés avec les écrivains du bon tems. Ceux du Bes .Empire, Fannius, Dioscorides, Galien, &c.. nous égareroient, si nous les prenions pour nos guides. Ls établissent pour fondement de leurs hypothèses, l'égalité du denier non-seulement avec la drachme de leurs jours mais encore avec celle du tems de Solon. Il est de fait que ces deux poids différoient au mains d’un treizième. D'ailleurs ces auteurs, moitié Grecs moitié Romains, altèrent les coutumes des deux nations en tachant de les concilier, et se plaignent alors des ténèbres dont ils se sont enveloppées.* A tout moment ils se répètent, ils se contredisent les uns les autres, et eux-mêmes ; et vous sentez à chaque ligne qu'ils n’ont jamais consulté les meilleurs de tous les livres, les étalons dés poids. :. On a été assez bon pour chercher les raisons de leur égarement, et pour leur prêter des interprétations qu'ils de méritent point, et dont ils sont assez peu susceptibles. t

Les Grecs furent longtems un peuple sans commerce et sans police ; occupés de leurs guerres, ou plutôt de leurs brigandages, ils négligeoient tous les arts. Un tel peuple dévoit se soucfer assez peu de précision ‘dans les poids qui ne sont que les moyens du commerce. Aussi seroit-il difficile de les apprécier au juste.

Solon, le premier des législateurs en grand, car Lycurgue ne fit attentian qu’à un seul objet, la discipline militaire; ce Solon, dis-je,

# Dioscorides dit que le conge pesoit sept cens vingt drachmes. Nous savons qu'il tenoit au moins huit cens quarante deniers; cependant un moment auparavant il avoit ‘égalé la drachme au denier.

+ M. Hooper adopte une idée de M. Greaves qui pense que lorsque ces écrivams parlent de la drachme comme le huitième de l’once, ils n'entendent poiat l’once Romaine, Anais une once que les Atbéniens composèrent à limitation de leurs maîtres. Mais ce système ne les sauve point. Si la drachme suivit les révolutions du denier, pourquoi r onteils ignorée ? Si elle ne les a pas suivies, pourquoi les égaler?

trouvant

trouvant l’état d’Athènes obéré de dettes, baissa les poids et lès espèces dun quart. Cette raison a pu l'y engager; mais je ferai voir dans la suite qu’elle n’a pas dû être la seule. |

Il n’existe qu’une seule drachme, le poids de la Grèce sur laquelle ‘tous les autres se régloient ; M. Greaves lavoit trouvée dans la Mer Noir: elle pesoit 66 grains Anglots (783).

Nos principes cependant ‘seroient mal-appuyés, si nous n’avions qu'une seule ressource. Dans la critique comme dans la physique, tine seule expérience ne doit jamais suffire. Mille causes étrangères peuvent s’y méler, dont la moindre, en corrompant sa pureté, nous égareroit dans notre recherche.

= Heureusement pour nous les Grecs frappoient des fetradrachmes, ou des pièces de quatre drachmes. M. Greaves en vit beaucoup dans son voyage de lorient. Il s’attachoit sur-tout à ceux qu’il déterroit dans des lieux écartés où la curiosité des Européens n’avoit pas encore enseigné la mauvaise foi et l’imposture.* Ceux ‘qui paroissoient les plus parfaits s’accordoient à lui donner 268 grains Anglois (316). Nous avons donc une drachme de 67 grains Anglois (79). Une demie. -drachme et un obole ne font qu’appuyer ce résultat. :

Nous avons soupçonné que la monnoie d’or des Romains pesoit deux de leurs deniers. Nous savons que chez les Grecs elles pesoient deux drachines Attiques. Polluxt et Hesychiust en sont mes garans. Je ne dis rien de’ dariques. M. Greaves n’en avoit jamais vu, et quoique M. I’ Abbé Barthelemi m’apprend le titre d’une de ces monnoies conservée dans le cabinet du roi, il ne dit rien du poids. Une monnoie d’or de Philippe pèse, suivant Snellins, 134$ grains Anglois, (159) et une autre d'Alexandre 133} grains Anglois (158.)' La drachme de celle-ci est de 79 grains, de celle-là d’environ 794. Qu'un Anglois donc se tienne assuré que la drachme de Solon. étoit de 67 grains; qu’ un François l'apprecie à 73 grains.§

| # Greaves's Miscellanies. Tom. i. p.261.

+ 6 ds xouees sary duo sive papas Ariinas. L. iv. c. 24. |

Æ MoAapagyos qui duvartas rov xpucey wapa ros Arrinois Spaypas duo. yy Ber TE XeUrU Sganginy, romiomaros apyvpis Spaypas exe. : Hesych. in voce Xpve'ss.

§ Histoire de I’ Académie des Belles Lettres. Tom. xxi. p. 24. > VOL, Ill. | 3H Dans

418 DES porDs, DES MONNOIES, ET DES MESURES DES ANCIENS.

. Dans les tems postérieurs les drachmes perdirent de leur poids. IIs devinrent égales aux deniers. Ii n’éxiste point de ces drachmes nowvelles qu'on Apu ,commencer à frapper vers l'in deux cent cinquante avant Jésus Christ, et cette perte, qui n’étoit point singulière, vu le petit nombre de ces espèces qui nous -est parvenu, a fait soupconner à MM. Greaves et Eisenschidt* que cette égalité n’existoit point, ou du moins qu’elle n’étoit qu'une égalité arbitraire et d’échanget. Les témoignages qui l’établissent me paroissent néanmoins des plus décisifs. Celse, dont on connoît l'habileté, la donne d'une manière à faire voir qu'il les avoit comparés avec toute cette exactitude si nécessaire et si peu commune, dans les opérations délicates de la médecine.t Pline et Galien|| lappüyent sans paroitre le suivre. Je ne parle point de tous les historiens, Leur noms grossiroient la nuée des témoins, sous y ajouter beaucoup d’évidence. Nous pouvons conclure aussi que 14 drachme Attique 2 suivi le sort du denier Romain, et qu’il est devenu la huitième partie de l’once Romaine vers le tems de Vespasien. Nous ‘pouvons le éonclure puisque les écrivains tiennent toujours le mêmè langage par rapport à leur égalité, Cent drachmes fhisoient la mine, Elle pesvit done treise onces et A1 grains. Le savant M. Hooper prétend deviner la mine par une voie. assez détoutnée. La cube de la spéfhame Grecque lui a domné une “mine assez peu éloignée de la nôtre { Mais -de-qui a-til appris la liaigon de la spithame et de ia mine? De personne.

* M. Eisenschidt ptodnit une tétradrechme de 398 grains, Le drechme en euroit 834, Mais cette évaluution s’écarte trop de toutes les autres, Peut-être qu'à l’ooeasion du quelque grand évémement on avoit frappé des drachmes plus pesantes. Pentétre aussi qu’on vouloit les ramener à leur ancien poids. V. Eisenschidt, p. 42.

+ V. Greaves’s Miscellanies, tom. i. p. 285. Eisenschidt de Ponderibus Veterum, p. 44.

t Unius inde denarii pondus dividi a me in partes sex (sciri volb), ut idem ia uncia der narii habeam, quod Græci habeant in eo quem OfoAcy appellant, id autem ad nestra pondera relatum paullo plus dimidio scrupulo facit, Cels.'L. v. c. 18.

§ Drachma Attica denarii‘argentei habét pondus. Pin. L. xxi. ©. 34; |

| | Tlpudyroy 071 Spa Asyopey vu er rois rorsves arartis, oms¢ Pepa Syvepior ovonakeow. Galen. L. Wii. de Contposit, Medicament.

4 6840 grains Anglois, (8080) V. Hooper, p. 49.

Jusqu'ici nos idées ont été simples: des objets matériels jugés sur le rapport de nos sens. <A présent il nous faut suivre et décomposer toutes ces combinaisons que l'imagination des hommes, guidée par leur intérêt, leur a suggérées ‘° Etablissez,” leur a-t-elle dit, * un instru ment commun du commerce. N’échangez plus le bled contre la laine; mais échangez le bled et la laine contre cet instrument qui devra son prix à votre consentement mutuel, : Un seul de ces instrumens ne vous suflira pomt. Celui du commerce en gros seroit peu susceptible de division dans les menus détails; et la mesure de ceux-ci rebuterpit, le commerçant en gros par son poids incommode. Foyillez dans les entrailles de la terre. EWes vous fournirent des minéraux assez maniables, assez rares et assez durables pour devenir cet instrument que vous cherchez; De là est née la valeur de l’ar et de l'argent, valeur d'institution que Pline a eu tort d'envisager comme la racine de tons les vices, L’avarice, l’injustics, l’usure n’ont jamais plus désolé Ja société que parmi les premiers Romains, L'objet de leur cupidité était dix livres d'airain ou un troupeau de bœufs: gelui de deur postérité mil livres d'or. Voilà toute la différence,

Le prix de toute marchandise dépend de deux choses; de 59 rarete, et du besoin réel ou imaginaire qu’on eng. La dernière de ces causes n'a jamais pu influer sur le prix de l’or et de l’argent. Avides de ces métaux précieux, les hommes se ‘sont toujours persuadés -que labon: dance, les plaisirs, et les arts marchoient à leur suite. (C'est pourquoi, comme je ne -pourrois attribuer la-pauyreté d’un peuple a se philosophie, je conclurois berdiment, qu’il étoit destitué d'industrie, qu’il ne savoit ni travailler ses mines, ni s’ouvrir des mines entere plus intaris. sables par son commerce et ses manufactures, - Cependant quaique cette erreur populaire nous serve de guide dans l'histoire, c’est toujours une erreur. - Si la quantité d'or et d'argent dans a .pays augmente de dix fois, toutes les commodités de la vie hausseront d'autant, et ce peuple se trouvera dans le même état qu'auparavant, Ce-n’est pas que les princes ayent tort de s'intéresser un peu à cette richesse numéraire. Un particulier est riche par la proportion de ses revenus eyec eeux de

SH2 ses

ses concitoyens. Une société s’est comparée à ses voisins, et dans les conjonctures où leurs intérêts réciproques les unissent ou ke divisent, les trésors tiendront souvent lieu de forces. Ils soudoyeront les troupes des nations plus belliqueuses et plus pauvres. Leurs possesseurs s’en serviront dans leurs guerres et dans leurs négociations. Ces dépenses, il est vrai, feront sortir cet argent de leur pays, et les réduiront bientôt au niveau de leurs voisins: mais aussi s'ils ont su profiter du moment de leur supériorité ils sont devenus leurs maîtres. Je ne comméis que : la Chine qui ait fermée ses mines d'argent. La raison en est sensible, et fait l'éloge de ce peuple de Kgislateurs. Isolée dans l’univers, la Chine ignore la richesse relative et le commerce étranger. Liaugmentation ou la diminution des métaux n’intéressent nullement le com- ‘merce intérieur et les arts.

- On compare l’or et l’argent avec les objets de sa dépense. On les compare encore entr’eux, pour fixer leur valeur proportionnelle, ‘En Angleterre et en Espagne, cette proportion est d'un d quinze. En France et dans le reste de l’Europe d’un a quatorze et demi. ‘Pari les anciens la proportion la plus commune étoit celle d'un d un. Ces variations arrêtent, dès le premier pas, quiconque veut fixer les monnoies des anciens d’une manière raisonnée. Nous exprimons le prix de toutes les marchandises par une quantité déterminée d’or ou d’argent. . Comment exprimerons-nous la valeur de ces minéraux? La déduire de leur: proportion, n’est qu'un cercle vicieux qui n’instruit point. Prendrons-nous l'expression de cette valeur comme elle est fixée parmi nous ? Ce seront au moins des idées connues, Mais alors de quel point doit-on partir ? Si nous prenons l’or, l’argent calculé en proportion décimale vaudra plus que chez nous. Si c'est l'argent, l’or vaudra moins. En un mot l'argent étoit-il plus rare chez les anciens, ou l’or étoit-il plus commun que chez nous? Dans l'incertitude il faadroit se déterminer pour l'argent; et le compter au taux qui a lieu parnu nous. Ce métal a toujours entré dans le commerce comme moyen principal, pendant que l'or n’a souvent été considéré que comme une matchandise précieuse. Mais j’aimerois encore mieux embrasser ce parti par raison que par nécessité. Le champ est vaste, nos connoissances légères ; la comparaison ne peut être que vague; cépendant, je ne crains pas de l'ébaucher. 1. L'Afrique doit renfermer dans son

son sein des trésors immenses. Le pays le plus fécond en or que nous connoissons, c’est la Guinée. Mais enfin la jalousie des natifs nous a

interdit l’approche des mines; nous recueillons dans les rivières et sur

le bord de la mer les paillettes d'or que les torrens des montagnes ont entrainéés dans leur course. Nous y puisens des richesses immenses. Les anciens ignoroient cette côte, mais sur celle de Sofala à l’orient de l’ Afrique, ils avoient des mines aujourd’hui perdues ou épuisées. Salomon, roi des Juifs, en tira dans une seule année 666 talens d'or. Un poëte eût dit de l'ancienne Arabie qu'elle nétoit qu’un morceau d’or massif, Un historien exact nous apprend que l'or y étoit commun à un tel point, qu'il étoit à l'argent comme deux à un, et comme trois à un au fer. Mais l'Amérique=-ne devons-nous pas nos vices et nos richesses à Colomb? Il est vrai: tous les autres pays doivent le céder au nouveau monde pour les mines d'argent; mais pour celles dor l'Afrique l'emporte de beaucoup. Tel est au moins le sentiment d’Acoste, observateur savant et laborieux. Acoste vécut avant la découverte des mines du Brésil, mais celles-ci l'ont été depuis trop peu de tems, pour avoir encore changé le système des espèces en Europe. Sj nous arrêtons la vue sur les extrémités de l'orient nous verrons que l'Inde enrichissoit les anciens, autant qu'elle nous appauvrit. . Les Persans et les Grecs de la Bactriane, par les conquêtes et par le commerce, sattiroient les trésors que la nature avoit prodigués à ses foibles habitans. Ces nations voisines avoient des besoins mutuels; et les espèces passoient chez la plus industrieuse. Ce commerce maritime si lucratif à quelques uns, mais si fatal à nos richesses, n’a commencé que sous les Ptolémées ; les Romains en ont senti les effets; mais les poisops lents ne détruisent le tempérament que peu-à-peu ; le nôtre le seroit déjà, si le midi et l’occident ne réparoient pas en partie Ce que orient engloutit.

A juger sur cet exposé, les avantages paroissent balancés ; on décideroit volontiers que nous recevons plus d’or et que les anciens dépensoient moins. Mais nous avons oublié une circonstance qui fait pencher la balance de leur côté. Dans le travail ingrat et difficile des mines, ce n’est point la même chose de les aller chercher sous un ciel étranger ou chez un peuple barbare, et de les posséder au cœur de sa

patrie.

patrie. Nos climats étoient autrefois remplis d’or. La terre, les rivières nous en prodiguoient à pleines mains. A présent nous n’en avons point. Le Tage n’est plus un fleuve d’or que pour les poëtes. Nous chercherions vainement en Espagne et en France ces mines dont les fusitaniens et les Astures tiroient chaque année viagt mille livres d’or, ét qui remplirent le trésor sacré de Thoulouse de cent mille livres d'or. Une seule mine dans la Dalmatie rendoit jour par jour cinquante livres d’or, ou par année dix-huit mille. deux cens cinquante. Le seul travail de quelques mines en Lydie avoit valu à Pythias quatre millions * de dariques. La magnificence des anciens en ouvrages d’or est-encore une preuve de leur richesse. Je n’en donnerai qu’un exemple; je le puise chez Diodore de Sicile, dont on n’a jamais soupçonné ni le jugement ni la fidélité. Dans une tour du temple de Belus à Babylone, l’on voyoit les statues de Jupiter, de Junon, et de Rhéé avec un grand attirail, le cout d'or massif, et du poids de 6360 talens Babyloniens, ou de trois cens quatre-vingt-un mille six cens livres pesantes.* Ces trésors, et tant d’autres enfouis depuis dans ce temple depuis bien des siècles, sortirent enfia pour animer la circulation. Xerxes, à son retour de la Grèce, enjeva toutes ces affrandes, et par un revers moins étrange chez les anciens que chez nous, la société s’enrichit au dépens .de la superstition : car les anciens, pen conséquens dans leurs dévetions, élevoient des temples d’une main et les pilloient de l'autre. Plus d’un riche dans l'antiquité eût. pu répondre avec le vétéran d’Auguste, «6 Seigneur, vous voyez ma fortune, elle étoit autrefois la jambe de la Déesse Ansitis.”

II, Envisageons les richesses des anciens sous un autre point de vue, nous nous affermirons dans nos premiers sentimens. Si la différence de le praportion venoit de. la rareté d'argent parmi eux, nous sommes plus riches d’or d’un tiers; si la grande quantité d’or y donnoit heu, les anciens l’étoient d'autant. Un homme instruit dans l’antiquité adoptera sans balancer la dernière des alternatives, et c'est avec plaisir que

* Voyez la description détaillée de ces trésors chez Diodore de Sicile, Lu. c. 9. Les 6360 talens d’or font, suivant la proportion ancienne, 16,204,900!. monnoie d’Angleterre, ou 381;600,0002 argent de France, Suivant les proportions modernes oe seroit 2-4,307,350/, de celle-là, et 553,320,000/, de celui-ci.

je

je vois les idées du savant Prideaux si-conformes aux miennes.*. Parcourons quelques exemples qui nous fassent sentir combien if avoit raison. Les richesses que Kouli-Khan trouva dans les Indes, ce gouffre de notre argent, n’approchoient point de celles que Cyrus, vainqueur de I’ Asie et le prince le plus généreux de son tems; emporta ‘des pays conquis; celles-ci montoient à trente-trois mille livres d’or et à cinq cens mille talens d’argent, sans compter des pierreries et des meubles précieux d’une valeur immense. Ses successeurs imitèrent sa magnificence mieux que ses vertus. Alexandre trouva dans les trésors de la Perse cent quatre-vingt mille talens. Son père avoit joui-d’un revenu de mille talens; lui, à sa mort, en tiroit de son empire trois cens mille. ‘Avant les conquêtes de Pompée, il y avoit dans le trésor de Rome, un million neuf cens vingt mille huit cens vingt-neuf livres pesarites d’or. Antoine tira dans une seule année deux cens mille talens de cette Asie déjà épuisée par les exactions de Brutus et de Cassius. Je ne m’arrêterois point aux fortunes des. particuliers. L'argent peut être plus rassemblé sans être plus commun. Mais fe ‘prix des marchandises est plus décisif. Les instrumens du luxe étoient fort chers. Les Rhodiens achetèrent d’Appelle un portrait d’Alexandre peint en Jupiter pour vingt talens d’or. Un autre peintre refusa soixante talens pour un de. ses tableaux. Le cheval Bucéphale en coûta treize à Philippe; et Daphnis le grammairien fut vendu pour sept cens mille sesterces. Mais il vaut mieux aller droit à la plus sûre épreuve, au prix du bled, denrée également nécessaire à tous les hommes. M. Arbuthnot, par une induction claire mais ingénieuse, l’a trouvé considérablement plus cher à Rome du tems de Pline qu'il n’est aujourd’hui à Londres. |

| * Peut-être que quelqu'un, frappé des sommes dont je vais parler, croira que sans choix . et sans critique, j’ai ramassé tout ce qui pouvoit rélever les richesses de l'antiquité : il se tromperoit. Lorsque dans les grands empires, dans les pays riches par le commerce on ” par les mines, je vois des trésors immenses, j'aime mieux expliquer mes auteurs que de les contredire. Mew le trésorier méme de David ne me persuaderait jamais que son maitre enleva des villages des Philistins et des Moabites cent mille tulens d’or et un million de talens d’argent (870,000,000 livres sterling}; et lautorité d'uu Zonare, Gree du Bas Empire, ne m’engageroit jamais à croire que le trésor de Constantinople renfermoit

200,000 talens d’or (302,600,000 livres sterling.) III. Po-

III. Posons un rapport établi. Les deux membres de la proportion s’approchent quand le plus haut descend ou que le plus bas monte; ils s’éloignent quand le plus haut monte ou que le plus bas’ descend. Rendez l'or plus commun ou l'argent plus rare, vous diminuez leur proportion; multipliez. l’argent, ou rendez l'or plus rare, vous l’augmentez cette proportion. La proportion étoit changée sous le règne de Justinien au cinquième siècle après Jésus Christ. Son époque nous dévoilera le motif qui la produisit, et la raison de cette révolution nons instruira de la constitution primitive. Le rapport de deux métaux passa d'un à dix à un à quatorze et deux-tiers, rapport qui subsista jusqu’à notre tems avec peu de variation. Ce changement n’a point découlé de l'augmentation d’argent dans l’empire. Les barbares du nord et de lorient, depuis un siècle, désoloient les provinces, éteignoient le commerce et l'industrie, et laissoient perdre les mines. Celles d’Espagne, les plus riches de toutes, disparurent 4 la conquête des Visigoths. Nous découvrons donc que la disette d’or a dû. faire naître ce changement. II n'y a point de troisième parti. L’or étoit donc plus commun avant l'établissement de ce rapport, qui subsiste encore, qu’il ne l’est aujourd’hui.

Nos recherches sont assez exactes ; cependant toutes, mais surtout la dernière, n’excluent point l'hypothèse. L'or étoit plus commun autre. fois, mais 1’étoit-il précisément d’un es Les causes délicates qui peuvent agir à notre insçu m r'empéchent de répondre.

Nous. venons de voir des métaux tirés du sein de la terre, pour acquérir une valeur qu’ils n’avoient point auparavant. Les combinaisons de cette valeur avec leurs proportions mutuelles sont des idées trop déliées pour ne pas souvent nous échapper. Des arrangemens ordonnés pour le bien de la société viennent encore épaisser le nuage. . On a craint que dans ce commerce difficile la bonne-foi ne fût à tout moment la dupe de la supercherie, C’est pourquoi dans tous les pays on a confié aux chefs de la société le soin des monnoies. Frappées par

| leur

pis Sorts, DES MONNOIES;' ET DES MESURES DES ANCIENS, 425

leur ordre, et portatit Vempreifite de leur autorité, ‘la communauté se rend garant de leur valeur, et le plus ignorant tes repbit pari serapule ét sans examen.

Le travail des mines: dégage Por et Pargent de tout mélange étranger: celui de la monnoie leur en rend. -On-a vu que ces métaux, dans leur pureté, étoient trop fnänfables et trop foibles pour résister loñigtems aux injures auxquélles leur destination lés exposoit. Mais quoique cétte réflexion ait agi sur tous les peuples qui ont battu ‘de . la monnoie, elle n’a pas ‘cepéndant ‘agi d’une manière semblable. “Le titre des espèces (c’est ainsi qu’on appelle le dégré de leur pureté) varie à chaque souveraineté, Ce n'est point donc assez de connoître le poids d’une monnole-ancienne. Si l’on ignore son titre on n'aura què des idées bien impatfaites de sa valeur. C’est aussi à quoi il faut sè borner pour les espèces des anciens. Les auteurs nous instruisent peu, et soit disette de monuméns soit faute de s’en servir, les antiquaires de notre siècle ne nous dontient pas assez de lumières pour nous empêchèr de regretter ce silence. On sait en général que les monnoics d’ot étoient d’une plus grande pureté que les nôtres, et les monnoies d’argent d’un plus bas titre. Les médaïlles Grèecques d'Alexandre sônt dé vingt-trois carats seize praths, les dariques de vingt-trois carats. Dans un aureus de l’éipereur Vespasien les orfévres de Paris n’ont trouvé qu’un 788™ d’alloi. Les affineurs préfèrent cet or à Yor du ducat, et pensent que c’est le moindre alliage avec lequel on puisse battre Ia monnoie. Sous le Bas Empire les médailles d’or se ressentent de leur — siècle.. Les Romains ont quelquefois fait frapper des espèces d’argent assez fines. Le Père Bouteroue examima un denier d’un si haut titre que le marc n’auroit eu que 5 grains ou un 921% d’alloi. Mais aussi nous:savons que le tribun Drusus, ce charlatan politique qui perdit la république et tui-méme parcequ’il promettoit tout et ne pouvoit rien tenir, que ce Drusus mêla un huitième d’alloi avec l’argent. Ce sont deux extrêmes, mais ot trouver le milieu ? et quand nous le trouverions, comment régler les monnoies d’argent des Grecs et des Orientaux ? Nous ignorons entièrement leur titre. Dans cette incertitude, nous ne : pouvons que supposer les monnoies des anciens du méme titre que les nôtres. Mais cette supposition, toute nécessaire qu’elle est, peut être éloignée de la vérité. Tout ce que nous pouvons faire c'est de calculer

VOL, III. 31. au

au moins les monnoies d'or suivant:.leur titre. - J’en. ai fait deux tables, . Pune odje suis autant qu’äl m'est -possitile cette méthode. Les curieux m'en sadront gré. J’en ai construites autres suivant le premier. principe. Une petite erreur vaut mieux qu’une totale ignorance. ©. " Le -scéau de l’auterité publique, qui détermine le prix d’une monnoie, ne peut jamais s'étendre plus loin que cette autorité elle-même. . En deca de la frontière,:on l'échange sans difficulté pour des marchandises Ou pour d’autres monnoies avec. lesquelles ‘on connoît sa proportion. Au delà de-la frontière, elle n’est plus qu'une pièce d’or ou d'argent, dont il faut éprouver le poids et le titre pour déterminer sa proportion avec les monnoies courantes de cet autre ‘état, et la raison veut que, dans un pays où, destituée du sceau de l’autorité, il est libre a chacun de la rejetter, elle soit appréciée un peu plus bas que sa valeur réelle Les banquiers, qui se-sont appropriés ce genre de commerce, ont senti combten il leur importoit de baisser la valeur des monrioies étrangères, et cette règle, poussée jusqu'aux finesses les plus recherchées, ‘les con: duit à de gros profits. Le langage de l'échange 4 pu donc égaler dés espèces que les monnoyeurs avoient frappé très inégales, et ce langage, vrai pour les auteurs qui.s’en sont servis, mais trompeur pour nous, nous-tend un piège dont il est difficile de se déméler. Eclairé cependant par un foible rayon de lumière, j’entrevois que: dans Jes pays éloignés- Yun de. l’autre, qui n’ont que peu“de communication, tout est permis aux banquiers. L’éloignement annéantit ce reste de confiance, que l'empreinte du prince ne peut qu inspirer, et’ les peuples s’inquiètent peu d’une perte sensible mais rare. Le shekel, égal à l'ancienne tétradrachme de Solon, pesait 316 grains ; cependant du-tems de-dosèpbe, il ne valoit que la tétradrachme nouvelle. de .300. grains. Maia c’est avec regret que je. vois expliquer l'égalité de la drachme et du denier de la même manière. Les tributs portoient tous les ans à Rome des sommes. immenses. . Des chevaliers affermissoient ces tributs, et leurs oppressions faisoient détester aux nations l’empite des Romains.* S'ils égaloient la drachme au à denier, ils y gagnoient un | seizième.

‘ -* Pompée comptoit que l’Asie propre, ou celle que les Romains possédoient avant ses conquêtes, rendoit toutes les années à la républiqué, cinq mille mÿriades ‘de drachmes (1,706,333 fis. sf, 135. 4d.). Les partisans l’avojeut affernti à ce prix. Mais ces peuples, a foulés

seizitme: Les‘ banquiers de Rome, dont le négoce étoit lié intimément avec le leur, en s’unissant aux fermiers, travailloient 21a fois pour eux. mêmes et pour l’ordre.* Il est-donc très possible que des Grecs ayent pu gémir quelque peu de tems sous ce fardeau ; mais plus il étoit onéreux, moins.il put subsister. Lés Grecs avoient entre. les mains un reméde sûr et aisé: parmi quelques autres vestiges de leur antique liberté, ils possédoient encore le droit de:battre la monnote, privilège dont les anciens n’étoient pas aussi jaloux que nous. Les cabinets des curieux sont remplis de médailles d’Athènes, de Sparte, &c: frappées sous les empereurs. Il faudroit supposer à ces peuples spirituels ‘une “stupidité sans exemple, si nous ne.pensions pas qu'ils réduisirept alors le poids de leur drachme et la rendirent en effet égale au denier qu'ils n’abandonnérent pas, même quand les princes n’en battoient pros que des huitièmes de Ponce Romaine.t . |

Voilà des difficultés qui nous embarrassent, mais dont 1 nous aurions toit de nous.plaindre. L'intérêt de la sogiété doit l'emporter sur celui de notre curiosité. Mais l’usage de donner aux monnoies des noms différens de leur poids, :preduit un embarras racheté par nulle utilité, Pourquoi ne pas dire tant d’onces d’or ow d’argent, au lieu de tant de guinées ou d’écus? La difficulté de ces nonis se fait surtout sentir dans les réductions. des monnoies anciennes aux -nôtres, Comme celles-ci varient continuellement; la plus grande attention suffit à, peine foulés par leurs exactions, demandérent à Jules César.la grace de pouvoir payer un tribut réglé de vingt-mille talens (4,100,000 iv. sterL). Cependant, sans parler de la différence Enorme des deux sommes, un tribut réglé qu’it faut payer à tout événement est tonjours plus onéreux que des dimes sur le bléd et les pâturages, des droits d'entrée. ét de sortie, qui ne peuvent croitre qu'avec les richesses du peuple. Tout ue plaidoyer de Cicérém ne cancluroit pas autant. contre les maltôtiers Romains que ce petit fait, V, Lige. de Magnitud. Roman. L. tt. c. 2. p. 42, 43, 44.

. * Hæc fides atque hæc ratio pecuniarum, que Rome, quæ in foro versatur,- implicita est cum illis pecuniis Asiaticis, et coheret. Ruere illa non possunt, ut hæc non ‘eodema labefactata moti concidant. Cicero. pro Lege Mantlid, c. 9.

. tJe m’en tiendrois volontiers à cette explication. Cependant. si quelqu? un me’ e diroit que ce ne fut pas les Grecs qui. imitérent Jes Romains, mais ceux-ci qui suivirent l’exemple des Grecs, je n’aurois rien à lui répliquer. Les Romains empruntèrent tant des Grecs, que si la drachme Attique avoit perdu de son poids dès la mort d'Alexandre, il étoit très naturel de battre les deniers après ce modèle, 312 pour

pour nous garantir de l’erneur. Un savant du siècle passé. me dit que le talent vaut trois mille livres ;, si jene.me rappelle pas en quelle année il.a écrit, et que par une recherche très difficile je ne m'instruise pas combien là livre valoit ‘alors, je-risquerai:de ‘la confondre avec celle d’aujourd'hni.. C’est aussi ce qu’on & souveht fait. M.:de Voltaire reptoche. avec. raison à quelques: auteurs d’avoir :par :cette ‘hévuë dis minté les espèces añciennés de la mpitié, Je ne m’en étonne pas beaucoup. U’étoient des savans, qui connoissoient à fonds les tisages de tous.les pays, hormis les leurs. . Mais que: M. l'Abbé d’Olivet, pré. cepteur d’un grand prince, dans un onvrage destiné pour les gens du monde, ait ignoré que les espèces avoient haussé de valeur depuis le tems de Gassendi!—il me ‘paroit vraiment singulier. Dans un pays aupsi inconstant que. la France, il-faudroit réformer ses calculs huit ou dix fois dans un siècle. C’est un avantage des goûvéraemens mains despotiques, de n’être:pàB aussi sujets à. ces changemens, toujours pernicieux -quynd ils ne sont pas absolument nécessaires. - La Reine Etizabeth fixa la livre d’argent à soixante-deux chelins ; ce fut au coms mencement.de son-règne.* . Vers ce teams le marc valoit. en France quinze livres. La livre Augiloise n’a point. changé de valeur numéraire, Le marc vaut aujourd’hui ciiquante livres de compte.

. Dans les tables qu'on verra à la fin, on a calculé les monnoies sui. van: ee principes. On connoit-leata poids, on sait ce que vaut parmi nous un tel poids d’or ou d’argent. Dès lors l'opération ne souffre plus de difficulté. Mais on auroit tort de regarder les deux derniers chapitres comme un hors-d’oeuvre, parcequ’on les chercheroit vainement dans les autres traités sur ce sujet. Ce n’a été qu’à l’aide des ces principes que nous sommes. parvenys. à des connaissances raisonnées, les seules dignes de ceux qui ne-pensent pas que étude de lantiquité ne consiste qu’à entasser des citations sans bornes et sans critique,

* V. Hume's History of England, tom. ii. Sous Edouard I. la livre datgent étoit égale à la livre de compte et valoit 20 chelins ; sous Edouard III. elle en valoit 22} et ensuite 25: sous Henri V. 36; sous Henri VI. 37 ; sous Richard III. et Henri VIT, 371; sous Henri VIII. 45 et ensuite 48 ; sous Edouard VI. 72 ; sous la Reine Marie 60; sous Elizabeth 60 et peu après 62. V. le Chronicon Pretiosum de Fleetwood, en nm Anglois, p41, 42, 43.

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